[Tribune] Olivier Croix, Monroc essieuxLe règlement 2015/68 va peser lourd sur le prix et la diversité du matériel !

| par Olivier Croix | Terre-net Média

La réglementation française sur les homologations de véhicules tractés se durcira le 1er janvier 2025. Plus de performances pour moins d'options disponibles. Sans oublier le surcoût des machines estimé entre 1 500 et 6 000 euros selon le nombre d'essieux. Olivier Croix, président de Monroc, appelle les agriculteurs à se mobiliser pour aider les constructeurs de matériels à prioriser leur travail et répondre au mieux à leur demande.

Olivier Croix, président de Monroc, fabricant d'essieuxOlivier Croix alerte sur les conséquences que pourrait avoir le règlement 2015/68 sur l’industrie des machines agricoles du territoire. (©Monroc)

«Le gouvernement français impose que toutes les machines agricoles, tracteurs et matériels tractés, mises sur le marché à partir du 1er Janvier 2025 bénéficient nécessairement d'un dispositif de freinage double ligne et d'une homologation (règlement délégué UE 2015/68 de la commission du 15 octobre 2014).

Le système de freinage double ligne pourra être hydraulique ou pneumatique. Pour simplifier, il existe trois niveaux d’exigences liés au freinage : moins de 30 km/h, entre 30 et 40 km/h et au-dessus de 40 km/h. La réglementation impose donc aux fabricants d’homologuer de nouveau l’intégralité de leur gamme d'outils, soumise au freinage. Pour satisfaire aux exigences, les tests sont plus contraignants, plus complexes et donc plus coûteux qu'auparavant.

D'importantes mises à jour réglementaires viennent d'être faites

La majorité des constructeurs de véhicules tractés viennent de réaliser d'importantes mises à jour réglementaires, d'ordre administratif. Les services techniques vont aussitôt devoir plancher sur la nouvelle mise à jour des machines. Et pendant ce temps-là, les sujets essentiels de recherche et développement sont mis de côté. Je pense que la profession va basculer sur ces nouvelles exigences à un rythme dispersé, et avec des délais très étalés dans le temps.

La grande lenteur du processus

Sur les véhicules tractés, les modifications en termes de freinage sont très importantes. Il faut donc y travailler dès maintenant ! En tant que fabricant d’essieux, il y a déjà deux ans que nous avons abordé la question et nous mesurons bien les difficultés que rencontrent les organismes de réception à s’approprier les nouvelles exigences réglementaires, celles des constructeurs à comprendre les conséquences pour leurs gammes et la grande lenteur du processus.

Une loi pour changer quoi ?

Concrètement, côté agriculteur, la nouvelle réglementation devrait :

  • Diminuer la quantité des options offertes par les marques : moins de tailles de roues, moins de variantes, moins de composants ajoutés qui modifient le poids…
  • Simplifier les gammes de produits, standardiser vers les modèles les plus vendus ou spécialiser selon les entreprises.
  • Raréfier certaines spécificités françaises, comme le 13 t à l'essieu.
  • Maintenir les homologations des équipements vendus avant le 1er janvier 2025 et homologués selon l'ancienne version. Ces équipements pourront continuer à circuler et à être revendus après l'échéance de 2025.
  • Modifier la conception des véhicules. Ceux conformes à la nouvelle réglementation bénéficieront de plus de performance de freinage. Pour y parvenir, les constructeurs utilisent des composants plus coûteux (freins plus importants par exemple) et nécessitant l'ajout de valves, de régulateurs, de réservoirs… Le surcoût pourrait osciller entre 1 500 (1 essieu) et 6 000 euros (3 essieux).

Que faire dans ce contexte ?

Plus que jamais, l'agriculteur doit planifier ses investissements et en parler à son concessionnaire. Il doit également encourager les constructeurs et les distributeurs habituels en leur faisant confiance et en les aidant. Pour cela, le paysan peut partager sa perspective d'achats potentiels à échéance quatre ou cinq ans avec ses interlocuteurs. Le type de matériel, le poids, le nombre d’essieux, la taille de roues acceptables... des informations très précieuses qui aideront la filière à tracer sa feuille de route et à concevoir les futures gammes.

L'agriculteur doit donc communiquer avec les constructeurs et les concessionnaires pour connaître leur planning de travail sur le sujet "freinage 2015/68". C'est aussi une manière de montrer que le sujet intéresse ! Et s’ils ne savent pas répondre, reposez régulièrement la question ! Sur un autre registre, je conseillerais d’éviter l'achat de tracteurs dotés d'une simple ligne de freinage hydraulique (autorisée jusqu’au 31 décembre 2024). Mieux vaut privilégier dès maintenant les modèles équipés d'une double ligne (hydraulique et/ou pneumatique).

