Poussières et ammoniacComment les éleveurs peuvent-ils se protéger ?

| par | Terre-net Média

Ammoniac et poussières : en cas de concentration trop élevée, ils peuvent être dangereux pour les voies respiratoires de l'éleveur. Alimentation, déjections, ambiance du bâtiment... l'éleveur bénéficie de leviers pour limiter leur présence et réduire l'exposition. Sans oublier les masques de protection, qui s'ils sont bien adaptés, peuvent être confortables. Le point avec Solène Lagadec, chargée d'études à la chambre d'agriculture de Bretagne.

Suite à une conférence donnée au Space sur le thème de la protection contre les poussières et l'ammoniac, Solène Lagadec, chargée d'étude en environnement à la chambre d'agriculture de Bretagne, donne quelques conseils aux éleveurs pour mieux se protéger contre la poussière et l'ammoniac respirés sur la ferme.

Web-agri (WA): Dans quel contexte avez-vous mené l'étude sur la poussière et l'ammoniac respirés par les éleveurs ?

Solène Lagadec (SL) : En Bretagne, beaucoup de salariés agricoles travaillent dans les élevages, et peuvent souvent évoluer dans des zones chargées en ammoniac ou en particules. Ces polluants peuvent affecter les voies respiratoires du personnel. D'où l'étude menée pour mesurer les risques selon l'exposition.

WA : Quelles sources produisent de l'ammoniac et/ou de la poussière sur l'élevage ?

SL : Les particules de poussières sont un ensemble complexe contenant des fragments de bâtiment, de déjection animal, de poils, de plumes... tout dépend de la production. Le mélange contient aussi des micro-organismes et des moisissures, qui, si elles sont inhalées par le travailleur, pénètre jusque dans ses alvéoles pulmonaires et risquent d'entraîner des complications respiratoires.

WA : Existent-ils des moyens pour prévenir les perturbations sur le travailleur ?

SL : Côté particules, l'éleveur peut incorporer un corps gras aux aliments afin de limiter la poussière dans le bâtiment, ou utiliser un système de brumisation pour coller les particules au sol. Question ammoniac, l'agriculteur peut agir sur l'alimentation en adaptant les besoins en azote de l'animal. Du coup, les rejets sont limités, donc les émissions d'ammoniac. Il est aussi possible d'agir sur les déjections. L'ammoniac se forme lors de la rencontre entre l'urée contenu dans l'urine et l'uréase des excréments. En évacuant fréquemment les déjections, le fermier limite fortement la production d'ammoniac. En résumé, l'éleveur peut agir à la source, sur l'alimentation ou les déjections, sans oublier la ventilation. Il est indispensable de renouveler l'air dans les locaux, en particulier s'ils sont fermés.

WA : Quelles alertes sur la présence d'un risque éventuel ? 

SL : Plus les particules sont fines, plus elles pénètrent facilement dans les alvéoles des poumons. Résultat : toux, bronchites, maux de gorge... sont des symptômes qui doivent alerter l'opérateur. L'ammoniac est un gaz soluble dans l'eau. Il peut irriter les muqueuses comme les yeux, le nez et la gorge. Si la personne a les yeux qui piquent ou ressent une gêne en entrant dans le bâtiment, c'est que le niveau de gaz dans l'air est élevé. 

WA : À partir de combien de temps estime-t-on qu'il y a danger ?

SL : Un travailleur ne doit pas être exposé plus de 15 minutes à une concentration en ammoniac de plus de 20 ppm. L'éleveur doit connaître la concentration dans son bâtiment. 

WA : Comment la mesurer ?

SL : La mesure s'effectue grâce à un tube colorimétrique. Il suffit d'aspirer de l'air ambiant et la couleur indique le taux.

WA : Que faire en cas de concentration trop élevée ? Est-ce qu'un masque suffit ? Quelle est la bonne stratégie ?

SL : Aussitôt que l'agriculteur identifie un problème, il doit avant tout actionner les leviers au niveau alimentation, ventilation et déjections. Il est nécessaire de limiter la volatilisation de l'ammoniac ou la mise en suspension des particules. Les moyens de protection sont aussi une solution. Certains changent la vie du travailleur, qui trouve très agréable de travailler avec un masque, du moment qu'il soit bien adapté.

WA : Quel type de masque doit-on utiliser ?

SL : Il existe des versions jetables à usage unique. Le masque doit bien coller au visage pour être efficace. Tester les différentes solutions est indispensable pour identifier la méthode la plus confortable.

WA : Le bénéfice éleveur est immédiat ce qui l'aide à prendre conscience de l'intérêt de le porter. Comment les Chambres accompagnent-elles les éleveurs ?

SL : Dans le cadre du projet Air'éleveur, des vidéos Youtube informent les travailleurs sur les risques et les solutions. En rentrant à la maison le soir, si une personne ne se sent pas très bien, n'hésitez pas à contacter les conseillers de Chambre ou les instituts techniques.

WA : Les éleveurs prennent-ils le sujet au sérieux ?

SL : Les jeunes sont plus soucieux de leur santé au travail. Ils y sont sensibles et veulent travailler en de bonnes conditions. Les plus anciens sont plus rustres et n'y prête pas attention.


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