Imprimé le 16/12/2019 09:06:57
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Fortes chaleursComment limiter l'impact du stress thermique sur les bovins ?

| par Cécile Julien | Terre-net Média

30, 35 voire 40°C annoncés cette semaine sur la France ! Avec de telles températures, les organismes des vaches laitières sont, eux aussi, mis à rude épreuve. Pour limiter l'impact du stress thermique sur les bovins, des solutions existent en termes d'aménagement de bâtiments et d'alimentation. Elvup, l'association de contrôle de performances de l'Orne, s'est penchée sur la question.

Des vaches debout, qui halètent, qui mangent moins… Dès que le thermomètre dépasse les 22°C, les bovins sortent de leur zone de confort thermique. D’autant plus quand la chaleur est combinée à de l’humidité. Si les vaches se sentent plus à l’aise au froid qu’au chaud, c’est que l’activité de leur rumen leur impose déjà un « radiateur intégré ». S’y ajoute la chaleur dégagée par la production de lait. « Une vache qui produit 32 kg de lait génère 48 % de chaleur en plus qu’une tarie », explique François Normand, référent bâtiment chez Elvup.

Pas de doute, les fortes chaleurs mettent les bovins en situation de stress, perturbant leur métabolisme et pénalisant ingestion et production. « Une vache qui subit 8 heures de stress thermique par jour diminuera son ingestion de 2 kg et sa production de 3 kg de lait », chiffre François Normand.

Encore plus pour les vaches en début de lactation qui ont plus de mal à mobiliser leurs réserves adipeuses. Cette perte de production ira de paire avec une diminution de l’immunité, une moindre expression des chaleurs, des problèmes de fécondité. « La chaleur a des conséquences sur les besoins physiologiques et le bien-être immédiat des animaux, mais aussi à long terme, prévient François Normand. Une vache gestante qui souffre de stress thermique aura un veau plus petit ».

De l’ombre, de l’air

Alors que les prévisions du Giec tablent sur une hausse de 1 à 4°C de moyenne annuelle, avec des étés plus chauds et plus secs, comment aider ses animaux à faire face à des épisodes de stress thermique plus nombreux ?

La première étape est d’aménager ses bâtiments. Si les animaux doivent y séjourner en été, la surface en translucides ne doit pas dépasser les 5 %, contre les 15 % souvent recommandés. Pour limiter le stress thermique, le point clé reste la ventilation. D’abord naturelle, avec des ouvertures bien réparties, pour combiner un effet traversant et un effet cheminée. Dans des bâtiments de plus en plus grands, c’est souvent insuffisant. Il faut alors une ventilation dynamique, grâce à des ventilateurs horizontaux ou verticaux. « Ils doivent être du côté du couloir d’exercice et de la table d’alimentation pour inciter les vaches à venir manger, recommande François Normand. Il en faut aussi au dessus des logettes pour assécher la zone de couchage et diminuer les risques de mammites ». Bien évidemment, cela a un coût, entre 1 000 à 2 000 € pour un simple ventilateur vertical.

La brumisation est à réserver aux régions les plus chaudes. « Elle laisse les vaches humides au couchage, ce qui augmente les risques sanitaires, souligne le spécialiste. Pour réduire la chaleur corporelle, mieux vaut prévoir des zones de douchage, par exemple sur le parc d’attente ». Une telle zone de douchage coûte environ 2 500 €.

Si la chaleur peut y sembler plus supportable, les pâtures doivent être suffisamment ombragées. Il faut aussi veiller à ce que les vaches y disposent d’eau fraîche en quantité suffisante.

En cas de canicule, mieux vaut réorganiser sa journée : distribuer le soir, limiter les mouvements d’animaux aux heures chaudes, traire en lots pour limiter les regroupements en parc d’attente où la température monte vite.

Un menu spécial chaleurs

Adapter l’alimentation est un autre facteur de gestion du stress thermique. Le premier point est d’assurer un abreuvement suffisant, avec une eau propre et accessible. Pour réguler sa température, une vache va augmenter son rythme respiratoire et transpirer beaucoup. Elle perd déjà de 15 à 20 litres de transpiration en hiver, cela dépassera les 40 litres en été. Pour compenser, elle pourra boire jusqu’à 150 litres par forte chaleur.

Le stress thermique augmente les risques de subacidose, voire d’acidose : l’accélération de la fréquence respiratoire fait baisser le pH sanguin, donc le pouvoir tampon de la salive et perturbe la rumination. Un apport de 250 à 300 g de bicarbonate de sodium limitera ces risques. Pour les taries, cet apport peut se faire sous forme de lithothamme.

Pour les périodes de chaleurs, le taux de cellulose de la ration doit être à 18/19 %

« En été, la teneur en cellulose de la ration doit être plus ajustée, conseille Olivier Raux, spécialiste nutrition chez Elvup. En hiver, le taux de cellulose brut peut varier entre 17 et 20 %, mais pour les périodes de chaleurs, il faut être à 18/19 % ». Car si augmenter les fibres longues aide à diminuer les risques d’acidose, leur digestion mobilise plus le rumen qui « chauffe » encore plus. « Face, en plus, à la baisse d’ingestion, qui peut être de 10 %, il est utile de concentrer la ration en énergie pour avoir autant d’UFL et de PDI mais en moins de volume », souligne le conseiller. Cela peut passer par une incorporation de matières grasses, si la marge sur coût alimentaire le permet.

Il faut aussi penser aux minéraux, pour compenser les plus fortes pertes par transpiration et miction. En période de stress thermique, il est difficile d’équilibrer le Baca. « Il y aurait besoin d’augmenter les apports en potassium et en magnésium mais cela reste très cher », reconnait Olivier Raux.

Au-delà de la composition même de la ration, la chaleur joue sur la qualité du fourrage conservé, avec des risques d’échauffement. La distribution peut avoir lieu, le soir à la fraîche. « Pour limiter les pertes sur le front d’attaque, il faut dimensionner son silo pour un avancement de 20 à 30 cm par jour », explique Olivier Raux. Ce qui demande souvent un « silo d’été » moins large. « Ce silo d’été devra être positionné à l’ombre pour limiter l’échauffement, avec si possible le front d’attaque orienté au nord ». Encore plus en été, la qualité du fourrage passe par un silo bien tassé et bien couvert. « Des conservateurs peuvent sécuriser le stock. En cas de mauvaise conservation, il ne faut pas hésiter à ré-étaler le silo et à ajouter de l’acide propionique dilué pour faire baisser le pH avant de retasser », conseille Olivier Raux. Un apport d’acide propionique directement sur le front d’attaque est une autre solution. À raison d’un litre par m2, cette sécurité revient à 40 €/jour.

Écouter aussi l'intervention sur Sud radio d'Étienne Fourmont, alias Agrikol, concernant la canicule :  


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