Visite de l'exploitation de Carl zu Eltz« La méthanisation : 50 % de mon chiffre d'affaires pour 80 % de mon résultat »

| par | Terre-net Média

7 000 méthaniseurs outre-Rhin, contre 250 environ en France. D'où vient l'engouement des Allemands pour ce mode de production d'énergie ? Reportage en exploitation chez le comte Carl zu Eltz, qui produit chaque année 4,3 millions de kW électriques et 3,5 millions de kW de chaleur.

L a famille du comte Carl zu Eltz est installée à Wolfring en Allemagne (Bavière) depuis des générations. L’agriculteur exploite 280 ha de bois, 450 ha de cultures, 40 ha d’étangs, 2 000 m² de serres horticoles et élève 20 000 poules pondeuses. Une petite installation photovoltaïque de 53 kW a été montée en appoint. Carl zu Eltz complète ses revenus grâce à une ETA de terrassement et de broyage de pierres, ainsi qu’avec la collecte des déchets verts et leur compostage pour la commune.

« Suite à la chute du mur en 1989, nous avions peur de ne pas être compétitifs par rapport aux exploitations d’Allemagne de l’Est. Il nous fallait trouver d’autres centres de profit. » Suite à ce constat, il décide en 2002 de produire de l’électricité à partir de biogaz  et fait construire une unité de 550 kW. Outre la production d’électricité, la cogénération de chaleur est utilisée pour chauffer les serres et les 1 500 m² habitables du château et des dépendances.

Dans le projet initial, le coût de rachat du kilowatt était de 10 centimes. Les changements de législation ont été nombreux. La dernière en date, en 2009, a revalorisé les composantes du coût de rachat telles que le type de ration apportée au méthaniseur, la cogénération et le filtrage du formaldéhyde. Ainsi, le prix du kilowatt est passé à 21 centimes, avec un tarif de base à 11 centimes. À cela, il faut rajouter 6 centimes car la ration est composée de maïs, luzerne et trèfle. « Comme je valorise la chaleur produite, je peux augmenter encore le prix de 3 centimes par kilowatt. Enfin, puisque mes rejets de formaldéhyde sont inférieurs à 40 ppm, j’ai encore le droit à un centime supplémentaire », précise le comte.

13 000 kW d’électricité et 11 000 kW de chaleur par jour

La ration de base du méthaniseur comporte exclusivement des produits issus des alentours de l’exploitation (moins de 11 km). Elle comprend 60 % de maïs ensilage grain, 5 % de maïs grain broyé, 30 % d’ensilage d’herbe et 5 % de mélange de déchets verts compostés. « À l’origine, j’utilisais les fientes de mes poules pondeuses. Mais leur teneur élevée en calcaire entraîne la formation de dépôts dans les digesteurs. Avec des poulets de chair, j’aurais pu intégrer les effluents dans la ration », complète Carl zu Eltz.

27 t d’ensilage par jour permettent de produire 5 500 m 3 de gaz, soit une production quotidienne de 13 000 kW d’électricité et 11 000 kW de chaleur. L’électricité est réinjectée intégralement dans le réseau car le tarif de rachat du kilowatt est supérieur de 7 centimes au prix de l’électricité achetée.

L’investissement de départ s’élevait à 1,7 M€ et 2 ha de bitume pour les ensilages pour deux séries de digesteurs. Les premiers (27 m de long, 7 m de large et 6 m haut) sont semi-enterrés et équipés d’un agitateur sans fin qui tourne à 2,5 rotations par minute. « Il n’y a pas de phase haute et basse, le TS est important et la matière sèche est bien valorisée. Ces deux digesteurs travaillent en parallèle et la durée de digestion est de 40 jours. »

Ensuite, la matière est pompée et transvasée dans un second type de digesteur cylindrique de 1 800 m 3 pour entamer une seconde fermentation. Afin d’éviter toute fuite, ce dernier possède un toit en béton et est entièrement enterré. Avec les deux séries de digesteurs, la rotation complète est de 90 jours.

Indépendant en chauffage jusqu’à - 20°C

À la fin, on sépare les phases solide et liquide, les deux sont ensuite épandues localement. L’exploitation dispose de de sept mois de stockage. La phase solide (entre 9 et 10 %), riche en phosphore et potasse, est épandue avec un épandeur 18 m. La phase liquide, elle, est composée de 4,5 u d’azote, 3 u de phosphore, et 4 u de potassium. Elle est épandue avant les semis de maïs ou directement sur les blés.

Afin de valoriser au mieux l’installation, l’agriculteur « a souscrit un contrat de maintenance de 50 000 € par an pour le moteur. Ce prix comprend tout, même un changement de turbo toutes les 10 000 h ». « J’arrive ainsi à faire tourner le moteur 98 % du temps. Par contre, j’ai besoin de stocker des pièces d’avance car les délais de remplacement peuvent être très longs. » À titre d’exemple, il faut 24 semaines pour changer les pales du digesteur. C’est pourquoi le comte a toujours deux jeux d’avance en stock.

« En été, je récupère la chaleur pour sécher des plaquettes de bois et la cabine de peinture de mon frère qui est carrossier. Je sèche 4 000 m 3 de plaquettes de bois par an à 95 % de matière sèche. Leur pouvoir comburant est ainsi accru de 20 % »

En hiver, la production de chaleur est prioritaire. Le jour, le méthaniseur stocke une partie de l’eau chaude qui est redistribuée la nuit. Avec ce système, Carl zu Eltz est indépendant en chauffage, dans la limite de - 20°C en température extérieure. En dessous, il doit mettre en route la centrale à fioul.

« Aujourd’hui, la méthanisation c’est 50 % de mon chiffre d’affaires pour 80 % de mon résultat. Dans sept ans, quand je ne toucherai plus de subventions, je continuerai cette activité pour le chauffage et je convertirai mon exploitation en bio. Rendez-vous en 2022 pour voir si ces projets se sont concrétisés ! » conclut l’agriculteur en souriant.

A voir également :
Tous les articles sur la méthanisation
L'Allemagne laitière

Cliquez sur la carte pour découvrir des reportages dans des élevages allemands


Tous droits de reproduction réservés - Contactez Terre-net

A lire également

   Rechercher plus d'article

Soyez le premier à commenter cet article