Imprimé le 05/08/2020 16:18:34

Lu sur les réseauxDiffusé à la télé, Petit paysan ne fait pas l'unanimité chez les éleveurs

| par | Terre-net Média

Diffusé pour la première fois à la télévision dimanche soir sur une chaîne non payante, Petit paysan a attiré 4,04 millions de Français selon Médiamétrie, plaçant France 2 en tête des audiences. Plus surprenant encore, le blockbuster de TF1, Gravity, est largement dépassé par ce film français à bien plus petit budget, traitant d'un sujet sombre et difficile : un éleveur perdant pied parce qu'une épidémie décime ses vaches. Parmi les téléspectateurs sans doute, pas mal de producteurs comme en témoigne la discussion sur la page Facebook des producteurs de lait. « Émouvant » et tristement « réel » pour certains, ce long métrage s'avère « peu vraisemblable » voire « choquant » pour d'autres.

film petit paysan hubert charuelBeaucoup de membres de la page Facebook des producteurs de lait « ne savent pas comment ils réagiraient » si une maladie tuait leurs animaux et « n'osent même pas y penser ». D'autres sont sûrs au contraire qu'ils « craqueraient ». (©DR) 

Dimanche soir, 21 h 52. Jean-Pierre poste un message sur la page Facebook des producteurs de lait. « Qui regarde Petit paysan ? », demande-t-il. Les « Moi » pleuvent en réponse. Le film d'Hubert Charuel, diffusé pour la première fois sur une chaîne de télévision en accès gratuit, est commencé depuis presque une heure. « Trop triste l'histoire », ajoute-t-il, publiant une photo un peu floue de son écran où le personnage principal, un jeune producteur laitier, est entouré de ses vaches. Ce dernier en effet travaille dur, sans gagner beaucoup, pour maintenir à flot la ferme que ses parents lui ont transmis (tout en restant très présents !). Il a peu de loisirs et peine à trouver l'âme sœur.

Pas étonnant que de nombreux éleveurs se reconnaissent et soient touchés par ce "quasi-documentaire", qui montre avec beaucoup de réalisme dans les images surtout et les dialogues peu prolixes et sans fioritures, le quotidien et les difficultés de l'élevage. Les 448 pouces levés et émoticônes tristes, comme les 193 commentaires, dégainés par les autres membres du groupe Facebook en attestent ! Tous sont unanimes : « C'est un très beau film », « émouvant », qui « montre que le métier d'éleveur n'est pas simple ». « Voir le héros perdre pied peu à peu parce que ses vaches meurent les unes après les autres d'une mystérieuse épidémie est cependant « dur » et malheureusement « réel ». « Des cas comme ça, il y en a déjà eu des centaines ! », appuie Christian.

Ce film montre que le métier d'éleveur n'est pas simple.

Cliquez sur le curseur pour regarder la bande-annonce.

« Ça prend aux tripes ! »

Retrouvez également le Paroles de lecteurs réalisé suite à la sortie du film. Il y a un peu plus de deux ans, Petit paysan avait plu aux éleveurs. Aujourd'hui, les avis sont bien plus partagés, conséquence de l'agribashing incessant ?

Prêt à tout pour sauver son troupeau, Pierre cache à tout le monde la contamination, même au départ à sa sœur vétérinaire. Par amour pour ses bêtes, il sombre progressivement dans la folie : il fait disparaître les animaux morts et les remplace par d'autres volés dans une exploitation voisine en échangeant les boucles d'identification. Il va même jusqu'à emmener son cheptel en Belgique pour qu'il échappe à l'abattage ! « Ça prend aux tripes ! Pourtant, je l'avais déjà vu au ciné », insiste Denis, dont le père, aujourd'hui décédé, a connu un drame similaire avec la brucellose. Jean-Michel E. également « revoit de mauvais souvenirs. Déjà 10 ans... » « Pardon pour le langage mais j'ai les boules », ajoute Denis avant de préciser : « Personne ne sait mieux que nous ce qu'est le principe de précaution et notamment ses répercussions financières et morales. »

Ce qui m'avait le plus marqué à l'époque : l'odeur de brûlé dans l'air...

« Les gendarmes qui débarquent à l'aube, armés, l'éleveur maintenu à l'écart, les camions des équarrisseurs prêts à charger le troupeau, les vétérinaires locaux réquisitionnés, etc., c'est la triste réalité », fait remarquer Laurent. Véronique B. est révoltée par « la froideur et le manque de compassion de toutes ces personnes face au désarroi de l'éleveur du film ». Michel parle du « rouleau compresseur des autorités » et « des indemnités qui ne sont qu'un miroir aux alouettes et viendront peut-être un jour ». « J'étais enfant en 2001 et je me souviens pourtant très bien de l'épidémie de fièvre aphteuse au Royaume-Uni. Pendant plusieurs semaines, il a fallu tout désinfecter, porter des combinaisons et je n'avais plus le droit d'aller à l'école. Tout ça pour voir l'armée arriver et les animaux partir... Ce qui m'a le plus marqué, c'est l'odeur de brûlé dans l'air », relate Jennifer.  

