TraiteRéduire l'astreinte sans investissement : des solutions existent !

| par | Terre-net Média

Le réseau Farm Xp a mené une expérience pour réduire l'intervalle entre deux traites à 6 h 30 contre 10 h en moyenne. Le but étant de permettre à l'éleveur de déléguer la traite de ses vaches à un salarié employé à 35 heures sans engendrer de coût d'heures supplémentaires.

Cliquez sur la vidéo pour découvrir les résultats d'expérimentation de la réduction de l'intervalle entre les traites

L a traite représenterait 50 % du travail d’astreinte d’un éleveur. Cette contrainte importante réduit la flexibilité de l’emploi du temps et peut même freiner les jeunes à s’installer. Pour supprimer définitivement cette astreinte, ils peuvent alors s’orienter vers la robotisation. Cependant, d’après un sondage, 60 % des éleveurs ne franchiraient pas le cap du robot de traite même s’ils en avaient l’opportunité.

Ainsi, Valérie Brocard (Institut de l’élevage) et Estelle Cloet (Chambre d’agriculture de Bretagne) ont présenté lors de la conférence Grand angle lait de l’Idele quelques solutions pour gagner en souplesse et réduire la contrainte de la traite : en déléguant par exemple quelques traites (voire toutes) à de la main d’œuvre salariée ou en alternant le travail avec les associés dans les situations de co-exploitation. Il est également possible d’adapter le nombre de traites, d’aménager des horaires selon les objectifs de l’éleveur ou encore de modifier le matériel pour plus d’ergonomie.

Réduire l’intervalle pour caler la traite sur la main d’œuvre

Parmi les solutions réversibles qui ne demandent aucun investissement, l’éleveur peut décider de réduire le nombre de traite par semaine en ne trayant plus le dimanche soir par exemple. Il peut aussi choisir de ne faire que trois traites en deux jours. Plus radicalement, certains passent même en monotraite de façon ponctuelle ou permanente.

Le réseau Farm Xp a mis en place une expérimentation sur la réduction des intervalles de traite dans le but de limiter la contrainte des éleveurs. « Tout d’abord, il faut savoir que les horaires de traite sont très figés dans les élevages avec une majorité calée sur 7 h 30 pour la traite du matin et 18 h pour celle du soir, explique Valérie Brocard, chargée du suivi des expérimentations. » D’après les recherches historiques de l’Inra (de plus de 15 ans), une réduction de l’intervalle de traite jusqu’à 7 heures entre le matin et le soir ne présenterait aucun effet sur la production des vaches.

Les vaches s’adaptent progressivement à la réduction de l’intervalle et reprennent vite leur productivité normale

Récemment, les chercheurs ont testé dans la ferme expérimentale de Trevarez de réduire cet intervalle encore un peu plus dans le but de faire passer les deux traites quotidiennes dans une journée de 8 h d’un salarié. Pour ce faire, ils ont conduit deux lots homogènes d’une trentaine de vaches pendant deux hivers successifs (soit deux périodes de quatre mois) : le premier mois, les deux lots étaient conduits avec un même intervalle de traite de 10 h puis à partir de la 5e semaine, le lot expérimental est passé à un intervalle de 6 h 30 (traite à 9 h puis à 15 h 30). « Il a fallu trois semaines aux vaches pour s’adapter, affirme Valérie Brocard. Elles ont alors perdu 1,3 kg de lait durant ces trois semaines puis leur production est redevenue normale. Il n’y avait alors plus d’écart entre les deux lots. Concernant le TB, aucune différence n’a été constatée pour les deux lots. Seul le TP a légèrement baissé dans le lot expérimental d’1 g/kg. »

Concernant le comportement des animaux, Guillaume Le Gal responsable du troupeau laitier, n’a rien remarqué : « Les vaches dont l’intervalle était raccourci ne réclamaient pas plus que l’autre lot de se faire traire et n’étaient pas plus agitées. Seules les logettes étaient un peu plus souillées le matin à cause d’une légère perte de lait. Néanmoins, nous n’avons eu aucune mammite à soigner durant toute l’expérimentation, assure-t-il. »

Une légère perte qui reste économiquement rentable

Ce protocole est facilement réalisable en élevage et permettrait de déléguer la traite à un salarié. Cela n’impacte pas la conduite de l’élevage à part un déséquilibre sur les quantités de lait matin et soir (il y aura moins de lait pour les veaux le soir, par exemple). Cependant, il est important de connaître la perte économique qu’il engendre. Les chercheurs ont alors posé leurs calculs pour un élevage de 400 000 litres de lait (à un prix moyen de 330 €/1 000 l et une valorisation du TP à 6,6 €/1 000 l) :

- Sur le 1er mois (adaptation des vaches) : la perte de 15 % de lait (- 1 500 litres) représente un manque à gagner ponctuel de 495 €.

- Ensuite, en routine, la baisse du TP (- 1 point) représente 2 640 € de perte/an

La perte économique compensée par l'arrêt des heures supplémentaires du salarié

Cette diminution du résultat n’est pas négligeable mais permet à l’éleveur d’avoir plus de flexibilité dans son travail. Ces horaires deviennent alors plus attractifs et plus compatibles avec une vie de famille. De plus, la perte économique peut être compensée dans les exploitations qui embauchent un salarié pour la traite puisque ce dernier ne réalisera plus d’heures supplémentaires (passage de 39 à 35 h grâce à la réduction de l’intervalle).

Patrick Buguel, éleveur à Dirinon (29) depuis 1995 n’hésite plus à décaler d’une demi-heure la traite du matin ou du soir lorsque ça l’arrange. Il confie d’ailleurs : « Ce sont les éleveurs qui ont du mal à faire le pas vers ce changement, pas les animaux. » Il estime aussi qu’en faisant évoluer leurs pratiques dans ce sens, certains éleveurs pourraient se permettre de recruter du personnel ou tout simplement de se libérer un peu plus de contraintes. Il suffit d’essayer !


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