Paroles de lecteursEt si on démêlait le « pour » et le « contre » avant d'acheter une mélangeuse ?

| par | Terre-net Média

Plutôt que d'investir dans une mélangeuse, thème d'un article paru sur Web-agri il y a quelques jours, les lecteurs semblent préférer les rations à base d'herbe, que cette dernière soit enrubannée, récoltée à l'auto-chargeuse ou pâturée, pour plus d'autonomie et moins de charges au niveau de l'alimentation du troupeau. Mais peut-être aussi moins de tranquillité et plus de boulot...

paroles de lecteurs web agri melangeuse compare a ration a base d herbe « Une mélangeuse est coûteuse à l'achat, c'est certain, mais tu peux mettre n’importe quoi dedans, les vaches le mangeront. Et en 25 minutes une fois par jour, le boulot est plié ! », reconnaît Nicolas Hautot.  (©Terre-net Média)

Après avoir lu l'article "Équipement d'élevage − Investir dans une mélangeuse : oui mais quel modèle ?", publié sur Web-agri.fr en début de semaine, Popeye76 fait remarquer :

« L'autonomie alimentaire en élevage se gagne par la culture de l'herbe. Plus tu fais pâturer, plus tu gagnes ta vie ! À l'inverse, plus tu as de vaches en hors sol, plus ta coop et les marchands de mélangeuses et d'aliments gagnent d'argent ! Alors choisis pour qui tu travailles !! »

Comment faire pâturer l'hiver les années humides ?

Nicolas Hautot est « 100 % d'accord » avec ce lecteur et lui demande : « Comment travaillez-vous l'hiver ? ». Il précise : « Avec une météo humide comme cette année, il est compliqué de faire pâturer le troupeau. » « Dans notre groupe d'éleveurs laitiers, ceux qui pratiquent au maximum le pâturage ont un coût alimentaire catastrophique pendant la saison hivernale », complète le producteur.

Lire aussi le Paroles de lecteurs : Vous visez tous l'autonomie fourragère

Popeye76 explique : « Je distribue à la dérouleuse de l'enrubannage, composé de 50 % de luzerne et de 50 % de ray grass hybride/trèfle violet, plus 2 kg de méteil aplati (50 % d'orge et 50 % de pois protéagineux). Avec des vêlages étalés, sauf pour les génisses qui vêlent au printemps, mes vaches produisent 5 900 kg brut de lait en race Rouge des prés sans achat d'aliment. » 

Les questions fusent dans la bouche de Nicolas Hautot : « Vous êtes en bio ? Vous avez calculé votre coût alimentaire ? Combien vous avez de vaches ? Ça doit être long à la dérouleuse... »

Maïs ensilage, enrubannage d'herbe ou auto-chargeuse ?

L'autonomie alimentaire fait gagner en rentabilité !

Popeye76 répond : « J'élève 44 VL en bio sur 67 ha (avec un prix du lait de 485 €/1 000 l en 2019 et un EBE de 1 000 €/ha). Elles consomment deux balles d'enrubanné par jour. Nous récoltons environ 10 tMS/ha sur 25 ha en trois à quatre coupes. L'enrubannage est facturé 8,5 €/balle auxquels il faut ajouter 3 € de film. C'est moins que l'ensilage, je pense, et peut-être un peu plus que l'auto-chargeuse mais la gestion des stocks fourragers est très souple. Toutefois, le film plastique constitue un inconvénient indéniable et je me pose la question de sécher l'enrubanné en vrac ou en boules. Avant de passer en bio, l'autonomie alimentaire du troupeau nous a permis depuis longtemps de gagner en rentabilité ! Nourrir les vaches avec du maïs ensilage est certes facile mais ce type de ration est trop coûteux à équilibrer. Sans compter que tu dois disposer de deux tracteurs, un pour charger la mélangeuse et un pour la faire tourner, acheter d'autres aliments à intégrer dans le mélange, etc. Et quand la mélangeuse est usée, elle ne vaut plus que le prix de la ferraille... »

