Imprimé le 17/12/2018 12:08:57

Marchés laitiersPression croissante des opérateurs sur Bruxelles pour dégager le stock de poudre

| par | Terre-net Média

L'incertitude grandit au fil des jours quant aux perspectives de prix du lait payé aux producteurs pour 2018. En cause : le stock européen toujours aussi important de poudre de lait écrémé dont la Commission européenne ne sait que faire. Producteurs et opérateurs français et allemands soumettent une proposition commune à Phil Hogan : dégager progressivement une partie du stock en alimentation animale. Mais cette solution a un coût : 110 M¤ de perte estimée pour 100 000 t écoulées sur ce débouché.

Filière laitièreLa cause de la dégradation des marchés laitiers est bien identifiée : l'accumulation de stocks de poudre de lait écrémé à l'intervention publique, malgré une demande mondiale très dynamique. (©Terre-net Média)

Sur le marché du lait, le brouillard s’épaissit pour les éleveurs européens et français. La cotation de la poudre de lait écrémé vient de passer en-dessous de 1 300 €/t, en baisse de plus de 400 €/t en un an. Ce niveau de prix extrêmement bas fait plonger la valorisation du lait sur l’ensemble du marché laitier européen.

En février 2018, « les prix de marché du beurre et de la poudre permettraient de verser aux producteurs de lait 250 €/1 000 l », selon la Fnil, la fédération française des industries laitières. En mars 2018, ce prix moyen est de 268 €/1 000 l. C’est respectivement 45 € et 10 €/1 000 l de moins qu’en février et mars 2017.

De son côté, Coop de France Métiers du lait (ex-FNCL), tempère. « Les cotations du beurre flambent à nouveau, a expliqué Damien Lacombe, son président, à l’occasion d’une journée des coopératives laitières organisée à Paris jeudi 12 avril. En Allemagne, la cotation du beurre a bondi de 500 € la semaine dernière. Nous pensons que cela va suivre en France. »

Malgré cette reprise du prix du beurre, « qui viendra contrebalancer la baisse du prix de la protéine », « le déséquilibre structurel entre le beurre et la poudre pose un problème majeur à la filière ».

La cause de cette dégradation des marchés laitiers est bien identifiée : l’accumulation de 370 000 tonnes de stocks à l’intervention publique qui, malgré une demande mondiale très dynamique, empêche les prix de la poudre de se redresser. Et la Commission européenne ne semble pas bien pressée d’écouler ces stocks qui pèsent lourdement sur le marché. Au 1er trimestre 2018, elle n’a vendu que 10 500 t sur les 378 500 t, au moyen de trois adjudications à un prix minimal accepté de 1 050 €/t.

Un axe franco-allemand pour faire pression à Bruxelles

Face à la frilosité de la Commission européenne à écouler ses stocks, les producteurs et les opérateurs de la filière en France et en Allemagne sont sur la même longueur d’ondes et doivent présenter officiellement leur proposition commune à Phil Hogan jeudi 12 avril : dégager une bonne partie du stock vers le marché de l’alimentation animale, en particulier l’alimentation porcine.

« Phil Hogan réunit ce jeudi 12 avril les parties prenantes de la filière laitière européenne. Les coopératives et producteurs français et allemands défendent une position commune qui lui sera présentée », explique Damien Lacombe. « Il faut dégager une bonne partie du stock vers l’alimentation animale, même si une décote est effectivement constatée. » Les coopératives laitières défendent aussi « une caractérisation des stocks de poudre selon leur ancienneté ». « Il faut les différencier pour ne pas pénaliser la valorisation de la poudre fraîche. »

Mais la Commission européenne ne semble pas prête à mettre la main à la poche. Car, quelle que soit la solution retenue, le dégagement du stock coûtera. « En alimentation animale, le coût d’opportunité pour les opérateurs tourne autour de 600 €/t. Or les stocks ont été constitués à 1 700 €/t. » Le calcul est alors simple : le dégagement de 100 000 t de poudre vers l’alimentation animale engendrerait une moins-value d’environ 110 M€ pour la Commission européenne. « C’est de la responsabilité du commissaire de gérer cette situation. » L’attentisme de Bruxelles sur le devenir de ce stock ne tient finalement qu’à l’épineuse question budgétaire.

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