EquipementLe parc stabilisé hivernal, une alternative économique pour vaches taries

| par Claude Descamps | Terre-net Média

Le parc stabilisé d'hivernage (Psh) est un logement sans toit caractérisé par une aire de couchage filtrante sur un sol imperméabilisé. Innovant et économe, ce mode de logement a été étudié et développé dans plusieurs pays (Irlande, Royaume-Uni...). Il vient de faire l'objet de quatre années d'étude à la station expérimentale de Trévarez. Résultats.

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Le parc stabilisé hivernal est bien adapté pour
génisses et vaches taries. (© DR)

Avec l’augmentation du prix des matières premières, les évolutions réglementaires, la pression sociétale… les éleveurs cherchent plus que jamais à maîtriser leurs coûts de production.

Or, avec l’agrandissement des troupeaux et l’évolution des structures d’exploitation, il n’est pas rare que les bâtiments en place n’aient plus la taille adaptée à une bonne gestion du troupeau, et qu'ils deviennent insuffisant pour loger ou nourrir l’ensemble des animaux.

Entre 2006 et 2009, l’Institut de l’élevage, le réseau Chambres d’agriculture de Bretagne et la Chambre d’agriculture du Maine-et-Loire ont donc décidé de se pencher sur le parc stabilisé d’hivernage avec des bovins laitiers.

« Il s’agit d’un mode de logement sans toit caractérisé par une aire de couchage filtrante sur un sol imperméabilisé, afin de récupérer les effluents et assécher rapidement la litière après chaque épisode pluvieux », détaille Jean-Luc Menard, de l'Institut de l’élevage.

Parc stabilisé d’hivernage, logette ou aire paillée

Le parc stabilisé d’hivernage n’est pas une nouveauté dans la sphère mondiale de l’élevage. En effet, ce mode de logement économe a été étudié et développé en Nouvelle Zélande, en Australie, en Irlande et au Royaume-Uni depuis le milieu des années 2000.

L’étude a consisté à évaluer les effets du parc stabilisé d’hivernage sur différents aspects : performances animales (lactation, croissance…), l’hygiène (propreté des animaux, pathologie mammaire, qualité du lait…), le bien-être animal (blessures, boiteries, relation homme-animal). « Nous avons utilisé différents matériaux de litière (copeaux de bois ou paille) pour déterminer les caractéristiques des effluents », poursuit Jean-Luc Menard. Le parc a été comparé à des bâtiments classiques existants sur le site, à savoir logette ou aire paillée.

Concrètement, le parc stabilisé est constitué d’une aire de couchage composé de trois parties :

  • un système drainant (de simples tuyaux perforés placés tous les 5 m) permettant de collecter les effluents sous le couchage ;
  • un lit de pierre pour favoriser l’écoulement des jus ;
  • un matelas de copeaux pour assurer un minimum de confort sans blesser les mamelles.

In fine, la zone de couchage avait 12 m de profondeur, et l’aire d’exercice raclée en lisier faisait 4 m de large. « Pour chaque type d’animaux, deux lots ont été constitués par paires à partir de vaches en production ou taries, de génisses gestantes ou de génisses de 1 à 2 ans à inséminer, tous les animaux recevant par ailleurs la même alimentation », compléte le scientifique.

Adapté pour les vaches taries

Paille ou copeaux ?

Cette étude montre que la paille, comme matériau de litière du parc stabilisé hivernal, est préférable à des copeaux de bois pour plusieurs raisons : mécanisation plus facile des apports, fréquence d’entretien adaptable aux conditions météorologiques, propreté.
Par ailleurs, cette expérience montre que le colmatage de la partie filtrante du Psh observé lors d’une pluviométrie exceptionnelle entraîne de mauvais résultats et oblige à un curage dans les meilleurs délais.
« L’utilisation en continu d’un parc entretenu avec des copeaux de bois semble présenter des risques concernant l’hygiène et la santé des mamelles pour des vaches en lactation », précise Jean-Luc Menard (Institut de l’élevage).

L’analyse des résultats de ces 4 hivers d’enregistrement montre que le parc stabilisé d’hivernage est « bien adapté pour loger des vaches taries et des génisses avec des performances correctes et une maîtrise de l’hygiène et du bien-être », résumait Jean-Luc Menard.

Par contre, le parc ne semble pas convenir aux vaches en lactation « pour des raisons d’hygiène et de pathologie mammaire, et ceci malgré des résultats corrects obtenus sur les autres critères ».

À noter toutefois qu’il est recommandé d’utiliser un obturateur du canal du trayon pendant la période sèche « pour les vaches plus sensibles et en complément des autres mesures (hygiène, antibiothérapie) » ; enfin, le parc stabilisé hivernal semble améliorer la croissance des génisses.

Travaux complémentaires

Ce qu’il faut retenir

Les résultats montrent que le parc stabilisé d’hivernage est bien adapté aux vaches taries et aux génisses d’élevage, mais n’est pas recommandé pour des vaches en lactation en raison d’une moindre maîtrise de la pathologie mammaire.
La concentration des effluents recueillis sous le Psh est plus faible (azote, matière en suspension…) en comparaison aux effluents peu chargés d’élevage. Ils peuvent intégrer directement la seconde étape d’une filière de traitement.

Ces résultats, enrichis par des observations relevées dans 4 autres élevages, montrent que, « sous un climat océanique ou tempéré », le parc stabilisé d’hivernage représente donc bien « une alternative économe aux bâtiments traditionnels ; mais ce mode de logement constitue également un complément au pâturage hivernal, en particulier dans le cas de prairies en sols peu portants ou durant les périodes pluvieuses ».

Des études complémentaires sont en cours avec des bovins viande et en climat plus rigoureux (Auvergne, Bourgogne, Limousin).
Enfin, des études se poursuivent au Royaume-Uni et en Irlande sur les effluents et les dégagements de gaz à effet de serre « qui seraient réduits avec le parc stabilisé hivernal par rapport à des logements conduits en lisier ».

Pour aller plus loin:

Institut de l’élevage : www.inst-elevage.asso.fr.

Journée 3R : www.journees3R.fr

Bâtiments d’élevage bovins : comment réduire les coûts d’investissements ?

 

N.B : Source (*) : « Evaluation du parc stabilisé d'hivernage pour des bovins laitiers ». MENARD J.L.(1), CAPDEVILLE J. (2), SEITE Y. (3), COUTANT S. (4), PORTIER B. (3), BROCARD V. (5) JOUANNE D. (3), LE GUENIC M. (3), PORHIEL J.Y. (3). (1) Institut de l'élevage, BP 70510, 49105 Angers cedex 01. (2) Institut de l'Elevage, BP 42118, 31231 Castanet Toulousan cedex. (3) Chambres d'agriculture de Bretagne, Pôle herbivores, CS 74223, 35042 Rennes cedex. (4) Chambre d'agriculture du Maine-et-Loire, BP 80646, 49006 Angers cedex 01. (5) Institut de l'élevage, BP 85225, 35652 Le Rheu cedex. Journées Rencontres Recherche Ruminants, 8 et 9 décembre 2010, Paris.

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