« Des images décalées, invraisemblables voire choquantes »

La dernière caresse de Pierre à ses vaches m'a donné des frissons !

Jérôme met en garde : « Il faut avoir le cœur bien accroché ! ». « Un dimanche soir plombé ! », lance Jeff. Et Richard a de nouveau « versé des larmes » devant son écran. « Elles viennent toutes seules », confirment d'autres membres de la page des producteurs de lait. Pour Camille, Petit paysan est l'un des films où elle a « le plus pleuré ». Martin, lui, le découvre pour la première fois et a été « scotché ». Gwenaëlle, qui avait assisté à un débat après la projection, se rappelle d'une « belle soirée de partage et d'échange ». « La dernière traite et les caresses de Pierre à ses vaches m'ont donné des frissons », précise pour sa part Annie, « après toutes ces années passées à s'en occuper et le lien tissé avec elles », renchérit Fanny. Le réalisateur dépeint bien « la douleur qu'il ressent à s'en séparer de cette manière », souligne Christophe.

Le film a reçu plusieurs récompenses : Trois Césars pour Petit paysan.

« Ce n'est vraiment pas un film qui remonte le moral aux agriculteurs ! » poursuit Annie, qui ne « souhaite à aucun d'entre eux » de vivre une pareille situation. Tout comme Didier, Christiane ou Nadège qui ne « savent pas comment ils réagiraient et n'osent pas y penser », ou sont sûrs au contraire qu'ils « craqueraient ». Ou encore Vincent qui regrette malgré tout « certains détails un peu trop décalés par rapport à la réalité », voire « invraisemblables » pour Véronique M., faisant sans doute référence à la façon de se "débarrasser" des vaches mortes, aux vols d'animaux, débouclages... « Folklorique ! Les éleveurs ont bien plus les pieds sur terre que ce producteur ! », assène Jean-Marie. « Des images choquantes quand même », d'après Virginie, qui « ne comprend pas que le film ne soit pas interdit aux moins de 12 voire 10 ans ». « Une honte » de les avoir tournées, selon Olivier qui s'exclame : « Heureusement que ça ne ce passe pas comme ça dans les élevages ! ».

Heureusement que ça ne ce passe pas comme ça dans les élevages...

Attention à la perception du grand public !

« Ce n'est pas le bon moment » pour véhiculer ce type de messages « à la télé » et montrer ces scènes, dont certaines sont assez « dégueulasses, vu comment les agriculteurs sont traités par leurs concitoyens !! », commente Arnaud. Stéphane partage ce point de vue : « On ne peut pas laisser le grand public devant ce film sans aucune explication. » Quant à Isa, elle pense qu'elle n'aurait « pas dû le regarder » et Anne craint « de faire des cauchemars ». Gwenegan, qui n'est qu'apprenti, « redoute qu'un jour des crises », comme celles de la vache folle ou de la fièvre aphteuse, « se reproduisent ». « Tous les éleveurs peuvent avoir peur ! », rétorque Emmanuel. D'ailleurs, Arthur, qui « aimerait s'installer », raconte que ce long métrage « le fait réfléchir ». Didier, lui, « a déclaré forfait ».

Ce n'est pas le bon moment pour véhiculer ce type de message !

Plusieurs membres de la page Facebook des producteurs de lait ne sont pas si catégoriques mais se disent « déçus » par Petit paysan, surtout par « la fin en queue de poisson » même si Christophe reconnaît que « ce n'est pas facile de traiter ce sujet ». « Le film est mal réalisé, trop lent. J'ai changé de chaîne », déclare Bernadette. Pascale, elle, conseille en revanche « d'aller aux cinés-débats organisés en ce moment par Hubert Charuel pour son nouveau documentaire Les vaches n'auront plus de nom. Peut-être illustre-t-il également, comme le constate François, que « les agriculteurs ne représentent plus grand-chose sur terre » ? Espérons en tout cas que les consommateurs « se rendent compte qu'ils ne sont rien non plus sans les paysans », suggère Vivien

Découvrez d'autres films sur l'agriculture et, au centre de cet article, le synopsis du dernier documentaire d'Hubert Charuel Les vaches n'auront plus de nom, tourné sur la ferme de ses parents et qui retrace son lent processus de transmission ou plutôt de non-transmission puisqu'elle part à l'agrandissement, le cinéaste ne voulant pas la reprendre. À voir également : Normandie nue,  Roxane et bien sûr Au nom de la terre.

À peine publié, cet article suscite des commentaires sur Facebook :

posts facebook film petit paysan (©Page Facebook de Web-agri) 


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