Imprimé le 18/06/2019 10:06:27
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Bale grazingUne alternative au pâturage hivernal, bénéfique au sol et au porte-monnaie

| par Pâturesens | Terre-net Média

Le pâturage en phase automnal et hivernal reste souvent un problème en ce qui concerne la quantité et la qualité de l'herbe. Le râtelier vient souvent complémenter le fourrage manquant. Cependant, il cause une forte compaction et dégrade la pâture à cause de la stagnation des bovins et de l'utilisation du tracteur. Inspirée des systèmes américains, la méthode du bale grazing a pour but de faire gagner du temps, de l'argent mais aussi et surtout d'améliorer la fertilité du sol. Pour cela, il vous faut : une parcelle portante, de l'enrubannage et une clôture électrique déplaçable.

La technique du bale grazing permet d'alimenter des animaux en pâture lorsque la pousse de l'herbe est limitéeLa technique du bale grazing permet d'alimenter des animaux en pâture lorsque la pousse de l'herbe est limitée. (©Pâturesens) Le bale grazing consiste à prédisposer des bottes d’enrubanné à l'automne sur une parcelle de préférence assez portante destinée à être pâturée au cours de l’hiver et sur laquelle un léger couvert de biomasse a commencé à se créer dès l’automne. Il s’agit en quelque sorte d’un pâturage tournant hivernal. Il faut alors placer suffisamment de balles pour passer l’équivalent de deux bons mois, avec des temps de séjour courts et un non retour sur les premiers paddocks. Afin de simplifier la gestion au jour le jour pour le lot d’animaux, il est préférable de gérer le troupeau dans un système couloir.

Les intérêts sont nombreux :

- des animaux autonomes en fourrage ;

- un temps de travail restreint si le système est bien anticipé ;

- permet de maintenir un lot d’animaux dehors avec une croissance correcte ;

- réduction des coûts de production (tracteur, fuel, main d’œuvre, épandage d'effluents) ;

- réduction de la compaction profonde des sols souvent rencontrée dans le système râtelier (à la fois liée aux animaux mais aussi par le passage répété des tracteurs) ;

- amélioration de la fertilité des sols (restitution animal, gestion des plantes prairiales...).

Avancer en système couloir pour ne pas surpâturer

Le système couloir est conçu pour fonctionner avec un fil avant et arrière en maîtrisant le temps de séjour du lot sur une surface donnée. Dans une configuration hivernale il s’agit de consommer notre stock sur pied (valeur nutritionnelle moyenne, pauvre en sucre, assez pourvu en matière morte (20 %). L’enrubanné déposé au préalable par case, a pour but de ralentir l’avancement dans la parcelle et ainsi d’apporter un surplus de nourriture (fauche de printemps riche et permettant de maintenir une croissance satisfaisante du lot d’animaux). Par cette gestion, on s’adapte à la dynamique de pousse de l’herbe sur l’hiver (sur la ferme testée, autour de 10 kg de MS/jour) et ainsi ne pas rentrer dans des cycles de surpâturage.

Pas de tracteur, que du bonheur !Les animaux sont déplacés tous les deux jours, dans le but de permettre aux plantes d’être toujours consommées sur un temps court, et par ailleurs restreindre la compaction des bovins sur une même zone. En termes de temps de travail, cela reste très simple : ouvrir l’enrubanné, déplacer le lot et le petit bac d’eau, et ramasser le plastique de la case consommée. Pas de tracteur, que du bonheur !

Bien choisir son site :

- Le type de site qui se prête bien à ce pâturage reste un sol assez drainant, avec une prairie pérenne (permanente, 3-5 ans et plus). On évitera les couverts type interculture (RGI) ayant une structure trop légère à risque.

- Choisir un bon système de clôture et d’abreuvement (système couloir préconisé).

- Préférer une prairie un peu dégradée nécessitant de la fertilisation.

Un intérêt bien plus important repose sur le rôle des animaux. Par cette gestion, les animaux vont consommer plus de biomasse sur une petite surface, les amenant à restituer plus d’effluents beaucoup plus assimilables que ne serait du fumier.

Une meilleure fertilité du sol par la restitution

Pâturage hivernal : méthode du bale grazing, enrubannage dans les pâturesOn aperçoit clairement les ronds tracés par les bottes d'enrubanné qui disparaissent progressivement lors de la repousse de l'herbe. (©Pâturesens) En plus d'épargner de la main-d'œuvre, le bale grazing augmente la fertilité du sol. La décomposition des résidus de fourrage ainsi que des bouses et de l'urine, en quantité importante sur une surface limitée, améliore la flore présente et par conséquent la croissance du fourrage au cours des années suivantes.

