Agrandissement de troupeauVictorien Postel, éleveur : « On s'agrandit en limitant les investissements »

| par | Terre-net Média

Victorien Postel, jeune agriculteur récemment installé sur l'exploitation de ses parents à Songeons dans l'Oise (60), vient de doubler sa référence laitière. Mais passer de 500 000 à 1 000 000 de litres de lait ne se fait pas sans rien. Et comment limiter les investissements dans une filière qui avance au ralenti ? En ne se basant que sur le court terme, d'après l'éleveur.

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Travaillant depuis cinq ans sur l’exploitation familiale dans l’Oise (60), Victorien Postel a rejoint ses deux parents en tant qu’associé du Gaec de Limermont en 2017. L’exploitation est composée de 150 ha, près d’un million de litres de lait et 100 000 volailles de chair. 3,5 UTH travaillent sur la ferme (Victorien, ses parents, et un stagiaire). Pour son installation, le jeune agriculteur a entrepris de reprendre 500 000 litres supplémentaires qui s'ajoutent aux 500 000 litres historiquement produits (100 000 litres rachetés en 2016 puis 300 000 en 2017 et 100 000 litres encore en attente d'être octroyés par la laiterie (Danone) pour son installation en tant que JA). Actuellement, 80 vaches laitières sont traites deux fois par jour dans la salle de traite 2x8 postes en épi. L’éleveur a fait le choix d’augmenter sa production afin de saturer son outil. Pour ce faire, il a acheté deux lots de 20 génisses à des exploitants voisins. 40 génisses se préparent à vêler cet hiver en plus des 30 du troupeau initial.

« On limite les investissements en faisant un maximum nous-mêmes »

Pour mettre ce nombre d’animaux grandissant à l’abri, les exploitants ont décidé de louer un hangar supplémentaire à 2 km du corps de ferme. La stabulation qui était historiquement séparée en deux pour accueillir les vaches et les génisses devient totalement consacrée aux vaches en production avec 120 places en logettes. Les jeunes animaux (à inséminer ou gestants) seront donc sur un autre site. Les associés ont fait le choix de réduire au strict minimum les investissements nécessaires à cet agrandissement. Victorien confie : « On ne travaille qu’en court terme dans le lait et il vaut mieux éviter d’avoir à construire du neuf vu le prix du lait actuel ». Il a donc été convenu de ne pas trop modifier le bâtiment existant.

Seules les logettes vieillissantes sont remplacées au fur et à mesure par des plus récentes mais achetées d’occasion afin de limiter le coût. Pour la salle de traite, elle aussi vieillissante, l’éleveur explique vouloir remettre en état les postes désuets (réparation du décrochage automatique) et d’en ajouter deux supplémentaires afin de passer en 2x10. Seul un tank neuf et plus grand a été acheté. « Nous avons une optique d’investissements limitée et je pense que ça doit être dur aujourd’hui pour les personnes qui ont beaucoup investi dans le lait. » Cependant, l'éleveur avoue que son choix de réduire les charges de structure reste contraignant : « Ça passe au détriment du temps et de la qualité de travail ».

Le projet d’agrandissement intègre pourtant l’embauche d’un salarié consacré à la traite. L’objectif est de permettre à Victorien de reporter son travail sur l’alimentation, le paillage et les soins aux animaux ainsi que de soulager sa mère qui participait jusqu’alors encore à la traite. Concernant l’assolement, l’exploitation dispose de 35 ha de pâtures et seule la surface en maïs augmente (elle passe de 40 à 50 ha) au détriment des cultures de vente. Mais pour l’éleveur, cela ne signifie pas une perte économique : « Il faudra que la valeur ajoutée provienne de la production de lait supplémentaire », explique-t-il.

Plus de rigueur mais pas encore assez

Les génisses ont été achetées à des voisins qui cessaient l’activité. Pour gérer tous ces animaux, l’éleveur ne compte pas s’équiper d’outils comme les détecteurs de chaleur en raison de leur coût mais aussi pour s'obliger à observer régulièrement le troupeau. Le père de Victorien s’occupe seul des inséminations artificielles et dédie une période de l'année déterminée (entre novembre et mars) aux inséminations des animaux. Les génisses et les bonnes vaches laitières sont inséminées avec des paillettes sexées. Un taureau est ensuite introduit afin de rattraper les vaches et génisses qui n’auraient pas pris durant la période d’IA.

