Imprimé le 11/12/2019 06:01:16
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Maïs fourrageComment bien lire un bulletin d'analyse d'ensilage de maïs

| par | Terre-net Média

Voici quelques conseils de Bertrand Carpentier, d'Arvalis Institut du végétal, pour lire entre les lignes d'un bulletin d'analyse de maïs fourrage et interpréter les résultats pour la nutrition du troupeau de bovins.

Ensilage de maïs fourrage tassage au siloL'échantillon de maïs peut être pris en vert sur plusieurs remorques et congelé si besoin, ou bien après l'ouverture du silo sur l'ensemble du front d'attaque. (©Terre-net Média)

« Le maïs fourrage représente souvent les deux tiers de la ration annuelle des bovins et généralement près de 80 % des UFL de la ration des vaches laitières, d’où l’intérêt de se baser sur une analyse précise de son ensilage pour équilibrer le reste de la ration », rappelle Bertrand Carpentier, Ingénieur maïs fourrage chez Arvalis-Institut du végétal.

Les laboratoires travaillent désormais en proche infra-rouge, ce qui contrairement à la méthode chimique, permet une analyse rapide et peu onéreuse (40 € environ). Pour qu’une analyse puisse être utilisable par l’éleveur ou son nutritionniste, il est toujours bon de préciser au laboratoire d’analyse ce que l’on souhaite savoir et de mentionner s’il s’agit de fourrage vert ou déjà ensilé.

Analyser le maïs en vert ou fermenté ?

Première question à se poser : vaut-il mieux envoyer au laboratoire un échantillon en vert « sorti de la goulotte de l’ensileuse » ou bien de l’ensilage déjà fermenté ? Tout dépend de ce que l’on souhaite connaître. Pour Bertrand Carpentier d’Arvalis : « L’analyse en vert est un peu plus recommandée car elle permet d’anticiper et de prévoir les stocks de fourrages et concentrés complémentaires avant l’ouverture du silo. L’analyse sur de l’ensilage déjà fermenté sert plutôt à réajuster une ration en cours de route. Mais de toute manière, les laboratoires savent très bien prédire les valeurs de l’ensilé à partir du fourrage vert, sauf accident en cours de conservation (ensilage trop humide/sec, moisissures). »

En maïs vert, il faut penser à prélever des échantillons le jour du chantier d’ensilage. L’échantillonnage de fourrage frais est généralement plus représentatif que celui fait sur le front d’attaque du silo une fois ouvert. Une bonne technique consiste à prélever quelques poignées dans chaque benne qui arrive au silo. Ensuite, il faut bien les mélanger dans une glacière, sous-échantillonner dans un sac plastique étanche et surtout compresser le sac au maximum pour éjecter l’air afin d’éviter le départ des fermentations. « Soit il faut envoyer l’échantillon au laboratoire le plus vite possible, ou mieux, le congeler et l’envoyer encore congelé par Chronopost, il arrivera le lendemain au labo à peine décongelé. » Ensuite, le laboratoire séchera la matière à l’étuve à 70°C durant 72 heures.

Exemple d'un bulletin d'analyse maïs fourrage 2016 du laboratoire Germ Service de Montardon (64) :

Analyse maïs fourrage(©Germ Services)

Analyse maïs fourrage (©Germ Services) 

De l’analyse mesurée à la valeur calculée

Le laboratoire a d’abord besoin de mesurer certains paramètres (MS, MAT, CB, NDF, ADF, amidon,…) pour calculer des valeurs utilisables en ferme (UFL, UEL, DMO, PDI,…) selon différentes méthodologies (Van Soest, Weende, Aufrère, Ewers…) et équations de prédiction (Andrieu M4, Inra,…).

La matière sèche (MS)

« Les éleveurs ensilent avec des taux de matière sèche de plus en plus élevés, constate Bertrand Carpentier d’Arvalis. Aujourd’hui, la majorité des échantillons sont à plus de 32 % de MS avec une moyenne autour de 35 % ». Pour une bonne conservation, l’idéal est de récolter à 32 % de MS. Vers 30 %, les jus coulent abondamment du silo et l’ingestion des bovins est pénalisée. Tandis qu’au-delà de 37 %, le maïs est difficile à tasser, ce qui entraîne des problèmes d’échauffement et de conservation. A partir de 35 %, il vaut mieux raccourcir la taille de hachage afin de faciliter le tassement puis l’ingestion.

Les mesures de digestibilité

Pour évaluer sa digestibilité, le maïs se décompose en deux éléments principaux :

- la partie amidon, contenu dans le grain, dont 96 % est digéré, sauf si le grain est récolté très sec (vitreux) et se retrouve dans les bouses.

- La partie tige + feuilles, dont la digestibilité peut être très variable selon l’état de dessèchement de la plante au moment de l’ensilage.