Voir également le Paroles de lecteurs :
L'or vert, ce n'est pas l'ensilage d'herbe mais l'enrubannage

Titian intervient : « L'enrubanné n'est pas donné non plus ! »

Nicolas Hautot renchérit : « Avec votre système, Popeye76, vos choix et résultats sont cohérents. Même si le coût alimentaire, l'hiver, doit être un peu élevé, le prix du lait compense. Sur de grosses structures conventionnelles, l'EBE/ha est certes plus important mais il sert en partie à rembourser de la "ferraille". Pour revenir à l'enrubannage, je suis plutôt en train d'arrêter pour passer à auto-chargeuse en silo couloir. Ce dernier a été remboursé en une année, le seul souci : il faut une mélangeuse pour distribuer le fourrage. Par contre, je n'investirai pas dans un séchoir en grange, trop onéreux pour un temps de séchage trop long dans notre région, alors que trois jours de beau temps suffisent pour l'ensilage. »

Quid de l'ensilage avec le réchauffement climatique ?

Patrice Brachet trouve « ce débat très intéressant ». Puis, il évoque son propre cas : « Chez nous, il fait trop chaud l'été et l'herbe monte vite en température. Avec de l'enrubanné, pas de souci ! Il y a encore quelques années, l'ensilage était possible mais avec les canicules à répétition, les pertes augmentent malgré des conservateurs qui coûtent un bras. »

La chouette a investi en 1980 dans des silos couloirs bétonnés, extensibles en longueur et largeur, avec un front d’attaque muni de barres au garrot. « Et en 2020, la recette reste la même et marche très bien, indique ce lecteur. Cette formule m’a évité de bouffer du fioul pour nourrir des vaches. Il n'y a qu'à voir tous les voisins qui se sont endettés et qui courent du matin au soir... »

Sur ce sujet, retrouvez : Quel silo choisir pour mon ensilage ?

Nicolas Hautot rétorque : « Le concentré est-il distribué au Dac ? Le silo couloir est-il à l'abri ? Le lisier à épandre n'est-il pas plein de flotte ? Une mélangeuse est coûteuse à l'achat, c'est certain, mais tu peux mettre n’importe quoi dedans, les vaches le mangeront. Et en 25 minutes une fois par jour, le boulot est plié et ce ne sont pas les animaux dominants qui mangent le concentré des autres. »

« Ne pas bouffer trop de fioul pour nourrir des vaches »

La chouette donne quelques détails sur l'alimentation de son troupeau : « Le concentré est distribué en salle de traite car un Dac coûte trop cher et tombe en panne tous les quatre matins. Et à chaque fois, il faut reprogrammer les colliers, un vrai "bouffe temps et fric". Nicolas, faut faire simple ! Je rentre les vaches vers le 20 décembre et les ressors dès début février. Pour produire 1 000 l de lait, certaines fermes consomment 96 l de fioul contre 18 l seulement pour moi ! J’ai même des copains qui sont à moitié moins !! » 

Nicolas Hautot lui tire son chapeau : « Tu as un système simple et efficace. Je fais beaucoup de pâturage jusqu'en novembre mais je dois faire partie des gars qui consomme 96 l de fioul ! Mais je suis tout seul pour nourrir 250 bovins et traire 110 vaches !! »

Patrice Brachet insiste à nouveau sur le problème des étés de plus en plus chauds : « La Chouette, dans les années 80, c'était faisable chez nous. Un de mes amis a voulu continuer et a dû jeter près de 30 % de son fourrage ! Au prix que cela coûte...  »

Découvrez ou redécouvrez le Paroles de lecteurs :
Changement climatique, vos solutions pour s'y préparer

Titian conclut : « La distribution mécanisée des rations comme le libre-service ont des avantages et des inconvénients. Le pâturage a aussi ses limites. Pourquoi pas un mode d'alimentation intermédiaire avec une désileuse-cube ou du pâturage de méteil l'été ? »


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