L’éleveur estime que pour « 10 ou 100 vaches, la rigueur sanitaire doit être la même » et ne s’inquiète pas des risques liés à l’agrandissement du cheptel. De plus, les génisses de l’extérieur ont été progressivement introduites durant la saison de pâturage, ce qui a limité le développement et la contagion des pathologies. Il regrette cependant le manque de précision dans la conduite des bovins en général. En effet, l’exploitation possède trois poulaillers d’une capacité totale de 100 000 volailles de chair (poulets et dindes) et la comparaison est flagrante : les volailles sont conduites au dixième de degré près. L’élevage de ces animaux se fait de façon précise et sous contrôle total : la température, l’hygrométrie, la quantité exacte d’aliment et d’eau, la ventilation, le taux de CO2, le GMQ des animaux... Les résultats techniques sont calculés tous les jours. En comparaison, Victorien s’étonne de ne pas pouvoir être plus méticuleux sur ses vaches laitières : « Le décalage est immense et je suis persuadé qu’en étant aussi précis en bovins qu’en volailles, notre productivité serait nettement meilleure ! ».

L’élevage en quelques chiffres sur 2017 :

3,5 UTH

600 000 litres à la laiterie Danone pour arriver à 1 000 000

80 vaches laitières prim'holsteins + achat des 40 génisses

Production moyenne de 8 000 litres

32 g/l de TP et 38 g/l de TB

250 000 cellules

Taux d’urée : 250 mg/l

Les éleveurs inséminent eux-mêmes entre novembre et mars puis les rattrapages se font au taureau sélectionné.

Âge au 1er vêlage : 28 mois

2,8 lactations/vache en moyenne

Mois moyen de lactation : 5

Causes de réforme : vache vieillissante, échec à l’IA, tape en salle de traite

150 ha dont 35 de pâture et 40 de maïs

100 000 volailles de chair


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DÉJÀ 15 RÉACTIONS


Chrislait
Il y a 26 jours
Le problème que l'on a en agriculture, c'est que l'on prend des emprunts pour 12 , 15 ans voir plus , du coup t'es bien obliger de continuer et autour de nous ils le savent bien...
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Jeje50
Il y a 27 jours
Le soucis eat toujours le meme, le prix du lait trop bas, les charges, tout pousse a la dillution de celle ci . Au bout du compte tu est deborde est tenu par le systeme, , dans mon secteur 50, , de plus en plus de jeune agri [40 ans:-) ne voient plus d avenir Dans le lait, et ce disent pret a changer de production, quitte a moins gagner, moins de boulot mais a +profiter de la vie, A Force de tirer sur la ficelle, TOUT le monde ce décourage...
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tell14
Il y a 28 jours
la motivation ne fait pas tout elle est necessaire en production laitiere
mais elle ne doit pas te faire oublier le reste comme de gagner ta vie correctement
et ne pas etre le seul de la famille a faire 70h/semaine quand les autres sont en
weekend le vendredi midi!
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steph72
Il y a 28 jours
Si j'ai bien compris il faut avoir la tete dans le guidon pour etre motivé!!!
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stivi
Il y a 28 jours
bravo tu est très motivé et tu dois aimer ce que tu fait ,se n est pas le cas de tous le monde ,dans notre boulot si tu n aime pas se que tu fait il faut arreter
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tell14
Il y a 29 jours
idm pour moi grossie trop vite et boum un rj....
quand tu double le nombre de vache tu triple les merdes.
a quoi bon faire 1ml si tu gagne pas ta vie avec 500000.
l economie d echelle d existe pas en vl ....
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hautot nicolas
Il y a 29 jours
on entend pas parler norme stockage effluvant
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PATRICE BRACHET
Il y a 29 jours
Bravo Pour vos discours raisonnables la connerie je l ai faite , je suis obligé de vivre avec (rj)
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tell14
Il y a 29 jours
quand on est jeune on veux taper dans la bute et les parents suivent...
mais malheuresement la jeunesse met pas eternel! la fatigue aidant a un moment il faudra investir pour tenir la cadence ....une petite crise laitiere de plus les parents qui partent a la retraite ....tous les techniciens qui sont autour de toi te dise de foncer mais c est pas pour toi s est juste pour eux.
prend le probleme autrement fait tes 500 000l de façon la plus autonome(pas besoins de gros investissements!!!) possible et profite de la vie.
et tes parents pourrons profiter aussi de leur retraite sans etre obliges de traire jusqu a70 ans pour t aider
ne le prend pas mal c est juste mon experience qui parle.
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Nanard56
Il y a 30 jours
Traire 80 vaches ou 120 ca parait pas beaucoup, mais je peux t'assurer pour l'avoir fait que passer 1h30 de traite cela devient une corvée (de la bouse partout: griffes,bras, tablier) , encore pire un soir de jour ferié en plein hivers kan il pleut a seau dehors.... je suis passé de 60 a 120 vaches, je l'ai fait trois ans (emprunt oblige) je viens repasser a 90 vaches traite depuis un mois et je ne compte pas m'arreter là....
Tu repensera a ce que je vient de dire d'ici peu
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