Imprimé le 01/12/2020 16:41:39
Dossier Retour au dossier Temps de travail

Ça n'arrive pas qu'aux autres !C. Didelot (88) : « Atteint du coronavirus, j'ai dû réorganiser mon travail »

| par | Terre-net Média

Christophe est éleveur laitier dans le Grand Est. Ayant contracté le coronavirus, il a immédiatement renvoyé son apprenti chez lui pour éviter toute contamination. Tandis qu'il espérait avoir droit au service de remplacement, l'éleveur s'est retrouvé seul, démuni face à son travail à la ferme. Il a donc fallu s'organiser pour continuer à travailler tout en combattant la maladie.

Christophe Didelot, éleveur laitier, et son apprenti sur l'exploitationChristophe Didelot, éleveur laitier des Vosges, a contracté le coronavirus. L'éleveur n'a pas eu droit au service de remplacement. Heureusement, Romain, son apprenti, a accepté de venir l'aider sur la ferme en prenant de nombreuses précautions pour éviter la contamination. (©Christophe Didelot)

« Je pensais qu'en approchant la cinquantaine, j'avais déjà vu beaucoup de choses de la vie mais ça n'est finalement pas le cas », déclare Christophe Didelot, agriculteur vosgien. À quelques kilomètres de Vittel, il élève une soixantaine de vaches laitières et exploite 190 ha de SAU, mais ces 15 derniers jours n'ont pas été de tout repos pour lui. « Au dimanche des élections municipales, ma compagne s'est sentie très mal. Le médecin est venu à deux reprises et a décidé de l'hospitaliser. Le verdict est tombé : elle avait contracté le coronavirus. » Et sans surprise, Christophe a présenté les mêmes symptômes quelques jours après...

« Je n'ai pas pu bénéficier du service de remplacement car j'avais le Covid-19 »

« Je n'ai pas fait le test de dépistage car il ne se faisait qu'à l'hôpital mais j'avais peu de doutes et mon médecin non plus. » L'éleveur, abattu par la fièvre, a tenté de prendre ses dispositions : « J'ai appelé mon apprenti pour lui dire de rester chez lui afin d'éviter toute contamination. » Cotisant au service de remplacement, Christophe les contacte aussitôt pour demander à être remplacé. « Ils m'ont répondu qu'ils préféraient ne pas faire prendre de risques à leur personnel pour l'instant car ils ne disposaient d'aucune consignes ni aucun équipement », explique-t-il.

Personne ne doit être laissé de côté pendant la crise, mais qui s'occupe de nous les agriculteurs ?Un comble pour l'agriculteur qui se retrouve alors seul face à ses travaux de la ferme. « J'avais l'impression d'être un pestiféré » avoue-t-il. Il relativise tout de même : « On en était qu'au début de la crise. Même si j'étais franchement en colère qu'on me laisse seul comme ça, aujourd'hui je comprends cette volonté de protéger leurs salariés et je suis sûr qu'ils sont désormais mieux organisés et équipés pour assurer les remplacements. Ce que je déplore, ce sont les paroles de notre Président : il nous assure que personne ne sera laissé de côté pendant cette crise mais comment on fait nous les agriculteurs ? »

Organiser le travail sur la ferme pour éviter toute contamination

« Je suis finalement revenu sur ma décision. J'ai vite compris que payer mon apprenti pour qu'il reste chez lui et que moi je crève tout seul au boulot n'était pas faisable. Je l'ai donc rappelé pour lui demander s'il était d'accord pour revenir si on établissait des règles. » Pour le coup très loyal, le jeune homme a accepté de l'aider.

Les consignes sont claires : lavage des mains régulier obligatoire, distance de sécurité d'au moins 2 m entre les deux, chacun à son poste et pas de partage du matériel, pas de café ensemble le matin ni de repas partagé le midi, contrairement à d'habitude. « Pour renforcer le tout, je lui ai proposé de m'occuper des travaux du matin, notamment l'alimentation et les veaux (la traite, c'est le robot qui s'en charge), et que lui ne vienne que l'après-midi, sauf s'il y a vraiment trop de travail. »

On avait déjà chacun nos tâches mais là, personne n'empiète sur le travail de l'autre. Chacun reste à sa place : à distance !Christophe est reconnaissant envers son salarié et comme il dit, « dans mon malheur, j'ai tout de même eu de la chance : l'école étant fermée, il est 100 % sur la ferme alors qu'habituellement, je ne l'ai que deux semaines par mois. »

S'il va un peu mieux aujourd'hui, il continue à prendre toutes les précautions possibles. « On ne sait pas combien de temps ça peut durer et si je peux rechuter. Ça fait bizarre de prendre autant de distances mais c'est indispensable ! En étant au même endroit, on privilégie les échanges par téléphone ou on discute en restant à 2 mètres l'un de l'autre. Dans l'élevage, on avait déjà chacun sa partie mais là c'est accentué : personne n'empiète sur le travail de l'autre. On va bientôt devoir faire des clôtures pour sortir les vaches : l'un des deux restera forcément dans le tracteur », réfléchit déjà l'éleveur.

« Je suis à la fois En colère et reconnaissant »

« Mon médecin m'a fait un arrêt de travail de 15 jours mais il est toujours sur mon bureau. Je ne l'ai pas envoyé à la MSA. J'aurais pu le faire pour être indemnisé mais mon assurance comporte déjà une franchise à payer et en plus ce n'était pas possible de me faire remplacer. J'aurais dû travailler quand même et si par malchance, il m'arrivait quelque chose, je n'étais pas couvert alors non merci ! » D'autant plus qu'en cette période, le travail ne manque pas sur l'exploitation !

« Je ressens à la fois de la colère et de la reconnaissance », affirme Christophe. « Je remercie tout d'abord Romain, mon apprenti, d'être venu. Quand on a 20 ans, être confronté à la maladie peut faire peur mais heureusement, certains mouillent leur chemise ! » Christophe a aussi reçu quelques appels de voisins : « Des collègues m'ont proposé leur aide et j'ai même un voisin, avec qui les relations ont été tendues par le passé, qui m'a appelé pour prendre des nouvelles, ça fait chaud au cœur. »

Il faut se serrer les coudes entre paysans !À l'inverse, l'agriculteur se dit déçu de certains : « J'ai vu que la nouvelle de ma maladie se propageait sur les réseaux sociaux et c'est même un paysan qui l'a faite circuler. C'est dans ces cas-là qu'on se rend compte qu'il y a deux cas de figures dans les difficultés : ceux qui prennent des nouvelles et qui se proposent d'aider et ceux qui attendent qu'on disparaisse pour récupérer des terres ou une ferme. C'est navrant ! Il y a encore des gens bien et heureusement, mais la solidarité paysanne n'est pas ancrée partout. »

Nous agriculteurs, ne sommes pas mieux protégés que les autres...Christophe Didelot a un message à faire passer : « Ne prenez pas ce virus à la légère. Face à la maladie, on n'est pas plus malins que les autres. Ça peut nous arriver à nous aussi, agriculteurs, même dans nos campagnes, même en étant reculés dans nos fermes. Et dans ces moments-là, il faut se serrer les coudes, prendre des nouvelles les uns des autres et être solidaires. »


Tous droits de reproduction réservés - Contactez Terre-net

A lire également

   Rechercher plus d'article