Imprimé le 17/10/2019 01:20:00

Parasitisme et pâturageRémy Vermesse (Gds 35) : « Le risque de bronchite vermineuse pourrait être important cette année »

| par | Terre-net Média

Les dernières pluies ont pu favoriser le développement des larves de parasites, et notamment des strongles, dans les pâtures. Pour Rémy Vermesse, vétérinaire au Gds (Groupement de défense sanitaire) d'Ille-et-Vilaine, il est important de veiller à l'immunité des jeunes animaux en limitant les traitements rémanents lors de la première saison de pâturage.

Parasitisme pâturage bovins
Si les animaux adultes sont immunisés, il n’y pas de risque accru à faire pâturer les génisses sur les mêmes parcelles quelques jours après le passage des vaches. Pour qu'un jeune animal atteigne sont immunité vis-à-vis des strongles, il faut qu'il soit en contact prolongé avec un nombre limité de parasites. (© Terre-net Média)

 
Terre-net Média (Tnm) : Au printemps, quels sont les parasites à risque pour les bovins ?

Rémy Vermesse (RV) : En cette saison, il n’y pas trop à craindre des douves ou du paramphistome. Ces parasites ont des cycles longs au sein des pâtures, leur période d’infestation étant maximale à partir de la fin de l’été. Par contre, le printemps est propice au développement des strongles (digestifs et pulmonaires), notamment chez les jeunes animaux qui ne sont pas encore immunisés. Les pluies de ces dernières semaines suivies d’une période de beau temps favorisent le développement des larves qui apprécient la chaleur et l’humidité. Cette année, le risque de bronchite vermineuse pourrait, sans doute, s’avérer plus élevé qu’à l’accoutumée. Il suffit d’une centaine de ces larves pour obstruer les voies respiratoires et affecter de façon importante les performances zootechniques.

Tnm : Comment favoriser l’immunité des jeunes animaux ?

RV : Il faut attendre en règle générale deux saisons de pâturage pour qu’un animal acquière son immunité vis-à-vis des strongles. En broutant de l’herbe infestée, les bovins parasités rejettent avec leurs bouses des œufs de strongles digestifs ou des larves de strongles pulmonaires et participent au recyclage des parasites, ce qui a pour effet d’augmenter le niveau d’infestation des pâtures. Cela aboutit classiquement à un pic d’été, sauf si le pâturage tournant limite le recyclage des larves. Si les vaches laitières sont immunisées, elles contribuent moins au recyclage. Il n’y alors pas de risque accru à faire pâturer les génisses sur la même parcelle quelques jours plus tard. On retrouve le même cas de figure en système allaitant, où les veaux s’infestent plus tardivement car l’herbe est davantage consommée par les mères qui sont immunisées.

Tnm : Quelle stratégie antiparasitaire adopter sur les jeunes ?

RV : Il n’y pas une stratégie unique, cela dépend du mode de pâturage, de la météo, des lots d’animaux, etc. De manière générale, je conseille de ne pas en faire trop sur les jeunes animaux au printemps, au risque d’empêcher l’animal d’acquérir son immunité, qui passe par un contact prolongé avec des parasites en nombre limité. Mieux vaut éviter, dans la mesure du possible, les traitements rémanents et de longues durées. L’objectif est certes de traiter en amont du risque, avant que le niveau d’infestation ne devienne trop important, mais pas trop tôt non plus, car un traitement de longue durée utilisé trop tôt, est une dépense mal employée. Il suffit parfois simplement de déplacer un traitement, pour qu’il devienne beaucoup plus pertinent. Pour connaître les risques parasitaires en fonction de la météo et du mode de fonctionnement de chaque élevage, les Gds ont mis au point « Parasit’Info », un logiciel d’aide à la décision (voir encadré).

Parasit’info :

Parasit’info est un logiciel en ligne pour aider au diagnostic du risque parasitaire des bovins. Il permet à l’éleveur de connaître les risques de strongles ou de grande douve en fonction de ses lots d’animaux, des données de météo locales, et de son système de pâture.

Pour en savoir plus, cliquez sur : Parasit’info (mode démo) ou demander conseil à votre Gds. http://www.parasitinfo.com

 

Tnm : Comment diagnostiquer les parasites au printemps ?

RV : De mai à août, les œufs des strongles digestifs et les larves de strongles respiratoires sont visibles dans les bouses par analyse coprologique. A partir de la fin de l’été, les parasites se préparent à hiverner dans les muqueuses et commencent à subir les effets de la réaction immunitaire des bovins. Il devient de plus en plus difficile de les détecter dans les bouses. La bronchite vermineuse peut être suspectée si plusieurs animaux sont atteints de toux au même moment. Mais qui dit toux au pré, ne dit pas toujours bronchite vermineuse, il peut également s’agir d’une maladie virale ou de l’ehrlichiose (maladie bactérienne transmise par les tiques et responsable d'un syndrome grippal, accompagnée d’une chute de la production laitière et d’avortements).

Pour confirmer ou non les suspicions par analyse coprologique, les bouses de 5 à 8 animaux doivent être envoyées rapidement au laboratoire car les larves sont fragiles. Mieux vaut prélever directement au rectum, plutôt que sur les bouses déjà au sol.

Tnm : Y'a-t-il des risques d’apparition de résistances aux antiparasitaires ?

RV : Depuis quelques temps, on a pu mesurer les premiers signes de baisse d’efficacité des produits chez les bovins. Les phénomènes de résistance sont déjà bien plus marqués chez les ovins et les caprins, notamment à cause de traitements répétés ou de sous-dosage des produits. Il existe essentiellement trois grandes familles de produits antiparasitaires sur le marché, et nous n’aurons pas la possibilité de trouver à chaque fois une parade si des résistances aux antiparasitaires s’installent chez les bovins. Il est important d’alterner ces familles pour maintenir leur efficacité et de les employer à bon escient.


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