Filière laitièreEn Nouvelle-Zélande, des ambitions toujours aussi fortes malgré les difficultés

| par | Terre-net Média

Malgré des difficultés, notamment sur le plan environnemental, la Nouvelle-Zélande affiche toujours de grandes ambitions pour sa filière laitière : d'ici 2025, le pays souhaite augmenter de 55 % la valeur de ses exportations de produits laitiers.

En Nouvelle-Zélande, les producteurs laitiers doivent faire face à des difficultés croissantes, notamment en matière environnementale et d'endettement.En Nouvelle-Zélande, les producteurs laitiers doivent faire face à des difficultés croissantes, notamment en matière environnementale et d'endettement. (©Terre-net Média)

Malgré la crise, la Nouvelle-Zélande, premier exportateur de produits laitiers, affiche encore de grandes ambitions pour sa filière laitière pour les dix ans à venir. D'ici 2015, le pays, qui a fait du lait l'une de ses principales activités industrielles, souhaite augmenter encore de 55 % la valeur de ses exportations.

Pour y parvenir, le pays des kiwis veut améliorer la valeur ajoutée de sa production de 27 %. Et le secteur veut encore augmenter sa production d’environ 12 % via sa « stratégie de croissance laitière durable ». Rappelons que la Nouvelle-Zélande exporte 95 % de sa production laitière, principalement vers la Chine, l’Australie, les Etats-Unis et le Japon. Les produits laitiers constituent le premier poste d’exportation du pays.

En un peu plus de 15 ans, la Nouvelle-Zélande a plus que doublé sa production pour devenir un poids lourds mondial du lait. « Le pays, qui ne compte que 4,7 millions d'habitants, soit 14 fois moins que la France, arrive à produire un volume annuel comparable au nôtre », ont rappelé Mélanie Richard, et Sylvain Foray, lors de la conférence Grand angle Lait organisé par Idele-Institut de l’élevage le 4 avril 2017.

La moitié de la hausse de la production mondiale de lait ces dernières années est ainsi à mettre à l’actif de la Nouvelle-Zélande. Le pays a vu sa production bondir de 8 Mds de litres en 2000 à plus de 20 Mds de litres en 2015. « Les agriculteurs ont procédé à des conversions massives de surfaces dans l’île du Sud. Dans ce secteur en particulier, les vaches laitières ont remplacé les brebis et les vaches allaitantes. » Les prairies consacrées aux troupeaux laitiers y ont été multipliées par 2,5 en 15 ans.

Dans le Sud mais aussi sur l’île du Nord, les éleveurs ont fortement augmenté la productivité par hectare, la donnée économique qui, à l’instar de la productivité par vache en France, fait référence là-bas. « Ils ont aussi fortement concentré les exploitations. »

Dans le Nord du pays, bastion historique du secteur, la Nouvelle-Zélande comptait 11 800 ateliers laitiers de 232 vaches en moyenne. Il en reste 8 700, qui comptent en moyenne 343 vaches. La production par hectare y est passée de 9 800 kg à 11 500 kg, avec un chargement de 2,8 VL/ha.

Dans le Sud, il n’y avait que 2 100 troupeaux en 2000. On compte désormais 3 200 exploitations avec, en moyenne 624 vaches en production, et une production de 13 600 kg à l’hectare. Rapportés à notre critère habituel de la production par vache, les vaches néo-zélandaises produisent pas plus de 5 000 litres annuels.

Pour les producteurs néo-zélandais,
les difficultés apparaissent

Ceci dit, l’avenir du lait néo-zélandais n’est pas tout à fait rose et doit composer avec des difficultés croissantes. D’abord sur le plan technique : l’intensification et la concentration des élevages ont obligé les éleveurs à faire évoluer leurs systèmes de production. Ils ont, ces dernières années, de plus en plus recours aux aliments achetés. « Avec de plus en plus de complémentation, les charges d’alimentation ont fortement augmenté », expliquent Mélanie Richard et Sylvain Foray. En termes de coûts, l’évolution de la parité NZ$/US$/€ a pénalisé la compétitivité des « Kiwis ».

Autre conséquence de la concentration des élevages : l’endettement des producteurs ne cesse de grimper. « L’endettement moyen par exploitation a bondi de 130 % en dix ans, pour tourner autour de 3,5 MNZ$ ». Soit environ 2,3 M€, ou encore 5 600 €/vache. « Les éleveurs laitiers concentrent 10 % des encours bancaires du pays en 2015 ! »

Les questions environnementales aussi commencent à poser des difficultés aux producteurs. « Les bilans azotés se sont nettement dégradés, passant de 129 kg d’azote par hectare en 1998 à environ 207 en moyenne en 2014. » Certes, des limites réglementaires à l’agrandissement ont été instaurées depuis de nombreuses années, sans toutefois freiner l’intensification laitière, mais « certaines régions avancent plus vite ou limitent déjà ou conditionnent plus durement les autorisations pour les fermes laitières. » Comme en France, « les citoyens ne sont pas acquis à la filière laitière » et la protection de l’environnement devient un enjeu économique et sociétal majeur. En témoigne la récente décision politique en faveur des Maori : le Parlement néo-zélandais a accordé fin mars 2017 le statut « d’entité vivante » au fleuve Whanganui, le troisième plus long cours d’eau du pays, situé au sud de l’île du Nord. Les droits et les intérêts du cours d’eau pourront ainsi être défendus devant la justice. Une première mondiale.

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