Une fois que les bovins ont fini de manger une balle, il reste une légère couche de litière, parfois plus ou moins négligeable. Certaines personnes voient cela comme du gaspillage ; on peut aussi le voir comme du carbone apporté au sol. La fertilité du sol, amenant à une meilleure productivité de fourrage, résulte des bouses bien sûr mais, plus important encore, de l'urine. « L'urine déposée directement sur le sol est ce qui produit la plus grande explosion d'azote. »

Des études ont montré une amélioration du stockage d’azote dans le profil de sol en comparaison d’un système de parcelle parking (University de Saskatchewan, Canada)

Du bale grazing sur des sols qui ne gèlent pas

Anthony Chauvin, éleveur en Loire Atlantique, s'est lancé dans le bale grazing afin de maintenir un lot d'animaux dehors l'hiverAnthony Chauvin, éleveur en Loire Atlantique, s'est lancé dans le bale grazing afin de maintenir un lot d'animaux dehors l'hiver. (©Pâturesens) Profitant d’une parcelle portante et jusque que là sous-valorisée (surpâturage, beaucoup d’exportations par la fauche par le passé), Anthony Chauvin, éleveur laitier en Loire Atlantique a décidé d’accélérer la remise en forme de la parcelle par le bale grazing. « C’est parti d’une idée qu’on avait échangé avec Florent, mon conseiller Pâturesens : je voulais garder un lot dehors et ayant vu l’effet du pâturage de précision sur le reste du site génisse, j’ai voulu continuer sur cette lancée, dans le but d’améliorer la flore et le sol. Très peu de références existent sur des systèmes bovins dans des conditions de non gelées hivernales. J’ai décidé de faire mon expérience. » En effet, la majorité des expériences se sont faites au canada et aux États-Unis, sur des terres soit très sèches, soit gelées.

L'éleveur explique : « La première année, nous avons maintenu un lot d’une trentaine de génisses. Je les déplaçais tous les 2 jours, avec 20 ares et 2 bottes d’enrubannage de qualité correcte, du 15/12 au 23/02. J’ai consommé 53 bottes (1 botte au départ pour 10 ares puis 1 pour 20 ares sur la fin). J’avais disposé 10 bottes seulement 8 jours avant de mettre les génisses pour commencer, histoire de vérifier qu'il n'y ait pas de dégradation par des chevreuils, des oiseaux et compagnie. Je n’ai rencontré aucun souci malgré la proximité du bois. »

Je suis passé de 3 rotations + 1 passage en bale grazing l’année passée à 6 passages cette saison, soit plus de 2 tonnes valorisées en plus par hectare.

« J’ai constaté dès le printemps 2018 une flore bien plus vigoureuse, bien plus riche en légumineuses, des graminées plus productives qui ont fait leur retour (RGA, fétuque, dactyle...). En ce qui concerne la perte, ramenée aux ronds des emplacements de boules qui commencent à se regarnir, j’estime à 3 % la perte de surface. Cependant, je suis passé de 3 rotations + 1 passage en bale grazing l’année passée à 6 passages cette saison, soit plus de 2 tonnes valorisées en plus par hectare. J’ai par ailleurs réalisé un sursemis au printemps dans les zones dites nues, certains ont repris très rapidement, d’autres cet automne. »

« Cette année, par rapport a l'année dernière, j'essaie d'intensifier le plus possible le bale grazing dès que les conditions de portance ou bien la météo le permettent pour fertiliser plus tout en ralentissant la rotation. J'essaie également d'en faire dans les moindres recoins qui portent dans les différentes parcelles. Bref je me fais ma propre expérience pour voir les conséquences du bale grazing dans mes conditions. »

« Vu la réussite agronomique observée, je prévois d'essayer la technique également dans des couverts végétaux multi-espèces ou des parcelles de fauche qui seraient sur des sols portants afin de pouvoir laisser un maximum d'animaux dehors l'hiver et doper la fertilité de mes sols à moindre coût »

On peut aussi faire du bale grazing l'été

Le bale grazing ne se limite pas à l’hiver quand il s’agit de compenser un manque de pousse ou de qualité d’herbe. Un nouvel essai a été réalisé en Loire Atlantique dans la zone de Guérande sur la ferme de Benjamin Desbois. L’objectif était clair : « J’ai compris qu’un sol nécessite d’être nourri pour fonctionner », témoigne l'éleveur laitier.

Il poursuit : « J’ai compris, suite à deux saisons de pâturage de précision, qu'un pâturage bien mené permet une meilleure expression des sols dans ma zone géographiquement sèche. Cependant, ça ne s’améliore pas en un clin d’œil. Après avoir échangé avec mon conseiller, nous avons décidé de le mener au niveau de mon lot de génisses dans le but de rallonger le temps de retour sur paddock, mieux fertiliser mes parcelles et surtout ne pas arrêter de pâturer. »

« On a commencé avec du foin mis au sol du 25 juillet au 15 octobre dans un système paddock. Je mettais à disposition 1 botte de foin et 21 ares de pâturage pour 18 génisses et 6 taries en complément du stock sur pied réalisé sur juin pour passer l’été. J’ai par ce biais accentué les retours d’effluents par le ralentissement d’avancement tout en évitant les retours rapides qui auraient créé un surpâturage et amené à ce que mon sol se fatigue plus vite et que la repousse d’automne patine. »


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