Imprimé le 22/05/2018 11:40:07

Pâturage tournant dynamiqueUn EBE qui grimpe chez François Dumont (62) grâce à un système plus extensif

| par | Terre-net Média

Il y a plusieurs années, François Dumont a pris un nouveau tournant dans sa façon de travailler. Éleveur laitier dans le Pas-de-Calais, il a d'abord arrêté le maïs après plusieurs chantiers d'ensilage catastrophiques. Puis, en cherchant des solutions pour nourrir son troupeau différemment, il a découvert le pâturage tournant dynamique. Il conduit désormais ses 55 vaches laitières à l'herbe toute l'année. Le plus surprenant pour l'éleveur c'est que le résultat de l'exploitation est loin d'avoir fondu : il a au contraire augmenté, tout comme sa qualité de vie au quotidien !

Pour gérer la rotation des paddocks, François mesure régulièrement la hauteur de l'herbe. Le but est d'offrir une herbe de qualité constante aux animaux tout en favorisant sa pousse.Pour gérer la rotation des paddocks, François mesure régulièrement la hauteur de l'herbe. Le but est d'offrir une herbe de qualité constante aux animaux tout en favorisant sa pousse. (©Terre-net Média)

C’ est dans le Pas-de-Calais, sur les hauteurs de Isques, que François Dumont élève 55 vaches laitières. Installé depuis 1994, l’éleveur a littéralement changé son fonctionnement il y a trois ans en passant d’une alimentation classique maïs-soja à une conduite moins intensive du troupeau grâce au pâturage tournant dynamique (PTD). « Je suis en système extensif avec une conduite intensive de l’herbe », s’amuse-t-il à dire.

Les 55 vaches tournent pendant Près de 9 mois sur 24 paddocks

Sur ses 70 ha de SAU, François en consacre 22 en prairies pour les vaches (les parcelles les plus proches et les plus accessibles). 12 ha un peu plus éloignés sont réservés aux génisses et le reste (en prairies temporaires) sert à la fauche. Les vaches tournent tous les jours sur 24 paddocks et les génisses tous les trois jours. « Avant de passer en dynamique, je faisais déjà du pâturage tournant, explique l’éleveur, mais les vaches tournaient sur cinq parcs seulement au rythme d’un parc par semaine. Aujourd’hui, elles ont accès à la même quantité d’herbe chaque jour puisque je les change quotidiennement de paddock, voire toutes les 12 heures en ce moment avec la pousse importante de l’herbe. » Il vérifie régulièrement le stade de l’herbe dans les paddocks pour la faire pâturer au moment le plus opportun : « Elles doivent entrer à une hauteur d’herbe moyenne de 10 cm et en sortir à 2 cm, explique-t-il. Je n’étais pas habitué à les faire raser autant mais c’est pourtant nécessaire pour que la pâture reparte de plus belle ! »

La saison de pâturage débute en mars (cette année au 20 mars à cause des conditions météorologiques tandis qu’en année normale, les vaches sortent dès le 1er mars pour un déprimage efficace) et se termine généralement à la mi-novembre (le plus tard possible). Jusqu’ici, l’éleveur était obligé de complémenter quelques animaux aux champs en fin de saison car certaines vaches vêlaient encore à l’automne. Son objectif est cependant de regrouper tous les vêlages sur mars et avril afin de ne plus avoir à les complémenter l’hiver puisque les animaux seront en fin de lactation. Il compte d’ailleurs se tourner vers la naissance des veaux en pâture avec à leur disposition des bacs à tétines dans les paddocks.

L’hiver, les vaches étaient jusqu’alors nourries à l’ensilage d’herbe avec de la pulpe surpressée et du tourteau de colza. Le coût alimentaire moyen était de 52 €/1 000 litres (74 € en intégrant la récolte de l’herbe, les engrais…). Mais l’éleveur compte se convertir à l’agriculture biologique et remplacer cette ration par un méteil qui sera moissonné ou ensilé en achetant une petite partie de céréales à l’extérieur pour complémenter les vaches à la fin de l’hiver, juste avant les vêlages. La charge alimentaire tend alors vers une baisse au profit de toujours plus d’autonomie alimentaire.

