Imprimé le 15/09/2019 12:51:46

NutritionQuelle complémentation azotée adopter en alimentation sans OGM ?

| par Oxygen conseil élevage | Terre-net Média

Passer en filière non OGM, pourquoi pas ? Jérôme Larcelet, responsable nutrition de Seenorest rappelle qu'il existe deux possibilités : substituer le soja actuel à du tourteau de soja non OGM ou changer de matière première (tourteau de colza, de tournesol, ou co-produits). Il explique : « Si le coût alimentaire augmente, revoir sa stratégie de complémentation azotée permet dans de nombreux cas de réaliser un gain lors du passage en non OGM. »

Passer en filière non OGM fait augmenter le coût alimentaire. Cependant, revoir sa complémentation azotée permet de réaliser un gain.Passer en filière non OGM fait augmenter le coût alimentaire. Cependant, revoir sa complémentation azotée permet de réaliser un gain. (©Terre-net Média) Alors que l'interprofession laitière travaille à la mise en place d'un cahier des charges non OGM commun à toute la filière, Jérôme Larcelet, responsable du pôle nutrition chez Seenorest relève les points d'attention à prendre en compte avant de changer sa complémentation azotée :

« En moyenne, le passage en non OGM engendre une augmentation du coût alimentaire de 3 € à 5 €/1 000 kg de lait sur les vaches laitières et de + 1 €/1 000 kg de lait pour le renouvellement. Néanmoins, le fait de revoir sa stratégie de complémentation azotée qui, très souvent, était inchangée depuis plusieurs années, permet dans de nombreux cas de réaliser un gain sur le coût alimentaire lors du passage en non OGM. » 

Quantité, stockage, distribution de l'aliment : Jérôme Larcelet de Seenorest rappelle qu'il faut se poser les bonnes questions avant de changer d'aliment.Quantité, stockage, distribution de l'aliment : Jérôme Larcelet de Seenorest rappelle qu'il faut se poser les bonnes questions avant de changer d'aliment. (©Seenorest)

Se poser les bonnes questions pour choisir le meilleur aliment

L'expert explique : « Dans les rations, l’aliment qui va essentiellement poser problème est le tourteau de soja OGM. Aujourd’hui, le remplacer est possible et simple. Il existe une multitude de matières premières, co-produits et aliments du commerce non OGM. Avant de faire un choix, il est important de se poser quelques questions : Quelles sont les consommations de mon troupeau ? Mes capacités de stockage ? Peut-on travailler en camion complet benné ou non ? Est-ce que j’ai plus de facilités à stocker des aliments secs ou humides ? Quels sont mes moyens de distribution de la ration ? Présence d’un Dac ou d’un robot ? Etc. »

Se poser toutes ces questions est une étape très importante qui va permettre de déterminer les atouts et contraintes de l’exploitation et de s’orienter vers la meilleure solution d’un point de vue technique, économique et pratique.

Changement d’aliment, comparer ce qui est comparable

« Afin de prendre la bonne décision dans le choix de ses aliments, il est important de s’attarder sur la lecture et l’interprétation des étiquettes des aliments proposés. Aujourd’hui, même s’il n’est pas obligatoire pour les fabricants d’afficher les pourcentages des constituants d’un aliment (classés dans l’ordre décroissant), les valeurs brutes qui sont garanties (MS, MAT, CB, MG, MM) permettent d’avoir de bonnes indications sur la composition de l’aliment. Ces données sont plus intéressantes que les valeurs alimentaires calculées (UFL, PDI) qui ne sont qu’indicatives et non garanties. »

Éviter de comparer le prix des aliments sur la MAT seule car le coût de l’azote protéique n’est pas le même que celui de l’azote non protéique.

« Une valeur MAT (Matière azotée totale) n’a aucune signification si on ne prend pas en compte la part de l’azote non protéique (urée) contenu dedans car 1 % d’urée dans un aliment représente 2,8 % de la MAT. Un correcteur azoté à 42 % de MAT qui contient 3,5 % d’urée est en réalité un correcteur à 32,2 % d’azote protéique et 9,8 % d’azote non protéique. Il est donc préférable d’éviter de comparer le prix des aliments sur la MAT seule car le coût de l’azote protéique (environ 8 à 10 € par point de MAT), n’est pas le même que celui de l’azote non protéique (environ 2 € par point de MAT). »

« Le pourcentage de cellulose brute (CB) va donner une bonne indication sur les sources d’azote protéique utilisées. Si l’aliment est supérieur à 10 % de CB c’est qu’il contient en majorité du tourteau de colza et de tournesol car ces derniers sont riches en cellulose brute 12 % et 21 % alors que le tourteau de soja n’est qu’à 6 %. »

« Si la valeur énergétique d’un correcteur azoté est élevée, il peut être bien de vérifier le pourcentage de matière grasse (MG) pour voir si l’aliment a été enrichi ou non. Si l’aliment est supérieur à 2,5 % de MG, c’est qu’il a été enrichi, très souvent, par de l’huile de palme, pour combler les faibles valeurs énergétiques de certains tourteaux (colza, tournesol…). »

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Les différentes stratégies de substitution du soja OGM possibles

« La première stratégie est tout simplement de remplacer le soja OGM par du soja non OGM dans la formule de l’aliment déjà utilisé sur l’exploitation. La substitution de 1 % de soja OGM par du non OGM augmente en moyenne le tarif d'1 €/tonne. Si l’aliment utilisé aujourd’hui contient 30 % de soja, l’augmentation pour passer en non OGM sera d’environ 30 €/t. Attention de ne pas vouloir substituer du tourteau de soja par de la graine de soja pure que l’on peut cultiver car les propriétés nutritives ne sont pas du tout les mêmes. La haute teneur en matière grasse de la graine va limiter la distribution aux vaches à 1-1,5 kg par jour et par vache. »

Substituer le soja par du colza est intéressant si le prix du tourteau de colza est inférieur à 70 % de celui du soja.« La seconde stratégie est de remplacer le soja OGM par d’autres matières premières (tourteau de colza, de tournesol…) ou co-produits (drèche de distillerie, d’amidonnerie, de brasserie…). Dans ce cas, il faut faire attention à la solubilité de l’azote des produits utilisés mais aussi à la valeur énergétique. Très souvent, on va substituer 1 kg de tourteau de soja par 1,5 kg de tourteau de colza. Pour que cela soit intéressant il faut que le tourteau de colza soit inférieur à 70 % du prix du soja. Il faudra surveiller l’équilibre entre les PDIN et PDIE ainsi que la densité en PDIA. Si on recherche de la performance laitière, il faudra absolument associer le tourteau de colza avec une source azotée "tannée" (tourteau de colza tanné, drèche de brasserie…). »

« Enfin, il existe différentes méthodes de valorisation de l’azote utilisées par les fabricants qui peuvent permettre d’optimiser l’utilisation de l’azote par les animaux :

- l’enrichissement en acides aminés rumino-protégés notamment en méthionine, permet de réduire l’apport de protéines avec une même production de matière protéique du lait grâce à une meilleure valorisation de celles-ci ;

- les aliments extrudés à haute teneur en urée (environ 10 %). Le principe est de piéger l’urée avec de l’amidon ou des matières grasses par extrusion (traitement hydro-thermique + pression). L’objectif est de diffuser l’urée dans le rumen de façon régulière et d’éviter d’avoir des pics d’ammoniac ;

- le tannage des protéines par des sucres, des huiles essentielles, des tanins pour réduire la fermentescibilité de l’azote dans le rumen. »


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