RepèresHuiles et protéines, des coproduits intrinsèquement liés sur les marchés

| par Club Demeter | Terre-net Média

Graines, huiles et tourteaux : les marchés des ingrédients du « complexe oléagineux » sont intimement liés. L'évolution différente de la demande mondiale en huiles d'un côté, et en tourteaux protéiques de l'autre, risque de les complexifier encore dans les années à venir.

Le soja, le tournesol et le colza font partie des trois principaux oléagineux produits dans le monde.Le soja, le tournesol et le colza sont , avec le palme, les principales cultures oléagineuses produites dans le monde. (©Terre-net Média)

Cet article est issu du Déméter, un ouvrage de référence sur l’agriculture et la sécurité alimentaire dans le monde qui paraît chaque année depuis 1993.
Le Déméter offre des grilles de lecture pour comprendre les trajectoires agricoles prises en Europe et en France, ainsi que l’émergence de nouvelles puissances agricoles. Retrouvez l'édition 2018 (consultation gratuite),   l'édition 2019 et  l'édition 2020.

Les principaux oléagineux cultivés dans le monde sont le soja, le colza, le tournesol, le coton, l’arachide, le lin, l’olivier, le palme, etc. Les fruits de ces cultures produisent à la fois de l’huile et des tourteaux riches en protéines. Les huiles sont utilisées en alimentation humaine, en oléochimie ou encore pour produire des biocarburants. Les tourteaux sont valorisés en alimentation animale. Les marchés mondiaux des oléagineux doivent donc être raisonnés dans leur ensemble : graines + huiles + tourteaux. On parle alors de « complexe oléagineux ».

Huiles végétales : un marché tiré par la demande alimentaire, mais des transitions nutritionnelles déjà bien avancées

Si le biodiesel est un débouché important pour les huiles européennes, la demande alimentaire reste le principal moteur de la croissance mondiale. Démographie et évolution des régimes alimentaires ont doublé la consommation humaine depuis le début des années 2000. La Chine a été l’un des principaux moteurs de cette croissance, triplant sa consommation en moins de vingt ans.

Aujourd’hui, l’écart de consommation par habitant entre la moyenne mondiale et les pays développés s’est beaucoup réduit, les Chinois ayant même rattrapé le niveau des pays développés. À l’avenir, la croissance mondiale devrait ralentir et suivre davantage la croissance démographique.

Tourteaux protéiques : l’appétit en produits animaux des pays en développement devrait faire exploser la demande

Aujourd’hui encore, un humain « moyen » sur Terre consomme deux fois moins de viande qu’un habitant des pays développés. Contrairement aux huiles, cet écart de consommation moyenne par habitant est resté important, notamment malgré la croissance passée de la demande chinoise. Cela est dû à la forte croissance démographique dans les pays moins avancés, dans lesquels les populations ne consomment encore peu de produits animaux, en particulier en Inde et en Afrique subsaharienne.

Par le passé, le développement économique des pays a toujours été suivi d’une hausse de la part des protéines d’origine animale dans la ration alimentaire. À l’avenir, la demande mondiale en viandes – et donc en tourteaux protéiques pour l’alimentation animale – devrait croître plus vite que la population mondiale, et plus vite que la demande en huiles végétales.

Avec le canola, le Canada domine le marché du complexe colza-tournesol

Principales exportations des complexes colza et tournesolPrincipales exportations des complexes colza et tournesol (©Le Déméter 2019) 

La Chine importe des graines de soja essentiellement du Brésil et des États-Unis

Principales exportations des complexes soja et palmePrincipales exportations des complexes soja et palme (©Le Déméter 2019) 

L’interprofession souhaite une production de soja en France de 650 000 t à l'horizon 2025, contre seulement 400 000 t en 2018

Production d'oléagineux et protéagineux en France en 2017 

Production de colza et tournesol en France en 2017 

Production de soja et lin oléagineux en France en 2017Production d'oléagineux et protéagineux en France en 2017. (©Le Déméter 2019) 

Des marchés mondialisés : le cas du conflit commercial Chine-États-Unis

À l’été 2018, la guerre commerciale entre les États-Unis et la Chine bat son plein, et touche les échanges de soja, dont le prix à la Bourse de commerce de Chicago a chuté au plus bas depuis dix ans. La Chine, qui pèse pour deux tiers des échanges mondiaux en graines de soja, importe près de 100 millions de tonnes de soja chaque année pour nourrir la demande croissante de ses élevages. La moitié provient du Brésil et environ un tiers des États-Unis. Le moindre changement dans les politiques tarifaires chinoises (+ 25 % de taxe à l’import pour le soja des États-Unis au 6 juillet 2018, par exemple) perturbe ainsi le marché mondial du soja et, plus largement, des oléagineux.

Pour réduire sa dépendance vis-à-vis des États-Unis, il est à prévoir que la Chine :
  • reporte ses achats de soja vers le continent sud-américain ;
  • diversifie ses matières premières en s’approvisionnant plus en tournesol et en colza notamment,
  • importe davantage de tourteaux de soja en sus des graines
  • développe sa production nationale en oléagineux.

Mais les volumes en jeu sont tels qu’il est difficile de penser que la Chine puisse se passer de soja américain à court terme.
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