Imprimé le 14/11/2019 17:31:54

À la SCEA du Champ Fleury (35)Revoir la ration et les équipements de l'élevage en faveur du climat

| par Cécile Julien | Terre-net Média

Si l'agriculture émet des gaz à effet de serre, elle a aussi l'avantage de stocker du carbone dans les sols et les haies et d'être source d'énergies vertes. À Liffré (Ille et Vilaine), les associés de la SCEA du Champ Fleury agissent pour le climat. En remplaçant le soja par des protéagineux extrudés, leurs vaches produisent moins de méthane. Leurs déjections fournissent même du biogaz à la commune.

La SCEA du Champ Fleury c'est : 160 VL et 3 robots de traite pour produire 1,65 million de litres de lait, 3 associés et 2 salariés, 300 ha et un méthaniseur.La SCEA du Champ Fleury c'est : 160 VL et 3 robots de traite pour produire 1,65 million de litres de lait, 3 associés et 2 salariés, 300 ha et un méthaniseur. (©Cécile Julien)

Le climat change. Pas besoin de rapport du Giec ou de feux en Amazonie pour que les agriculteurs s’en rendent compte. « Avant, les coups de chaud c'était tous les 5 ou 10 ans, depuis quelques étés, on subit des épisodes de canicule très régulièrement, avec toutes les conséquences sur les cultures et la production des vaches », remarque Arnaud Gilbert.

Avec ses deux associés, l’éleveur de Liffré (35) agit, à son échelle, en faveur du climat, en réduisant les émissions de méthane entérique de ses vaches et en produisant de l’énergie verte par la méthanisation de leurs déjections.

Un robot d'alimentation pour économiser 10 € de fioul/jSur 300 ha, Franck Perrodin, Arnaud, Jean-Christophe Gilbert et leurs deux salariés produisent 1,65 million de litres de lait. Leurs 160 vaches sont en traite et alimentation robotisées. Même si le but premier de remplacer la désileuse, qui avait brûlée par un robot d’alimentation était de simplifier le travail, ce changement a aussi permis d’économiser des carburants fossiles. En effet, le robot d’alimentation a un moteur électrique à basse consommation. « Cela représente une économie de 10 € de fioul par jour par rapport à la désileuse », chiffre Franck Perrodin.

Ration équilibrée, moins de méthane rejeté

Plus la ration est riche en omégas 3 (naturellement présent dans l’herbe, la luzerne, le lin, la féverole…), moins la vache rejette de méthane et, cerise sur le gâteau, plus son lait est riche en « bons » acides gras. Par la démarche Ecométhane, l’association Bleu Blanc Cœur, qui promeut les aliments riches en omégas 3, a fait reconnaître scientifiquement ce lien entre l’alimentation des vaches et la « non-émission » de méthane.

2 300 € de prime pour diminuer les rejets de méthaneEn moyenne, les exploitations engagées dans cette démarche baissent de 11 % les rejets de méthane par les vaches. Les analyses de lait, en quantifiant les acides gras, le prouvent. À la SCEA du Champ Fleury, l’introduction de lin et de féverole extrudés dans la ration ont permis de réduire de 14,2 tonnes les rejets de méthane sur 4 ans, soit près de 400 tonnes de CO2 non émis ou encore 1 178 419 km de non parcourus. Les éleveurs qui entrent dans cette démarche sont indemnisés pour le méthane que leurs vaches ne rejettent pas dans l’atmosphère. Ce qui permet de compenser le surcoût de la ration par rapport à une complémentation au soja. Chaque année, la SCEA du Champ Fleury touche 2 300 € pour son engagement dans la démarche Ecométhane.

Être source d’énergie grâce à la méthanisation

Pour la protection du climat, l’agriculture a la chance de pouvoir être productrice d’énergie. C’est le cas de la SCEA du Champ Fleury qui a misé sur la méthanisation. Au fur et à mesure de l’agrandissement du troupeau, comme de leur commune, le pâturage est devenu compliqué. « Plus que le pâturage en tant que tel, c’était les trajets, avec les routes à traverser, qui devenaient problématiques », expliquent les éleveurs qui font le choix de laisser les vaches dans la stabulation. Seules les taries iront pâturer. S’impose alors une mise aux normes des capacités de stockage des effluents. En parallèle, les trois éleveurs s’interrogent sur une diversification pour que leur exploitation ne repose pas entièrement sur la production laitière. Ces deux réflexions trouvent un point de convergence dans la méthanisation.

80 % de ce qui est introduit dans le méthaniseur de la SCEA du Champ Fleury est produit sur la ferme.80 % de ce qui est introduit dans le méthaniseur de la SCEA du Champ Fleury est produit sur la ferme. (©Cécile Julien) Comme ils sont à proximité d’une conduite de gaz et qu’ils n’auraient pas de possibilité de valoriser la chaleur issue de la cogénération, les exploitants misent sur l’injection dans le réseau de biogaz. En 2015, ils seront les premiers à le faire en Bretagne. Depuis, leur unité fournit 80 m3/heure et approvisionne l’équivalent de 700 foyers, soit un tiers de la consommation annuelle de Liffré.

Pour fournir ce gaz, il faut une ration journalière de 12 tonnes de matières solides et 3 m3 de lisier, issu directement de la stabulation. 80 % de cette ration est fournie par l’exploitation : effluents, Cive, refus. Elle est complétée par des déchets d’entreprises locales (marc de pommes de cidreries, issues de céréales d’un meunier, tontes d’un paysagiste et de la déchetterie, légumes invendus…). « Cette nouvelle activité de méthanisation s’inscrit dans une économie circulaire, apprécient les éleveurs. Nous travaillons avec des entreprises locales, les collectivités pour fournir de l’énergie aux habitants de notre commune. »

2,5 millions d'euros d'investissement pour produire du biogazEntre le digesteur et ses installations connexes, le raccordement à la conduite de GRDF, l’investissement s’est monté à 2,5 millions d’euros. « Le contrat de rachat sur 15 ans est un plus pour obtenir un prêt », reconnait Jean-Christophe Gilbert. Le projet a aussi bénéficié de 18 % d’aides publiques (Ademe et Conseil régional). « Ces aides publiques restent nécessaires car la filière est encore émergente, souligne l’éleveur, avec des difficultés à mettre en place les projets, des incertitudes sur la rentabilité. Par exemple, nos malaxeurs prévus pour durer 20 ans ont dû être changés au bout de 3 ans. Certes, ils étaient garantis mais la production a été arrêtée plusieurs jours. »

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Avec d’autres agriméthaniseurs, les trois associés mènent des essais pour développer du biogaz porté, afin de gommer les variations annuelles. « La méthanisation est constante sur toute l’année, mais pas la consommation des habitants. Il y en a très peu en été, car il n’y a pas de chauffage. Il faut donc trouver d’autres valorisations du méthane produit. »

Le chiffre d’affaires de l’exploitation repose pour 2/3 sur le lait et 1/3 sur le biogaz

Aujourd’hui, le chiffre d’affaires de l’exploitation repose pour 2/3 sur le lait et 1/3 sur le biogaz. Outre la vente du biogaz, la méthanisation a aussi permis de réduire de 30 % les achats d’engrais. Ce qui réduit aussi le bilan carbone de l’exploitation. « En plus d’être inodore, le digestat permet d’apporter de l’azote très assimilable, souligne Arnaud Gilbert. En apportant du digestat plutôt que de l’amonitrate, nous avons amélioré le pH et la teneur en matières organiques de nos sols. » Autant de gagner pour préserver le climat.


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