Imprimé le 24/09/2018 10:36:12

Conversion biologiqueAurélien Joye (19) vise l'autonomie fourragère pour réussir sa transition

| par Nicolas Mahey | Terre-net Média

Aurélien Joye est éleveur de Limousines à St-Ybard (Corrèze). En conversion bio depuis un an, il travaille à atteindre 100 % d'autonomie fourragère en augmentant notamment ses surfaces en méteil. Son projet : faire évoluer son activité « broutards » vers le marché du veau rosé AB, pour lequel il existe une forte demande. Objectif : aboutir à un produit fini moins coûteux... et mieux valorisé.

Aurélien Joye, éleveur allaitant de Corrèze, assisté par Anne-Claire Jamet, conseillère à la chambre d'agricultureAurélien Joye, éleveur allaitant de Corrèze, vise l'autonomie fourragère pour son troupeau de Limousines afin de réussir au mieux sa conversion biologique. Il est guidé par Anne-Claire Jamet, conseillère à la chambre d'agriculture. (©Nicolas Mahey) Aurélien Joye, 31 ans, est installé sur une soixantaine d’hectares en Corrèze, à quelques encablures du berceau de la race limousine. Une région d’herbe où la tradition est de produire des broutards destinés à l’export. « Mon père avait basé son système sur l’herbe, le foin et l’achat d’aliment. Aujourd’hui, je souhaite mieux valoriser mes parcelles, explique le jeune homme qui a repris en 2013 37 ha issus de la ferme familiale et 40 mères limousines. À son installation, 25 ha de terres supplémentaires lui permettent ainsi d’implanter 4 ha de méteil grain et 8 ha de prairies temporaires multi-espèces.

Des mélanges binaires pour trier et auto-produire ses semences

« Je voulais mettre en place des méteils pour diminuer mes coûts d’aliment et de paille. Actuellement, je n’en produis pas encore assez : l’objectif est de doubler les surfaces pour devenir complètement autonome. J’ai aussi le projet de faire moi-même mes semences. » Le futur départ en retraite de sa mère devrait lui permettre de s’agrandir et de porter sa SAU à 120 ha. Côté mélanges, Aurélien Joye expérimente une association triticale-féverole, dont il estime la part en protéagineux à au moins 50 %. « J’ai fait d’autres essais avec plus d’espèces, mais je veux pouvoir trier facilement pour faire mes semences. Je m’oriente donc vers des mélanges binaires. » L’année prochaine, le jeune éleveur envisage une association blé-pois (variété ascension). Après récolte (30 à 45 qx/ha de moyenne), le méteil est stocké en cellule puis concassé en farine. Une moitié des prairies temporaires est semée (sous couvert de méteil) en trèfle violet et ray-grass hybride ; l’autre moitié reçoit un mélange de dactyle, fétuque, ray-grass anglais et trèfle blanc. Aurélien Joye y réalise trois coupes annuelles, dont une d’enrubannage. Le reste de la surface en herbe est composé de prairies permanentes. « Je ne suis jamais à court de stock », note l’éleveur.

L'éleveur passe de 800 € le broutard conventionnel à plus de 1 000 € le veau rosé bio de 180 kg.

En conversion vers l’agriculture biologique depuis l’année dernière, Aurélien Joye prévoit d’arrêter le broutard pour « glisser » en douceur vers la production de veaux de lait rosés AB. « Les prix sont trop bas, pointe-t-il : au tarif actuel, 800 à 900 € pour une bête vendue en vif à huit mois et pesant environ 300 kg. Dans le système que j’ai mis en place, j’ai suffisamment d’autonomie pour finir mes veaux dans le même laps de temps et les vendre dans le circuit bio à 180 kg de carcasse autour de 6 € le kilo. » L’exploitant envisage de contractualiser avec la coopérative le Pré Vert, présente dans tout le Grand Sud-Ouest. C’est en boucherie traditionnelle  et en GMS que la demande de veau rosée est la plus forte.

Veaux limousin valorisé en veau rosé ABEn valorisant ses animaux en veaux de lait rosés bio plutôt qu'en broutards conventionnels, Aurélien Joye espère dégager une meilleure marge (©Nicolas Mahey)

L’aliment bio coûte environ deux fois plus cher qu’en conventionnel

Pour Anne-Claire Jamet, conseillère en productions animales à la Chambre d’agriculture de la Corrèze, l’autonomie fourragère est quasiment indispensable pour effectuer ce type de conversion. « D’abord, le cahier des charges impose qu’au moins 60 % de la matière sèche destinée aux animaux soit produite sur l’exploitation, fait-elle remarquer. De plus, l’aliment bio coûte cher, environ deux fois plus qu’en conventionnel [500 € la tonne, NDLR]. L’objectif étant de vendre des animaux finis, auto-produire est vital pour tirer les coûts vers le bas. » Côté valeurs, l’idéal pour un méteil grain est de se situer entre 16 et 18 % de protéines. En ce qui concerne la fauche des prairies multi-espèces, il faut viser les 4 t de MS/ha, pour une teneur en matière azotée totale de 16 %. Des chiffres qui dépendent évidemment de la pousse, précise la technicienne. « Il faut également veiller à ne pas sous-estimer l’apport de fibres dans la ration », ajoute-t-elle.


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