Imprimé le 21/05/2019 07:51:33

L'Herbagère en BelgiqueUrbain Moureaux : « La génétique, une passion devenue diversification »

| par | Terre-net Média

Passionnée par l'élevage laitier, la famille Moureaux a peu à peu développé la génétique de son troupeau. Représentant la 4e génération, Urbain Moureaux a fait de son hobby une véritable diversification de l'exploitation. En Belgique comme ailleurs, l'Herbagère est une véritable institution pour les amateurs de concours holsteins, avec notamment des vaches connues comme Cachette et Image. S'il génère un revenu non négligeable, l'investissement humain dans la génétique et les concours est tout de même important.

En trois vidéos successives, Urbain Moureaux nous présente son élevage à la pointe de la génétique :

Cliquez sur l'image pour lancer la vidéo et découvrir L'Herbagère

Bien connue des passionnés de génétique Holstein, L’Herbagère se situe à Flavion, une commune de la province de Namur en Belgique. Urbain Moureaux s’est installé sur la ferme familiale en 2004 et produit aujourd’hui 1,2 million de litres de lait avec ses 120 vaches laitières.

L’Herbagère en quelques chiffres :
3,5 UMO
120 VL à 10 000 kg de moyenne
1,2 million de litres produits pour la laiterie des Ardennes
Taux actuels : 46/37
120 ha de SAU dont 35 ha de maïs, 25 ha de cultures de vente (céréales, colza) et le reste en prairies
2 robots de traite Fullwood Packo
Logettes avec matelas à eau Spinder
Production avicole de 13 000 poules reproductrices

La génétique et les concours sont les véritables passions de l’éleveur, transmises par ses parents. Ils sont devenus une diversification de l’élevage à part entière. « La production moyenne s’élève à 10 000 kg de lait par vache et on tourne entre 85 et 86 points de classification linéaire, avec trois vaches classées EX 93, une EX 92 et deux EX 91. L’élevage se classe dans le top 10 wallon depuis une dizaine d’années, et on fait tout pour y rester ! », témoigne Urbain Moureaux. En effet, ce travail paie puisque l’élevage vend une vingtaine de génisses et 25 à 30 reproducteurs par an. « Pour ce qui est des vaches connues, je ne peux m’empêcher de citer la famille de Cachette car elle représente près de 50 % de notre troupeau et plus de 50 % de nos résultats sur les concours. Image est une autre vache qui nous a fortement marqués : nous l’avons achetée en France et elle a vécu jusqu’à 17 ans en étant en production laitière jusqu’à 15 et en gagnant son dernier concours à 14 ans, ce qui est remarquable ! »

Objectif : 2,5 kg de matière utile/VL/j pour faire grimper la paie de lait.Habitué des rings, Urbain collectionne les titres. Parmi les plus importants, il cite : « On a fait à deux reprises grande championne à la nuit de la Holstein, qui est un très grand show pour nous. L’an passé, nous avons également obtenu un titre qui nous a fait très plaisir : mention honorable des génisses à Lausanne, qui est quand même le concours le plus prestigieux en Europe. » En revanche, pas question de se reposer sur ses acquis ! Si le niveau d’étable est déjà élevé avec des taux impressionnants (46 g/kg de matière grasse et 37 g/kg de protéines), l’éleveur vise un taux de matière utile de 2,5 kg/VL/j afin d’améliorer son prix du lait. Autre critère, la longévité. En effet, avec une augmentation du cheptel (120 VL actuellement contre 80 VL en 2014) principalement réalisée avec le renouvellement, le troupeau est assez jeune et Urbain vise à le faire durer un maximum.

La génétique représente 10 % du chiffre d’affaires de l’exploitation

Cliquez sur l'image pour lancer la 2ème interview d'Urbain Moureaux

Pour arriver à un tel niveau, c’est beaucoup de travail. L’éleveur consacre une grosse partie de son temps à la préparation des animaux pour les concours mais comme il le répète, « c’est une véritable passion. » Avant lui, son père présentait déjà ses vaches en shows dans les années 80 : « Je voyais souvent mon père qui fermait les catégories mais j’ai eu la chance qu’il persévère et me transmette un outil solide que je n’ai pu que bonifier. » Urbain a suivi la voie et a fait de nombreux stages pour apprendre à préparer les animaux, comme en Italie chez les Beltramino, un élevage bien connu en Holstein. « J’étais motivé à essayer de les égaler en reproduisant le même travail chez moi et j’apprécie aujourd’hui d'être parfois classé juste à côté de mon maître de stage, ça fait plaisir. Les concours, c’est une passion mais c’est aussi beaucoup d’amitié ! »

