Laiterie SAS De Nous à VousEn Direct des Éleveurs qui ont repris en main la commercialisation de leur lait

| par Chloé Chamouton | Terre-net Média

L'agriculture autrement, c'est le modèle défendu par le groupement d'éleveurs laitiers « De Nous à Vous » qui a ouvert en 2015 une laiterie sur 3 000 mètres carrés à Remouillé en Loire-Atlantique. Son ambition ? Garantir un prix à l'éleveur à travers l'instauration d'un circuit court pour ne plus être dépendant du cours mondial.

En direct des éleveursEn Direct des Éleveurs compte aujourd'hui 14 exploitations et devrait atteindre une vingtaine de millions de litres cette année. (©DR)

« Trouver une solution pour permettre aux éleveurs de vivre de leur métier plus longtemps, » c’est l’origine du projet de cette laiterie peu ordinaire, insiste Fabrice Hégron, producteur de lait à Montbert, à l’initiative de ce modèle économique. Il aura fallu quatre années d’étude et d’audace pour que neuf exploitations laitières de Loire-Atlantique, de Charente et de Haute-Vienne osent quitter leur laiterie. Quatre années nécessaires et intenses pour définir les besoins, établir des partenariats, créer en 2014 la SAS de Nous à Vous et la marque « En direct des éleveurs » affichée sur leurs packs de lait.  

Transformer et vendre eux-mêmes

Tout a commencé en 2011, deux ans après la crise du lait de 2009, avec un ras-le-bol général : la diminution du nombre d’exploitations laitières, l’industrialisation des fermes au détriment de la qualité du lait, la poursuite de la baisse des subventions européennes et nationales, véritable épée de Damoclès pour les éleveurs et la rentabilité des fermes… « Nous étions fatigués de vendre à perte », insiste Fabrice Hégron.

Porté par une nouvelle génération d’éleveurs entre 28 et 45 ans ayant repris l’exploitation familiale avec cette volonté de transformer et de vendre eux-mêmes, ce projet a demandé un investissement conséquent de leur part, environ 8,5 millions d’euros. « Pour construire la laiterie, il fallait réhabiliter l’usine Delavaud dans la zone de la Gagnerie à Remouillé (44), notamment la dépolluer ».

Après avoir démarché les banques, la société nantaise de gestion d’actifs, la Sela, la Région, entre autres, le groupement agricole a également mis en place, au début de l’année, un financement participatif (en anglais crowdfunding) sur la plateforme mynewstartup.com, pour finaliser ses investissements. Avec à la clé des résultats surprenants ! Au 15 juin 2015, ce sont 1,6 million d’euros qui ont été levés. Dotée d'un capital de près de 900 000 euros, la SAS a été également financée par des emprunts, des fonds d’investissement, des subventions de la région et du département, et également par les éleveurs à l’origine du projet.

Un packaging éco-conçu

Axé sur le circuit court du producteur au consommateur, afin de privilégier une économie locale, le cahier des charges propose d’offrir des produits laitiers transparents, responsables et traçables. En effet, un QR code assure la traçabilité du lait et permet au consommateur de savoir de quelle exploitation provient le lait.

Pour parvenir à un lait de qualité, certains éleveurs ont modifié leurs pratiques pour proposer un lait UHT sans OGM, sans huile de palme dans l’alimentation du bétail, labellisé « bleu blanc cœur » pour sa teneur garantie en oméga 3. Une richesse nutritive, fruit d’un modèle d’alimentation à base d’herbe, de graines de lin et de luzerne. Leur lait est collecté tous les deux jours, transformé et conditionné au sein de la laiterie de Remouillé et vendu aux grandes surfaces.

Côté conditionnement, les éleveurs ont fait le choix d’une poche éco-conçue souple originale de la marque suèdoise Ecolean. Ce paquet, constitué d'un mélange de plastique et carbonate de calcium, est recyclable, 55 % plus léger qu'un emballage carton alimentaire et il utilise 68 fois moins d'eau que le même emballage carton. Refermable, micro-ondable, équipé d’une poignée rigide permettant de verser le lait facilement, il possède tous les atouts écologiques.

300 magasins Leclerc et System U

Un lait qu’il faut ensuite commercialiser et qui se décline en deux gammes : agriculture conventionnelle et bio ! « Notre lait est distribué dans 300 magasins de l’Ouest de la France, System U et Leclerc uniquement. Ils ont tout de suite été emballés par notre projet et grâce à eux, nous avons pu définir et cerner les attentes des consommateurs pour du lait tracé, respectueux de leur santé et de l’environnement en circuit court », explique Fabrice Hégron. Pour le consommateur, le prix s’élève à 94 centimes. « Nous avons également des collaborations avec l’agroalimentaire pour les plats cuisinés, glaces, fromages… » Pour 2017, En direct des éleveurs va compter parmi ses clients des hôtels, des restaurants, des boulangeries et pâtisseries.