Un vrai défi pour le machinisme français

Par ailleurs, nous savons qu’avoir des fabricants de machines en France nous permet d’encourager le développement d’équipements et d’innovations utiles à nos utilisations spécifiques et locales. Il faut soutenir les industriels français sur nos territoires. La nouvelle réglementation représente un vrai défi pour le machinisme français, et donc pour l'agriculture. En nous mobilisant tous pour communiquer avec les représentants européens, en parlant d'une voix commune entre agriculteurs, fabricants et distributeurs... nous sortirons par le haut et nous renforcerons la puissance agricole et industrielle française.


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DÉJÀ 14 RÉACTIONS


Pipo1er
Il y a 21 jours
Pour la bonne raison qu une benne agricole coûte presque le double d une semis. Même si bcp de composants sont les mêmes. Par chez nous on vois si et la des semis d occasion avec un dolly
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JFD
Il y a 21 jours
Il suffit juste de standardiser le freinage agricole comme le freinage des poids lourds avec les même connections pour les branchements, comme ça on pourra rouler avec les remorques de poids lourds avec un dolly. De plus les bennes poids lourd d'occasions ne sont pas cher! Et sont en alu qui ne rouille pas! Et les constructeurs auront résolus le problême avec un systême qui existe depuis des décénnies. Hé au fait, pourquoi n'y ont t ils pas pensés avant?
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Jojo
Il y a 21 jours
Tu peux toujours rêvé !!!
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Maxens
Il y a 22 jours
Si seulement on pouvait augmenter nos prix egalement a chaque nouvelle charge réglementaire
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Chrislait
Il y a 22 jours
L'Assemblée nationale a adopté, mardi 17 décembre, plusieurs modifications à l'article 16 du projet de loi de finances pour 2020 (PLF 2020), qui prévoit la suppression progressive de l'avantage fiscal dont bénéficie le gazole non routier.
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Chrislait
Il y a 22 jours
Ajouter à cela la fin de l'avantage fiscal dont bénéficie le gazole non routier.... Les charges de structures vont bien se portées !!!!
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phil47
Il y a 22 jours
C'est quoi la justification de cette nouvelle norme , elle s’appuie sur quel critère ? pour les très gros tonnage, cela peut être compréhensible mais pour les autres ?
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Cabeillade
Il y a 22 jours
Moi aussi, ça m'a fait bondir cette phrase. Nous qui nous prenons depuis 30 ans en pleine gueule la compétition mondiale du marché globalisé, nous devrions soutenir les industriels dans la mise en place de la mesure, alors qu'ils nous annoncent d'ores et déjà que les machines coûteront 6000€ de plus. On rêve. On nous demande carrément de nous "mobiliser" ! Hé mais ils se mobilisent, eux, quand on se prend une nouvelle réglementation tous les trois jours qui signe notre arrêt de mort? Je ne les entend pas trop. Bref, pourvu que mon 120-54 tienne le coup le plus longtemps possible, que je n'ai pas à faire à ces malandrins !
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Réaliste
Il y a 22 jours
"il faut soutenir les industriels français sur notre territoire". Commenceraient-ils à prendre peur ? Un peu comme le para-agricole qui s'inquiète qu'il n'y ait plus de jeunes agriculteurs. Le jour où nous vendrons blé, animaux ou lait à un vrai prix français on y pensera. En attendant nous vendons nos productions au prix mondial alors pourquoi donc acheter du matériel français le double d'un matériel fabriqué à l'Est ? D'autant plus que le temps du matériel français increvable et pas cher (Renault, nodet, someca, rivière cassalis, etc) est fini depuis longtemps. Pour le moment je n'ai pas vu de constructeurs de matériels réclamer que les agriculteurs gagnent mieux leur vie, pour ça il faudrait déjà rogner leurs marges. Et puis ils feront comme nous, soit ils s'adapteront (meilleure qualité + tjr plus de volume + un prix toujours plus bas) soit ils disparaîtront.
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oducrocq
Il y a 22 jours
Après l'immatriculation, il fallait bien que nos chers bureaucrates trouvent une nouvelle occupation ! De toute façon, je ne sais pas qui pourra encore se payer de belles remorques dans 5 ans. Perso, je garderai ma vieille remorque et je ferai poser des bennes dans les champs pour enlever la récolte. Le plus dramatique dans tout ça, c'est que nos représentants ne réagissent pas face à toutes ces nouvelles normes qui vont nous emmener dans le mur.
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