Exporter la génétique de L'Herbagère à l'étranger.L’éleveur motive du monde autour de lui : toute la famille, enfants y compris, met la main à la patte et participe à la réussite et au succès de l’élevage. En plus de ses parents et de son salarié Thomas, il fait aussi appel à un clipper irlandais professionnel pour préparer les animaux lors d’un évènement important. Rien n’est laissé au hasard et pour cause : « La génétique et les concours représentent une spéculation pour l’exploitation, au même titre que ceux qui transforment leur lait par exemple. Les ventes d’animaux représentent 10 % du chiffre d’affaires de la ferme. » 

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Dans le cercle des passionnés de génétique Holstein, tout le monde connait L’Herbagère. D’ailleurs, Urbain insiste pour mettre cette appellation en avant plutôt que son nom à lui : « L’Herbagère perdurera davantage dans le temps », affirme-t-il. Et puisqu’on sait bien que les cordonniers sont toujours les plus mal chaussés, l’éleveur se sépare bien souvent de ses meilleures génisses pour tenter d’exporter son nom au maximum.

France, Allemagne, Suisse, Italie : la génétique de L'Herbagère s'exporte et intéresse bon nombre d'éleveurs.France, Allemagne, Suisse, Italie : la génétique de L'Herbagère s'exporte et intéresse bon nombre d'éleveurs. (©Terre-net Média)

 « La vache rentable est celle qui dure dans le temps »

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Urbain explique : « Les choix de sélection se font en binôme avec le technicien de l’AWE (association wallonne de l’élevage). L’avantage, c’est que l’association est plutôt revendeur que producteur de semences, elle importe quasiment toutes ses doses. On a alors accès à une grande panoplie de taureaux du monde entier, ce qui nous permet de choisir les meilleurs géniteurs. » Il choisit alors des semences sexées pour la 1ère IA des génisses et les 50 % meilleures vaches du troupeau.

Pour ce qui est des critères de sélection, les membres et la mamelle sont une priorité. « Je suis un grand convaincu de la production par la longévité. Tout le monde sait qu’une primipare produit moins qu’une vache en 4e lactation. Le but est donc de produire des vaches multipares, et pour ça, il faut des bons membres et une bonne mamelle. Il faut donc commencer par créer la vache capable de vieillir puis lui apporter un logement qui lui permet d’avancer en âge sans trop s’user. » De ce côté, l’éleveur mise sur le confort : les anciennes logettes creuses ont d’abord été remplacées par des logettes avec matelas mais l’éleveur n’en était pas encore satisfait : « Certes, on n’avait plus ce problème d’urine et de lait qui stagnait comme dans les logettes creuses, mais on voyait apparaître beaucoup de problèmes de gros jarrets. » Nouveau changement : les matelas classiques ont été remplacés par des matelas à eau Spinder sur lesquels est en plus étalée de la paille.

Pour améliorer encore le bien-être des animaux, toutes les vaches passent deux fois par an entre les mains d’un pédicure. Elles sont ensuite suivies au cas par cas en fonction des besoins. Enfin, la traite est confiée depuis 2014 aux deux robots Fullwood Packo. « En priorisant les membres et la mamelle, il ne faut pas non plus tomber dans l’extrême en choisissant des taureaux négatifs en production », préconise l’éleveur.

Ration des vaches laitières :
60 % de maïs
25 % d’ensilage d’herbe
15 % de pulpe de betterave
Correcteur azoté (soja) et aliment de production

« Nous avons récemment saisi l’opportunité de génotyper des animaux grâce à l’accord signé par l’AWE pour des génotypages sur base ISU réalisés en France. » Ainsi, toutes les génisses de L’Herbagère sont génotypées depuis deux ans maintenant. « On s’en sert comme base de sélection pour aider à accoupler. En revanche, on ira surement plus loin par la suite et on s’en servira pour supprimer les génisses à production espérée trop faible en les orientant vers le croisement industriel ou en les vendant à la naissance. Car en effet, tout le monde sait bien que l’élevage des génisses est un poste qui coûte très cher. »

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Pour l’éleveur, « la vache idéale de show a une bonne capacité d’ingestion et une bonne perspective de longévité et je pense que les juges évoluent aussi dans ce sens. Au départ, on avait des grandes vaches, très extrêmes en taille comme en caractère laitier mais aujourd’hui on est plus sur des vaches capables de se battre dans un troupeau, avec de bons membres, une bonne mamelle et un bon caractère. »

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L'Herbagère se situe à Flavion, une commune de la province de Namur en Belgique.L'Herbagère se situe à Flavion, une commune de la province de Namur en Belgique. (©L'Herbagere)


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