Imprimé le 25/06/2018 04:34:53

[Reportage] Mon projet, mon avenirDes prairies pour réduire l'empreinte carbone de l'exploitation laitière

| par Florian Cazeres | Terre-net Média

Grâce à un financement participatif, Anne-Sophie Ansel et Yann Profichet, éleveurs laitiers, ont pu financer l'installation de 7 ha de prairies autour de leur exploitation située à Lingèvres, en Basse-Normandie. Leur but : réduire l'empreinte carbone de la ferme.

Anne-Sophie Ansel et Yann Profichet, sur leur exploitation laitière de Lingèvres dans le Calvados. Anne-Sophie Ansel et Yann Profichet, sur leur exploitation laitière de Lingèvres dans le Calvados. (©Miimosa)  

E n lançant une campagne de crowdfunding début 2018, les éleveurs laitiers Anne-Sophie Ansel et Yann Profichet, avaient un objectif : prouver que « les éleveurs s'engagent pour l'environnement ». Aujourd'hui, c'est chose faite. Grâce aux 5 465 euros récoltés sur la plateforme Miimosa, ils vont pouvoir implanter 7 hectares de prairies autour de leur exploitation laitière de 135 ha et 60 vaches, afin de réduire les émissions de gaz à effet de serre .

L'idée germe dans leurs esprits fin 2017. Les deux agriculteurs participent, avec d'autres producteurs de la région, à un groupe de réflexion, co-organisé par Danone.

L'objectif est de trouver des solutions pour diminuer les émissions de gaz à effet de serre des exploitations. Après un diagnostic réalisé grâce à l'outil CAP2ER, mis au point par l'Institut de l'élevage, ils décident d'investir dans des prairies, pouvant stocker le carbone dans le sol.

Le but : limiter les gaz à effet de serre de 60 t par an. L'idée les séduit également dans une perspective de bien être animal . « Nous voulons faire gambader nos vaches laitières sur une surface plus importante et ainsi améliorer le bien-être animal et la qualité de leur alimentation », indiquent ainsi les deux éleveurs sur la page de présentation de leur campagne de financement participatif.

Un outil de communication positive pour les éleveurs

Anne-Sophie et Yann prévoient d'installer un pâturage tournant, pour une meilleure pousse de l'herbe. L'implantation de 7 hectares de prairies, nécessaire à la mise en place du pâturage tournant, impose des aménagements, en particulier le décapage et l'encaissement de 700 m de chemins d'accès, pour un coût de 16 500 €. À cela doit s'ajouter certaines autres dépenses, comme les clôtures (5 800 €), les tranchées et la fourniture de l'eau potable (3 850 €), les barrières (750 €), le bac à eau (1 700 €), et les semences fourragères (1 600 €).

En tout, 30 200 € sont nécessaires. L'entreprise Danone, qui collecte la totalité de leur production pour fabriquer des yaourts, se dit prête à débourser 7 500 €. Les jeunes producteurs, eux aussi, peuvent prendre en charge 7 500 € en autofinancement. Reste 15 200 euros à trouver. Danone leur propose donc de lancer un financement participatif, pour donner de l'écho au projet. Un désir partagé par les éleveurs.

L'implantation de 7 hectares de prairies autour de l'exploitation va permettre de réduire les gaz à effet de serre de 60 tonnes par réduire les gaz à effet de serre de 60 tonnes par an.L'implantation de 7 ha de prairies autour de l'exploitation va permettre de réduire les émissions de gaz à effet de serre de 60 t par an. (©Miimosa) 

« Les agriculteurs ne communiquent pas assez et ne partagent pas sur le fait qu'eux aussi se mobilisent pour changer les choses et participer à la lutte contre le changement climatique. Ils subissent tous les jours des critiques, sans pour autant se défendre et montrer ce qu'ils font réellement », déplore en effet Anne-Sophie Ansel.

Reste à fixer le montant à récolter. « Nous avions besoin de 15 200 €, mais il s'agit d'un trop gros chiffre pour un premier crowdfunding », regrette l'éleveuse. Car il est nécessaire d'atteindre au moins 60 % de l'objectif pour pouvoir récupérer l'argent. Ils se rabattent donc sur un objectif de 8 000 €.

Autour d'eux, leurs collègues sont sceptiques. « Nos proches dans le métier assimilaient le financement participatif à de la manche. Mais pour moi, soit on peut continuer à se plaindre, soit on peut avancer et trouver des solutions. C'est ce que nous avons fait », se défend-elle.

Faire parler des problématiques agricoles

45 jours plus tard, la campagne touche à sa fin. C'est un succès : 5 465 € sont récoltés, ce qui dépasse 60 % de 8 000 € et débloque ainsi les montants récoltés.

Les donateurs sont surtout des proches, appartenant aux cercles amicaux ou familiaux des associés. « Je recommande à ceux qui se lancent de bien prévenir leurs cercles sociaux avant de lancer un crowdfunding», prévient Anne-Sophie Ansel.

« Je suis également allée voir mes partenaires dans le métier, comme mon assureur, ma comptable, des coopératives », ajoute-t-elle. Le financement participatif permet aussi de parler de des problématiques de l'agriculture au-delà du monde agricole : « La famille de mon mari, non issue de ce milieu, a été la première à nous donner de l'argent, car elle a été très sensible à l'aspect écologique de notre projet », se souvient-elle.

L'implantation des prairies doit se faire à l'automne prochain, mais le pari est déjà réussi. « Nous avons montré que l'on sait faire les choses », se réjouit-elle. Vu le succès de l'initiative, Danone serait prêt à renouveler ce type d'expérience avec les éleveurs qui travaillent pour l'entreprise, avec pour objectif de passer le cap des 300 projets partout sur le territoire français.

[Mise à jour] Des précisions sur les chiffres...

En réponse aux lecteurs commentateurs de cet article, la rédaction apporte ici quelques précisions sur les chiffres donnés dans cet article. Ces précisions sont tirées de la présentation du projet des éleveurs sur la plateforme Miimosa.

Le diagnostic carbone réalisé sur l'exploitation a permis d'évaluer l'empreinte carbone initiale du lait à 0,96 kg équivalent CO²/litre de lait, et de déterminer un objectif après projet de 0,85 kg équivalent CO²/litre de lait. Sur les 570 000 l annuels produits, c'est donc un gain carbone potentiel annuel de 60 tonnes CO².

Sur le coût du projet de réimplantation de 7 ha de prairies autour des bâtiments d'élevage, les éleveurs ont présenté le détail suivant: 30 200 € d'investissement total, dont: 1 600 € de semences fourragères, 5 800 € de clôtures fixes et amovibles, 750 € de barrières, 1 700 € de bac à eau et flotteur, 16 500 € de travaux de décapage et d'encaissement de 700 m de chemins d'accès, et 3 850 € de travaux de tranchée et fourniture d'eau potable.
Chaque mois, retrouvez « Mon projet mon avenir » #MPMA, un témoignage réalisé en partenariat avec MiiMOSA , le premier site de financement participatif exclusivement dédié à l’agriculture et à l’alimentation.

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