Imprimé le 21/10/2019 00:36:32

PorcAprès des années de crise, une embellie fragile pour les producteurs

| AFP

Après plusieurs années de crise, les cours du porc se sont envolés ces derniers mois, particulièrement sous l'effet de la forte demande chinoise, mais l'embellie reste fragile et les perspectives incertaines sur ce marché international.

« Si on prend les 25 dernières années, les bons cours sont liés à des épizooties sanitaires », résume Pascal Le Duot, directeur du Marché du porc breton (MPB) où, deux fois par semaine, sont fixés les cours au plan national. Or, « actuellement, les plus gros producteurs comme les plus gros consommateurs mondiaux, à commencer par la Chine », sont affectés par la fièvre porcine africaine (FPA), dénommée aussi PPA (peste porcine africaine), une maladie sans danger pour l'homme mais désastreuse pour le cheptel. Après un prix moyen de 1,34 euro le kilo sur les 12 derniers mois -soit encore inférieur aux coûts moyens de production des éleveurs-, le cours, parti de 1,17 euro/kg en début d'année, tutoie les 1,70 euro/kg en cette première quinzaine de septembre, un record jamais atteint depuis 2012. En raison de la FPA, contre laquelle il n'existe pas de vaccin et qui nécessite l'abattage des animaux malades, les effectifs de porcs en Chine, premier producteur et consommateur mondial, ont considérablement chuté. « Le cheptel chinois est à moins 30 % par rapport à 2018 », constate Jean-Marc Chaumet, agroéconomiste à l'Idele (Institut de l'élevage). En Chine, les prix de vente au consommateur augmentent « de manière exponentielle depuis juillet », ce qui a entraîné « une baisse de consommation » de porc, relève l'expert. Mais « la demande chinoise reste forte et devrait le rester tant que la FPA n'est pas sous contrôle », estime-t-il.

« Qui va fournir la Chine ? »

Dans ce marché du porc totalement mondialisé, « la question est donc: qui va fournir la Chine ? Les États-Unis, le Canada, le Brésil, l'Europe ? », interroge Jean-Marc Chaumet. Sachant que même une légère évolution de la part de marché des pays exportateurs a des répercussions immédiates sur le cours des marchés intérieurs. « Nous, Européens, on est bien placés, car les États-Unis et le Canada sont en bisbille avec la Chine », considère Jan-Peter Van Ferneij, économiste chargé de veille à l'Institut français du porc (IFIP). À cette forte demande chinoise qui soutient les cours, vient s'ajouter « un élément clé, la baisse de la production européenne » qui favorise également la remontée des cours aux plans européen et français, relève l'économiste. « À l'heure actuelle, seule l'Espagne est toujours en croissance, mais elle ne peut pas compenser toute seule la baisse du cheptel européen ». Les exportations françaises sont globalement en hausse de 5,9 % au premier semestre 2019 et de 32,5 % vers la Chine, selon les chiffres du MPB. Au premier semestre 2019, les exportateurs européens -Espagne et Allemagne en tête- » assuraient 66,5 % des importations chinoises de viande de porc », selon Abcis, une lettre d'analyse de l'économie de l'élevage en Chine. Ces perspectives encourageantes valent évidemment tant que les exportateurs européens sont eux-mêmes exempts de FPA, à commencer par la France. Comme l'a rappelé récemment le ministre français de l'agriculture, Didier Guillaume, insistant sur « la mobilisation de tous pour protéger la filière porcine de la PPA ». « Les règles de biosécurité sont essentielles pour protéger les élevages des dangers sanitaires », a-t-il souligné. Cette envolée des cours en France inquiète la Fédération française des industriels charcutiers-traiteurs (FICT) qui se plaint de cette « flambée des cours », avec une hausse de « 43 % depuis mars 2019 » au MPB. Elle réclame « une renégociation des contrats»  avec la grande distribution sans « attendre les négociations commerciales annuelles de 2020 ».


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