Le Dinag (digestibilité enzymatique de la partie tige-feuilles) décrit la digestibilité de l’appareil végétatif. Elle varie de 50 à 60 %. Il s’agit d’abord d’un indicateur pour les sélectionneurs de maïs qui a assez peu d’intérêt pour les éleveurs.

La DMOna (digestibilité de la matière organique, non amidon) est un critère davantage utile pour connaître la digestibilité de la partie tige-feuille. Plus la DMOna est élevée, plus l’équilibre de digestibilité entre les grains et l’appareil végétatif est bon. Elle varie entre 70 % pour un maïs à faible valeur énergétique à 72 % pour un maïs à très bonne valeur énergétique. La DMOna chute lorsque la plante se dessèche prématurément durant l’été. C’est le cas en 2016, avec la sécheresse fin août, la digestibilité tige-feuilles est assez mauvaise.

Cette DMO est notamment calculée à partir des mesures de cellulose. La cellulose brute (CB) représente 18 à 21 % de la plante. La cellulose brute reste une donnée peu précise, elle se décompose en différents indicateurs selon la qualité des parois végétales :

  • NDF résidu fibreux après traitement au détergent en milieu neutre (environ 42 %). Représente la quantité totale de parois de l’échantillon mais ne donne pas d’indication sur la qualité des parois.
  • ADF résidus fibreux en milieu acide, (environ 20 %) sont les parois peu digestibles.
  • ADL résidus en milieu acides renforcé, (environ 3 %) correspond à la lignine totalement indigestible.

Pas plus de 23 % d’amidon dans la ration totale

L’amidon varie selon la part de grain, généralement entre 27 % pour un maïs avec peu de grain, à plus de 35 % d’amidon pour un ensilage riche en grain. Le maïs moyen français affiche 31 % d’amidon avec de fortes hétérogénéités selon l’état du maïs, sa date d’ensilage, la hauteur de coupe (plus ou moins de tige)…

L’amidon est un critère essentiel pour construire une ration et savoir s’il faut rajouter des céréales ou au contraire diluer avec de la fibre et des protéines. Dans tous les cas, il est essentiel de ne pas dépasser le seuil des  22-23 % d’amidon dans la ration des vaches laitières. Surtout si les teneurs en glucides solubles sont élevées (> 4 %), puisqu’ils sont rapidement fermentescibles dans le rumen et donc acidogènes.

Le calcul des valeurs énergétiques

Selon différentes équations (Andrieu M4, Arvalis,…) il est possible de calculer « l’unité fourragère », qui représente la part d’énergie nette utilisable pour la production laitière(UFL) ou pour la viande (UFV). Les maïs ensilage varient entre 0,88 et 0,96 UFL. Une UFL étant l’équivalent d’1 kilo d’orge (1 UFL = 1 700 calories et 1 UVF = 1820 calories).

A partir de leur teneur en amidon et de la DMO de la partie tige feuilles, les maïs se placent sur des courbes d’iso-valeur UFL. C’est-à-dire qu’à valeurs UF équivalentes, deux maïs peuvent être très différents selon leur part de grain et leur digestibilité de la partie tige-feuilles.

Valeurs énergétiques représentées selon les deux valeurs «amidon» et «DMOna», chaque point correspond à une analyse.Valeurs énergétiques représentées selon les deux valeurs « amidon » et « DMOna », chaque point correspond à une analyse. (©Arvalis-Institut du végétal) 

7 % de d'azote et de protéines

Les autres critères (MAT, PDI, UE,…) présentent moins d’utilité concernant le maïs fourrage. Comparativement à l’herbe ou aux légumineuses fourragères, le maïs est peu riche en matières azotées totales (MAT) avec environ 7 % de MAT. Dans certains cas de dessèchement précoce, le maïs peut contenir des nitrates solubles restés « prisonniers » dans la tige et qui peuvent présenter un risque d’intoxication aux nitrates chez les vaches et génisses en gestation.

La  teneur  en  PDIA  (protéines digestibles dans l’intestin d’origine alimentaire, non dégradées dans le rumen) calculée  à  partir  des  analyses  est  toujours  égale  à  21,8%  de  la MAT,  celle  en  PDIN (protéines digestibles dans l’intestin d’origine microbienne synthétisées dans le rumen) est  toujours  égale  à  61,5% de MAT. Puisqu’il est riche en énergie, le maïs est plus élevé en PDIE (protéines digestibles en fonction de l’énergie fermentescible), environ 65 g/kg MS.

La valeur d’unités d’encombrement (UE) est déterminée par la capacité d’ingestion d’une vache laitière (UEL) ou d’un bovin allaitant en croissance ou en engraissement (UEB). L’UEL/ kg de MS varie entre 0,80 et 1,15 et doit être inférieure à 1 pour ne pas pénaliser l’ingestion.

Concernant les matières minérales, en dessous de 3 %, il peut être judicieux de revoir la complémentation minérale en conséquence mais au-dessus de 6 %, il s’agit certainement de présence de terres dans le silo, auquel cas il faut être vigilant sur la présence de germes butyriques.


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