Des vaches adaptées au système

En race prim’holstein depuis son installation, François s’est orienté vers la Jersiaise dès ses débuts en PTD. « La Jersiaise me plaisait de par ses taux et sa capacité à valoriser l’herbe, contrairement à la Prim’holstein dont les taux chutaient au pâturage, affirme l’éleveur. Il fallait également que je m’oriente vers un plus petit format de vaches car mes pâtures sont en zone humide. » Ainsi, les premières Jersiaises du troupeau ont été importées du Danemark et d’autres de Vendée. À ce jour, le cheptel comprend 50 % de Jersiaises et 50 % de Prim’holsteins. L’élimination des Holsteins se fait progressivement lors des réformes.

Niveau reproduction, l’éleveur insémine tout le monde en Jersiais mais réfléchit au croisement 3 voies. « Le problème avec la race jersiaise, c’est la valorisation de sa viande, fait-il remarquer. J’engraisse quelques mâles en bœufs et en vends quelques-uns à des particuliers mais les débouchés manquent. »

Pour l’accessibilité aux parcelles, François a déjà refait une partie de ses chemins en cailloux et compte en faire encore quelques-uns. Concernant l’eau, elle est amenée par tuyau dans quasiment tous les paddocks. L’abreuvoir est facilement déplacé d’un paddock à l’autre.

Avec un parcellaire vallonné et humide par endroits, François accorde de l'importance aux chemins d'accès pour préserver la santé des pattes de ses vaches Avec un parcellaire vallonné et humide par endroit, François accorde de l'importance aux chemins d'accès pour préserver la santé des pattes de ses vaches. (©Terre-net Média) 

Le déclic vers un système décalé par rapport à son voisinage

« En changeant mon système, je suis passé d’une production annuelle de 400 000 à 300 000 litres, confie l’éleveur. Je suis en décalage par rapport à mes voisins et au mode de paiement du lait puisque je produis plus de lait de février à juillet-août qu’en hiver (où ça paie !). Néanmoins, cette paie de lait amoindrie est largement compensée par mes charges qui ont fondu, indique-t-il. » Son revenu n’a effectivement pas baissé et son EBE a même augmenté avec une part produit de 48 % alors qu’elle ne dépassait pas les 32 % lorsqu’il était en système classique maïs-soja.

« Mon travail a considérablement changé, lâche-t-il. N’étant pas fan des travaux de champs, je me contente de changer mes vaches de place tous les jours et c’est un boulot plutôt agréable ! Le système que j’ai bâti là est simple et durable, surtout physiquement, ce qui est très important avec une retraite qui est retardée d'année en année. Ça a pourtant été dur pour moi au début, concède l’éleveur, de me dire que ce que j’avais toujours fait n’était pas la bonne solution. J’ai pourtant reproduit ce que j’avais appris à l’école : équilibrer des rations à base maïs et rechercher la productivité par vache. Avec le recul, je me rends compte que je n’y arrivais même pas en fait ! » Après trois ans de PTD, François ne reviendrait pas en arrière : « C’est les crises du lait de 2009 et 2011 qui m’ont fait me poser des questions, avoue-t-il. Puis l’automne très pluvieux de 2012 m’a empêché de récolter certaines parcelles de maïs ; c’était trop ! »

Membre de l’Apli (Association des producteurs de lait indépendants), François a longuement échangé avec d’autres éleveurs quant à l’intensification du pâturage. C’est également en découvrant le système très économe de Gérard Grandin sur Web-agri qu’il fut convaincu. Il a alors suivi quelques formations avec l’organisme de conseil Paturesens et échange régulièrement sur le groupe Facebook « Pâturage et prairies, discussion et échange  » pour en découvrir toujours plus. « Je n'en suis qu’à mes débuts en pâturage tournant dynamique et j’ai encore beaucoup à apprendre mais je suis déjà bien satisfait des résultats » : c’est ce qu’estime l’éleveur et c’est l’essentiel !

L’Earl Dumont en quelques chiffres :
55 VL
2 UTH (François Dumont et sa femme)
60 ha tout en herbe dont 22 ha de pâtures pour les vaches et 12 ha pour les génisses
300 000 litres produits chaque année et livrés à la prospérité fermière
Taux moyens : 43 et 32
Un taux cellulaire qui ne dépasse jamais les 150 000 cellules

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