Imprimé le 21/05/2019 07:47:45

Au Gaec de la Brandonnière (85)De l'eau pour irriguer les maïs et continuer à produire du lait

| par Nathalie Tiers | Terre-net Média

En investissant dans une retenue collinaire pour l'irrigation, Philippe et Luc Ducept ont amélioré leurs rendements en maïs fourrage et leur autonomie alimentaire. Face aux aléas climatiques récurrents, ils ont sécurisé leur production laitière dans une zone où l'élevage recule.

Le 21 mars 2019, la réserve de 65 000 m3 alimentée par les eaux de ruissellement sur 110 ha alentours est pleine.Le 21 mars 2019, la réserve de 65 000 m3 alimentée par les eaux de ruissellement sur 110 ha alentours est pleine. (©Nathalie Tiers)

Sous le soleil déjà chaud des premiers jours de printemps, Philippe Ducept n’est pas inquiet. Il pourra compter sur les 65 000 m3 de pluies ayant ruisselé cet hiver vers sa réserve depuis 110 hectares alentours. « La réglementation nous autorise à stocker de l’eau entre le 1er novembre et le 31 mars. Cette année, le remplissage s’est fait en janvier. » Cette eau est destinée à arroser 35 ha de maïs fourrage.

L'irrigation est notre assurance : elle apporte une plus-value à l'exploitation.Lors de sa première campagne d’irrigation en 2018, l’agriculteur a obtenu un rendement moyen de 18 tonnes de MS/ha. C’est pour lui la garantie de nourrir son troupeau de cent vaches laitières à un coût compétitif. La qualité de l’ensilage est en outre meilleure et plus homogène, avec notamment une meilleure digestibilité des fibres. « Avant d’avoir cette réserve, nous étions fortement soumis aux aléas climatiques. Nous ne savions jamais à l’avance ce que donnerait la récolte du maïs ; les rendements étaient trop hétérogènes. Ces dix dernières années, nous avons déclenché l’assurance récolte deux années sur trois. Aujourd’hui, l’irrigation est notre assurance : elle apporte une plus-value à l’exploitation. Dans l’intercommunalité du Pays de la Châtaigneraie à laquelle appartient Cezais, l’effectif de vaches laitières a diminué de plus de 500 vaches en moins d’un an, en partie en raison du risque de sécheresse. »

Un méteil avant maïs pour plus d'autonomie

Sur les 98 ha du Gaec, environ 45 à 50 ha étaient autrefois consacrés au maïs avec des rendements oscillant entre 6 et 12 tonnes de MS/ha. En passant à 35 ha de maïs irrigué, les éleveurs réalisent des économies significatives sur le coût d’implantation de la culture. La diminution des surfaces a permis d’introduire du sorgho BMR et de prolonger les prairies, en transformant du ray-grass d’Italie d’une durée de six mois en mélanges de ray-grass hybride et trèfles pouvant rester en place jusqu’à trois ans.

Avec l’irrigation, une quinzaine d’hectares de mélange de céréales et légumineuses en culture dérobée ont également intégré la rotation, en remplacement de ray-grass d’Italie notamment. Composé de pois, vesce, trèfles, avoine et triticale, ce méteil est ensilé en mai à hauteur de 7-8 tonnes de MS/ha. Il améliore l’autonomie alimentaire de l’exploitation, sans empêcher l’implantation d’un maïs à la suite. « En 2018, nous avons produit des maïs en trois mois », souligne l’agriculteur.

Chiffres clés du Gaec de la Brandonnière :
Deux associés : Philippe Ducept et son frère Luc
98 ha de SAU dont 35 ha de maïs, 15 ha de sorgho, 20 ha de blé, 28 ha de prairies + méteil en culture dérobée
Un million de litres de lait avec 100 VL

50 000 € d'aliments complémentaires économisés

L’ensilage de méteil est consommé par les génisses en complément de maïs, de paille, de foin ou d’ensilage d’herbe. Seul un aliment premier âge du commerce est utilisé les trois premiers mois. Quant aux vaches, leur ration est composée d’ensilage de maïs et de sorgho, de maïs épi, de paille et de tourteau de soja pour une productivité de 10 000 kg de lait par animal. En 2018, les éleveurs ont acheté uniquement une centaine de tonnes de tourteau de soja. Avant de bénéficier de l’irrigation, ils pouvaient dépenser jusqu’à 50 000 euros en aliments complémentaires (maïs grain, luzerne, pulpe de betterave, concentrés de colza et soja) pour subvenir aux besoins du troupeau : une charge devenue insupportable face au faible prix du lait. Désormais, ils sont autonomes pour la partie énergétique de l’alimentation.

Des Prélèvements d'eau rationalisés

Créée en 2017, la réserve collinaire du Gaec de la Brandonnière fût la première après une période d’interdiction de tels projets durant douze ans en Vendée. « Entre la sécheresse de 1976 et le début des années 2000, la possibilité de créer des réserves était assez libre. Cela a pris fin avec la mise en place d’une zone de répartition des eaux (ZRE) couvrant la moitié sud-est de la Vendée. » Le pompage dans les nappes et les rivières a alors progressivement cédé la place à la mise en place de réserves de substitution collectives. Le volume global d’eau prélevé sur la zone a été limité (autorisation unique de prélèvement délivrée par la Préfecture), et le niveau minimum requis pour les nappes relevé en raison notamment de la proximité du marais poitevin et de son potentiel touristique.

Une douzaine de réserves collinaires créées dans la ZRE en deux ans« La chambre d’agriculture contribue à la gestion collective de l’eau dans le cadre de l’Etablissement public du marais poitevin, explique Philippe Ducept qui vient de démarrer son troisième mandat d’élu à la chambre de Vendée sur les dossiers eau et environnement. Grâce aux outils de pilotage, l’efficience de l’irrigation a fortement progressé. Nous avons montré qu’il était possible de la maintenir avec des prélèvements rationalisés tout en respectant un niveau des nappes supérieur. Le maintien d’activités comme l’élevage ou la production de semences en dépend. » Ainsi, ces deux dernières années, une douzaine de réserves collinaires ont été créées dans la ZRE.

2 500 € d'électricité par mois d'irrigation

Chez Philippe et Luc Ducept, l’ouvrage a coûté 200 000 € dont environ 10 000 € pour les études préalables. Les pompes consomment 2 500 € d’électricité par mois d’irrigation (juin à août). Il faut prévoir aussi le coût des redevances à l’Agence de l’eau (1,065 cts d’€/m3), ainsi qu’une redevance à l’Établissement public du marais poitevin (59 €/an). Enfin, les associés du Gaec louent une sonde permettant de piloter le déclenchement de l’arrosage et de déterminer le volume d’eau nécessaire. Ce service est proposé par la chambre d’agriculture pour un coût de 600 €/an. En 2018, quatre tours d’eau ont été réalisés (à 25 ou 35 mm) sachant que dix jours sont nécessaires pour arroser les 35 hectares.

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