Imprimé le 11/12/2019 07:24:29

Big data et intelligence artificielleUn élément central de la performance pour l'élevage de demain

| par | Terre-net Média

Si la digitalisation de l'agriculture est en marche depuis quelques années, c'est dans le big data et l'intelligence artificielle que les gains de performance les plus importants pourront être réalisés, à condition d'investir suffisamment, d'accompagner les éleveurs, et de faciliter l'échange de données.

Convention de Coop de France Nutrition animaleConvention Nutrition animale de Coop de France : Emmanuel Frenod, Gaël Peslerbe, Dominique Echaroux, Guillaume Ardillon et Marie-Cécile Damave (©Terre-net Media) 

À la question « l’intelligence artificielle, opportunité ou miroir aux alouettes pour redonner de la valeur ? », posée lors de la convention de Coop de France Nutrition animale le 6 novembre, le mathématicien Emmanuel Frenod apporte une réponse tranchée : « ce n’est ni un eldorado, ni un mirage, c’est un secteur dans lequel il va falloir bosser dur, il faut se battre avec les données pour arriver à les faire parler, puis traduire ces données dans des logiciels, et ensuite rendre leur traitement automatique ».

Accéder aux données, base de la création de valeur

Dans le secteur agricole, l’intelligence artificielle se développe depuis quelques années, en dépit d’une méfiance importante vis-à-vis de l’échange des données. « Il faut que le monde agricole ouvre ses portes. L’important n’est pas la donnée mais ce qu’on en fait, et ce que l’on en fait, nous, c’est dans l’intérêt de l’éleveur », témoigne Gaël Peslerbe, directeur de Novial. L’année dernière, sa coopérative a lancé Le Cube, une entreprise, qui propose à l’éleveur de compiler l’ensemble des données qu’il produit pour les exploiter en fonction de sa stratégie et de ses objectifs. L’intérêt des modèles digitaux réside en effet dans l’identification plus précise des problèmes à partir d’un ensemble de données agrégées (qualité du lait, âge de vêlage, reproduction…).

Pour chaque éleveur qui souhaite utiliser Le Cube, un audit est réalisé. « Le potentiel de gain pour les éleveurs se situe entre 10 000 et 100 000 euros par an », ajoute Gaël Peslerbe.

Un accompagnement nécessaire

Pour Guillaume Ardillon, directeur digital de Terrena, « l’intelligence artificielle n’a fait qu’automatiser des choses que l’on avait déjà. En revanche, le big data permet de détecter les problèmes plus tôt ». C’est ce qu’illustre l’outil Dairy Expert, lancé par la société Wisium : à partir des données du contrôle laitier, l’outil permet aux éleveurs d’optimiser la ration. « On a des chiffres factuels, vache par vache, pour identifier les deux ou trois animaux qui plombent la marge de l’ensemble du troupeau », explique Dominique Echaroux, responsable marketing client chez Wisium. La donnée est traduite en indicateur de progrès ou de risque. Au-delà des gains financiers, la relation entre l’éleveur et le technicien est renforcée, puisque c’est le technicien qui ouvre l’accès de l’outil à l’éleveur.  

Car pour Guillaume Ardillon, « si cette automatisation n’est pas accompagnée, elle va accélérer les tendances » : sans accompagnement aux outils, un bon éleveur sera encore meilleur, mais un éleveur moyen risque d’être précipité plus rapidement vers la chute.

Cet accompagnement est d’autant plus nécessaire que pour les intervenants à la table-ronde, le virage vers l’intelligence artificielle est de toute façon inéluctable. « Le danger que l’on coure, ce n’est pas le désert de 4G, c’est d’avoir des collaborateurs qui ne suivent pas », explique Gaël Peslerbe. D'où l'importance, pour le monde agricole, de développer ses propres outils et de ne pas trop externaliser, au risque de perdre la valeur créée.

Un moyen de valoriser davantage les produits ?

L’intelligence artificielle permet non seulement d’optimiser, en amont, les performances de l’élevage, mais ses applications, notamment en matière de transparence et de traçabilité, permettent également de renouer le lien avec un consommateur de plus en plus méfiant. Dans le cadre de la démarche Nouvelle agriculture, de Terrena, une application permet, en scannant le code barre, de savoir de quelle exploitation agricole provient le produit acheté. On peut ainsi, pour un morceau de poulet, connaître le nom de l’éleveur, mais également obtenir des explications sur le fonctionnement de l’élevage au jour le jour, depuis la préparation du poulailler pour l’arrivée des poussins jusqu’au départ des poulets (la démarche est également réalisable sur le site, en entrant le code barre).

Si la démarche ne permet pas forcément de mieux valoriser les barquettes de la Nouvelle Agriculture auprès des distributeurs, « on se bat moins sur le prix car on apporte une réassurance supplémentaire au consommateur », témoigne Guillaume Ardillon. « Limiter les baisses de prix, c’est déjà un premier point ! », poursuit-il.

Et dans un contexte de pression sociétale forte pour réduire l’utilisation des produits phytosanitaires, pour Emmanuel Frenod, la question ne se pose même pas : « aujourd’hui, ce qui permet de faire la performance de l’agriculture, c’est la chimie et ça, la société n’en veut plus. Il faut une alternative, et moi je crois qu’elle est dans l’intelligence artificielle ».

Tout l’enjeu, pour le monde agricole, sera de collecter la quantité phénoménale de données déjà existantes. Avec elles, « on a les moyens de savoir ce qu’il faut faire pour être plus performant », assure Emmanuel Frenod.


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