Méthanisation - valoriser la chaleurUn séchoir polyvalent au Gaec des Moulins de Kerollet

| par | Terre-net Média

Depuis la fin de l'année dernière, le Gaec des Moulins de Kerollet dans le Morbihan, convertit ses premier m3 de biogaz en électricité. Pour valoriser la chaleur issue de leur méthaniseur, les associés ont mis au point un séchoir polyvalent pour plaquettes de bois, conçu à partir de bols mélangeurs.

Méthanisation - Bruno Calle - Gaec des moulins de Kerollet
Bruno Calle, l'un des trois associés du Gaec, dans l'une des remorques mélangeuses transformée en séchoir. (© Terre-net Média)

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Méthanisation – Comment valoriser la chaleur ?

Les trois associés du Gaec des Moulins de Kerollet à Arzal (56) élèvent 120 vaches laitières et ont installé l’an dernier un digesteur de 1.400 m3 avec un cogénérateur de 250 kW. « Pour utiliser la chaleur du cogénérateur, nous avions d’abord songé à chauffer le habitations du village ou alimenter une usine d’hygiénisation de coquilles d’œufs, mais qui aurait financé les travaux du réseau d’eau et que faire de la chaleur le reste de l’année ? », raconte Bruno Calle, l’un des trois associés du Gaec.

De réelles opportunités dans la filière bois de chauffage

« Le séchage de foin en grange est également trop saisonnier pour suffisamment valoriser la chaleur et ainsi percevoir la prime à l’efficacité énergétique (jusqu’à 4 c€/kWh pour une valorisation de la chaleur supérieure à 70 %). Nous nous sommes alors tournés vers le séchage du bois de chauffage.

Avec le nombre croissant de foyers qui s’équipent de poêle à bois, il y a de réelles opportunités à saisir dans la vente de petites bûches, mais la filière bois-bûches n’est pas encore bien organisée. Pour des questions d’approvisionnement, nous avons opté pour le séchage de plaquettes de bois déchiquetées. Ces plaquettes forestières doivent passer de 50 % d’humidité à 30-35 %. Les entreprises de bois plaquettes et granulés vendent à leurs clients du « pouvoir calorifique instantané », autrement dit, plus le bois est sec, plus son pouvoir calorifique est important, et plus il vaut cher. Nous faisons de la prestation de service : chaque jour, quatre camions arrivent remplis de plaquettes humides et repartent avec des plaquettes sèches.

Brasser les plaquettes de bois dans des remorques mélangeuses

Pour réaliser leur séchoir à plaquettes, les associés ont acheté deux bols mélangeurs Kuhn d’occasion, dont ils ont refait le fond. « Nous avons inventé un système à partir de deux remorques mélangeuses à pâles de 15 m3 avec un moteur électrique qui permet de brasser les plaquettes.

Une centrale de traitement d’air aspire de l’air froid à l’extérieur qui passe dans une sorte de gros radiateur. L’air chaud arrive directement dans les bols par des gaines de ventilation. Un convoyeur de type industriel alimente automatiquement les bols en plaquettes de bois. Lorsque l’automate enregistre la consigne de poids sec, la machine arrête le brassage. Il faut cinq heures pour sécher 15 m3 de bois de 50 % d’humidité jusqu’à 35 % H.

séchoir à plaquettes de bois - séchoir à céréales ou luzerne.
L'air chaud arrive par les gaines de ventilation fixées sur le côté des mélangeuses et s'échappe par le haut du bol qui n'est pas couvert. (© Terre-net Média)

Retour sur investissement en sept ans

Avec 10.000 tonnes de plaquettes séchées par an, nous sommes presque sûrs de percevoir la prime à l’efficacité énergétique de 4 centimes. Si on ne l’a pas, c’est 80.000 euros/an de résultat en moins ! Le coût total de l’installation de méthanisation avoisine les 7.200 €/kWh installé. La partie séchage avec le hangar qui l’abrite a coûté 650.000 euros, un investissement important lié principalement au coût élevé du convoyeur industriel et de l’automatisation du fonctionnement.

« Nous sommes parvenus à convaincre notre banquier et les pouvoirs publics, dont l’Ademe, de nous accompagner financièrement. En séchant 10.000 tonnes de plaquettes par an, le temps de retour sur investissement est de l’ordre de sept ans. Mais cette activité pourrait devenir de plus en plus rentable à l’avenir ». Pour optimiser le fonctionnement de leurs séchoirs, les associés réfléchissent à un système de chauffage à double flux qui permettrait de réutiliser la chaleur perdue au-dessus des bols mélangeurs.

Passer de 3 ha à 40 ha de luzerne grâce au séchoir

L’avantage de ce séchoir, c’est sa polyvalence. Nous avons fait des essais pour sécher du maïs ou de la luzerne en brins courts. Un maïs à 40 % d’humidité atteint 15 % H en sept heures et il faut 24 h pour sécher 40 m3 de luzerne récoltés en vert en brins courts. Cela va changer notre système d’exploitation. Nous voudrions passer de 3 ha de luzerne à 40 ha et diviser ainsi par deux les achats de correcteurs azotés pour nos vaches ».

Impliquer les entreprises locales

« Il faut des instruments fiables et précis », fait remarquer Bruno Calle. Afin de mettre en place les systèmes de contrôle des convoyeurs et de régulation de la température, les trois agriculteurs ont sollicité le groupe Spie, spécialiste de l’électricité industrielle.

Pour leur unité de méthanisation, les associés du Gaec des Moulins de Kerollet ont fait appel à de nombreuses entreprises françaises, mais ont souhaité rester maîtres du projet et diriger eux-mêmes les travaux. « En cumulant les temps passés par les différentes entreprises du projet, nous avons fourni plus de trois années de travail aux entreprises de notre territoire et embaucher un salarié dédié à l’activité de méthanisation », se félicite Bruno Calle.

Plaquettes de bois forestière
Une trentaine de tonnes de plaquettes forestières arrivent et repartent de la ferme chaque jour et sont stockées sous un hangar conçu à cet effet. (© Terre-net Média)

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