Une rémunération décente

La clé de ce succès ? « Nous demandons aux éleveurs de devenir acteurs de leurs propres produits, de devenir des producteurs commerçants, d’être des chefs d’entreprise », souligne Fabrice Hegron. Une organisation originale au sein de laquelle les éleveurs sont gérants et participent à toutes les décisions stratégiques, qu’il s’agisse de la production ou de la commercialisation. Côté revenus, le modèle économique parvient à tenir ses promesses en leur offrant une rémunération d'environ 35 centimes du litre. Une rémunération décente mais pas mirobolante, légèrement supérieure au cours mondial actuel.

Avec 14 exploitations aujourd'hui et de nouveaux éleveurs qui se joignent à la démarche, la laiterie de Remouillé  produit une dizaine de millions de litres par an et emploie huit salariés. A pleine capacité, elle pourra produire 22 millions de litres de lait.

En direct des éleveurs a été maintes fois montré en exemple dans la presse ces derniers mois, une fierté pour ses éleveurs-entrepreneurs. Ils ont même été primés pour leur démarche à l’Elysée fin 2016 ! Une initiative qui redonne espoir aux producteurs de lait. D’ailleurs, les éleveurs ne comptent pas s’arrêter là : ils souhaitent dupliquer leur modèle avec d’autres éleveurs en Nouvelle Aquitaine, puis en Bretagne et les accompagner pour qu’ils puissent eux-aussi vendre directement aux consommateurs de plus en plus nombreux et sensibles à leur projet.

Un procédé de stérilisation innovant
Après une montée en température rapide, le lait est stocké dans un tank stérile, puis il est envoyé dans la machine d’emballage Ecolean à l’intérieur de laquelle se trouvent déjà les poches de conditionnement non ouvertes. Le lait est ensuite introduit directement dans la poche en milieu stérile. Un élément de différenciation qui permet de passer d’une DLC de 3 mois à 6 mois. Par ailleurs les tanks reçoivent du lait de chaque éleveur et ces laits ne sont pas mélangés pour garantir la traçabilité. Ce qui permet de répondre aux attentes locales du consommateur.

Pack de lait UHT EcoleanChaque pack de lait UHT Ecolean contient le lait d'un seul élevage, tracé par un QR code. (©DR) 


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DÉJÀ 22 RÉACTIONS


Jérôme
Il y a 69 jours
Bonjour. Oui c'est sûr les grandes surfaces utilisent l'image positive de la démarche de vente "directe", mais la solution n'est pas dans l'opposition systématique des circuits courts vs la grande distribution. Si la démarche est contractualisée, la marge sera préservée pour l'amont, tout en profitant de la force du réseau de distribution des enseignes.
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Patrick
Il y a 70 jours
il faut que ce type d'organisation se multiplie, éviter l'industrie, c'est bien, mais aller proposer ces produits chez Leclerc qui fait tout pour peser sur le prix, c'est douteux, en plus, avec ce lait qui représente très peux de chiffre mais sur lequel il fait une marge tout de même confortable il se fait une image

il faut aller du producteur au consommateur
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Na Nette
Il y a 71 jours
A quand ce lait dans le sud ouest ( en Lot et Garonne ) ?
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Patrick
Il y a 70 jours
8.5 millions pour 22 millions de litres, 0.38 € par litre de lait, un bâtiment de production laitière c'est plus d'1 € par litre, ...

ou est le problème ?
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prudence
Il y a 72 jours
8.5 millions d' euros; heuh.....! ça fait combien par litre de lait conditionnés ?
je pense que l'amortissement de l'installation va etre très très long ;sans compté les pannes et la maintenance de l'unité de production ; bon courrage !
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Nono61
Il y a 66 jours
Payer 14cts de plus pour soutenir une belle initiative, payer 14cts de plus pour permettre aux agris de vivre de leur métier, 14cts pour voir diminuer le nombre de suicide dans le monde agricole, 14cts de plus seulement et vous (jaco57) osez dire que c'est chère.... Pour aller vous fournir en Allemagne.... De quel % votre panier de course augmenterait il à soutenir cette initiative ? Je sais que la distance ne permet d'acheter ce lait mais vos propos me déçoivent!
En tout cas félicitations pour ce projet! Que le succés soit au rdv !
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jaco57
Il y a 73 jours
Bonjour ,
Belle initiative mais 94 cts du litre je trouve un peu chère ? alors que partout en France c'est moins de 80 cts du litre et en Allemagne encore moins chère puisque j'habite une région frontalière avec l' Allemagne .....
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steph72
Il y a 72 jours
N'importe quoi
Vous etes encore loin de connaître les animaux.
Restez dans vos conviction sectaires
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@Olduvai
Il y a 13 jours
Que d'aveuglement de votre part en effet. Et les œillères habituelles des trolls vegans. Vous feriez bien de vous rapprocher réellement de la nature au lieu de chercher à la connaître à travers les livres.
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Olduvaï
Il y a 72 jours
La femme inséminée est consentante. Nous verrons la fin de votre oeuvre de mort.
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