Fosse à lisier« Au secours, mon lisier mousse ! »

| par BTPL | Terre-net Média

Il arrive parfois que de la mousse apparaisse dans les fosses à lisier, notamment sous des caillebotis. Cela provient d'une réaction chimique qu'on appelle la saponification et elle n'est pas sans conséquence sur la santé des animaux et des Hommes. Elle produit en effet des gaz toxiques comme l'ammoniac ou le sulfure d'hydrogène. Le BTPL s'est intéressé de près à ce phénomène et donne quelques conseils pour l'éviter.

La réaction de saponification du lisier qui fait apparaitre cette mousse n'est pas sans conséquence sur la santé des bovins et de l'éleveurLa réaction de saponification du lisier qui fait apparaître cette mousse n'est pas sans conséquence sur la santé des bovins et de l'éleveur. (©BTPL)

C et hiver, et plus que d’autres, certains éleveurs ont constaté une production importante de mousse dans leur fosse à lisier sous caillebotis. La mousse a tendance à se développer surtout dans la partie des couloirs avant le brasseur. Lorsque le brasseur est en marche, le lisier passe sous la mousse et celle-ci tend encore à se développer et à monter. Ce problème est très gênant en fin d’hiver quand les fosses sont pleines. Les risques sanitaires sont présents : augmentation des cas de Mortellaro et incertitudes concernant des émanations de gaz toxiques dans la mousse. Ce phénomène se produit aussi en élevage de porcs, dans des pré fosses sous caillebotis.

Des causes multiples mais pas bien claires

La formation de mousse est due à une réaction chimique, en milieu alcalin, entre des cations type Ca++ ou K+, et des acides gras, et en présence d’oxygène. C’est cette même réaction de saponification à froid qui aboutit à la production de savon.

La réaction serait donc favorisée par :

- un excès d’amidon et de protéines non digérées dans les bouses : apport d’acides gras,

- un lisier trop alcalin (il faudrait vérifier le pH pour s’en assurer),

- un excès d’oxygène : le lisier doit être régulièrement brassé (5 à 10 minutes par jour) mais pas excessivement,

- une température trop douce.

L’hypothèse est que, lorsque les conditions favorables sont rassemblées (correspondance entre une concentration en acide gras et en cations + aération + température douce), la réaction de saponification démarre et entraîne la formation de mousse. De plus, cette réaction ne s’arrête qu’à l'épuisement d’un réactif. On peut donc extrapoler la même chose dans les fosses à lisier : tant que celle-ci est alimentée quotidiennement, et que l’équilibre est maintenu, la réaction continue.

En pratique que faire pour éliminer cette mousse ?

- En urgence, il est possible de verser de l’huile végétale dans la fosse pour faire redescendre la mousse. C’est néanmoins une solution temporaire qui ne règle pas le problème à long terme.

- Il faut éviter le gasoil, comme le préconisent pourtant certains. Celui-ci est premièrement mauvais pour l'environnement mais il aura également un effet néfaste sur les bactéries du lisier.

- La meilleure solution est d'épandre quelques tonnes à lisier pour faire baisser le niveau de la fosse et modifier l'équilibre de la réaction. Il faut néanmoins faire attention à la période d'épandage.

- Revoir l’alimentation peut être une piste : Y a-t-il un excès de maïs grain dans la ration ? Retrouve-t-on des grains de maïs dans les bouses qui seraient des indicateurs d’un gaspillage d’amidon ?

- Il est possible d'acidifier le lisier en se penchant sur l’alternance et l’équilibre acide-alcalin des lessives.

- Vérifier si l’arrivée des eaux de lavage de l’installation de traite n’est pas trop près du mixeur ce qui favoriserait le déclenchement de la réaction.

- Malaxer régulièrement le lisier, au moins une fois par semaine, l’idéal tous les jours quelques minutes, pour diluer les produits lessiviels dans la masse du lisier.

- Aérer le lisier ou, de manière plus douce, modérer la vitesse de malaxage et vérifier que le brasseur est complétement immergé dans le lisier à l’arrêt pour éviter d’introduire trop d’air et d’émulsionner.

Attention aux  gaz dangereux !

Ces gaz, plus lourds que l’air, stagnent au ras du sol. Les vaches couchées dans les logettes y sont fortement soumises. Les émissions dépendent de nombreux facteurs : température, fréquence de brassage du lisier, pH du lisier, apports de produits lessiviels. 

La dangerosité des gaz contenus dans le lisier est variable :

- les gaz irritants comme l'ammoniac (NH3) provoquent une irritation des tissus,

- les gaz étouffants comme le dioxyde de carbone (CO2) ou le méthane (CH4) remplacent l’oxygène dans l’air,

- les gaz asphyxiants comme le sulfure d’hydrogène (H2S) et le monoxyde de carbone (CO) saturent l’hémoglobine du sang et empêchent le transport de l’oxygène jusqu’aux organes,

- les gaz corrosifs provoquent l'oxydation des parties métalliques proches des fosses (comme les barrières d’aire d’attente, les tubulures de salle de traite...).

Des substances néfastes comme les chloramines et hydrazines issues de la réaction entre le chlore des produits lessiviels alcalins chlorés et l’ammoniaque du lisier peuvent aussi faire leur apparition.

Des précautions s’imposent donc pour préserver la santé des animaux et des hommes. Un brassage régulier des fosses reste primordial. Si celui-ci n'est pas fréquent, il faut penser aux émanations de gaz toxiques lorsqu'il a lieu ; il faut ouvrir les portes lors du brassage, sortir si possible les animaux et éviter la présence d'humains. Il faudrait aussi éviter de jeter les produits lessiviels dans la fosse à lisier. Si ce n’est pas possible, il faut choisir les produits en conséquence, alterner acide et alcalin pour neutraliser au maximum les produits et brasser régulièrement la fosse pour les incorporer à la masse du lisier.


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DÉJÀ 1 RÉACTION


hautot nicolas
Il y a 7 jours
régle n°1 :on ne met pas les eaux lavage sous les vaches et c'est tout
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