Imprimé le 16/12/2019 14:04:46

Reportage en Italie du NordGo Farm, la « Maserati » de la génétique holstein italienne

| par | Terre-net Média

Dans la province de Crémone, en Italie du Nord, Roberto Gozzini conduit un troupeau de près de 1.000 vaches holsteins. Sélectionneur avisé, il a fait la renommée internationale de Go Farm.

Go Farm Go Farm est située en Emilie-Romagne à Casalmorano prés de Crémone, entre Milan et Bologne.  (©Terre-net Média) G o Farm , c'est sans doute l’élevage prim’holstein le plus connu d’Italie. A l’image des marques de belles voitures italiennes, son nom résonne dans toutes les têtes des passionnés de génétique à la recherche de vaches qui « en ont sous le capot ». Roberto Gozzini est aux manettes d’un cheptel de près de 2.000 animaux, dont 830 vaches à la traite, à 36 kg de lait de moyenne. Roberto se consacre à l’élevage et au management de ses sept salariés indiens tandis que ses deux frères s’occupent des 180 hectares et de l’unité de méthanisation de 300 kW qui vient d’être mise en route.

350 poses d’embryons

En plus des 9,2 millions de litres produits chaque année, 15 à 20 % du chiffre d’affaire de Go Farm provient de la vente de génétique à travers le monde. De nombreux taureaux comme Artes, Pitbull, AltaElvis ou Raptown, sont nés dans cet élevage qui détient actuellement 5 des 10 meilleurs vaches d’Italie en GPFT (l’index synthétique italien).

Quasiment tous les veaux mâles et 40 % des femelles sont génotypés avec l’index italien GPFT et généralement en Allemagne (RGZ) et aux Etats-Unis (GTPI). Roberto Gozzini travaille de nombreuses souches que l’on peut découvrir sur son site web . S’il achète rarement des animaux sur les ventes internationales, l’éleveur acquiert près de 90 embryons chaque année et réalise 350 transplantations embryonnaires sur ses vaches. Depuis l’arrivée de la génomique, Roberto travaille le progrès génétique principalement sur les génisses et réalise 60 flushings par an qui donnent en moyenne 7 embryons par génisse et 9,5 par vache. Lors d’un flush, il utilise systématiquement deux ou trois pères différents pour multiplier les origines, généralement une première dose conventionnelle d’un père confirmé, puis une ou deux semences sexées de taureaux génomiques. Le génotypage des veaux permettant ensuite de vérifier la paternité.

Elevage de taureaux reproducteurs

A Go Farm, l’élevage des taureaux est un atelier à part entière : Roberto en élève 450 chaque année ! 350 sont destinés aux centres, parmi eux, une quinzaine sera retenue pour devenir des taureaux d’insémination. L’élevage passe principalement des contrats avec des centres américains, canadiens et italiens comme l’entreprise Inseme, qui commercialise la majorité des IA du pays. Chaque année, environ 180 taureaux (avec un index génomique non-officiel) sont vendus aux fermes de la région entre 1.500 et 2.000 euros pour la monte naturelle.

Roberto Gozzini Roberto Gozzini devant les jeunes taureaux qu'il commercialise. Il ne vend pas de vaches en lait, mais principalement des embryons.(©Terre-net Média)

Les objectifs de sélection de Roberto sont d’abord les performances laitières recherchées par le marché italien, puis les fonctionnels, ainsi que la qualité des membres et des mamelles. « Je cherche aujourd’hui à réduire la taille des vaches pour améliorer leur longévité en système logettes. Je suis à 2,7 lactations/VL de moyenne malgré un troupeau jeune qui est passé de 200 à 900 vaches en dix ans. En Italie, la longévité moyenne tourne plutôt autour de 2,1 lactations par vache. »

Logettes sur sable et granulés de paille

La famille Gozzini ne cherche plus à s’agrandir, les bâtiments sont déjà bien assez remplis. Il y a 20 % de vaches en plus que de logettes et 30 % d’accès au cornadis en moins. Sous les toitures des stabulations, des ventilateurs à large pâles régulent la température. Au-dessus des cornadis, un tuyau équipé de buses permet d’asperger régulièrement de l’eau sur le dos des vaches pour les refroidir.

Trois types de logettes creuses cohabitent : les génisses couchent sur du compost issu de la séparation de phase du lisier, la majorité des vaches dorment sur des logettes creuses composées dans le fond d’un treillage plastique « nid d’abeille » rempli d’une épaisse couche de sable puis recouvert de granulés de paille. Ces gros granulés se délitent à mesure qu’ils s’humidifient. Un lot composé des 70 vaches « de luxe » a le privilège de coucher sur de la paille en brins longs à la place des granulés. « Les granulés sont très bien pour les pattes et le temps de travail, la vraie paille est plus confortable mais demande davantage de temps d’entretien. Et puis la paille est rare en Italie du Nord », résume l’éleveur.

Logettes creusee sur sable et granulé de paille Les logettes creuses sur sable sont couvertes de granulés de paille (©Terre-net Média)

Même ration pour toutes

Etonnamment pour un troupeau de cette taille, les 830 vaches traites reçoivent la même ration. Elles sont réparties dans six groupes différents :

  • Le lot de vaches ayant vêlées depuis moins de 15 jours reçoit 2 kg de foin et un drenchage systématique de propylène glycole pendant 5 jours en salle de traite.
  • Un lot de 120 primipares
  • Un lot avec ses 70 meilleures vaches, qui atteint 43 kg/j de lait de moyenne (dont une détient un pic record à 80 kg/j !)
  • Un lot de vaches longues à traire, afin de ne pas ralentir la traite à chaque bande
  • Le groupe « infirmerie » que Roberto prend soin de traire lui-même.
  • Ensuite la majorité des vaches sont mélangées

Management de la carotte et du bâton

Toutes les vaches sont traites deux fois par jour dans la salle Gea de 2*20 postes Tpa. Elle tourne 11 heures par jour à trois personnes afin de maintenir la cadence de 170 vaches à l’heure. Pour cela, la famille Gozzini emploie sept ouvriers indiens, qui leur coûte 2.500 €/mois avec les charges pour 40 heures de travail par semaine.

Roberto mène son équipe d’une main de fer dans un gant de velours : le salarié qui faute est pénalisé sur son salaire et le travail bien fait donne droit à des primes. Il a même installé une caméra de surveillance en salle de traite pour jeter un œil sur les salariés qui auraient tendance à abuser des vins italiens durant le travail ! « Il faut parvenir à responsabiliser et spécialiser les salariés selon ce qu’ils sont capables de faire le mieux », estime-t-il.

Mesure colostrum Misco Un réfractomètre digital (de marque Misco à 500 €) permet de mesurer le taux d'immunoglobuline dans le colostrum, le sérum sanguin ainsi que le taux de protéine du lait. (©Tnm)

Roberto ne transige pas non plus sur le soin des veaux dans les premières heures. Les salariés logent à côté de la stabulation de vêlage et doivent veiller, de jour comme de nuit, à traire au pot et mesurer le taux d’immunoglobuline de chaque colostrum afin de congeler les plus riches. Dans les trois heures après la naissance, les veaux reçoivent systématiquement à la sonde 4 litres de colostrum de la meilleure qualité. Deux semaines plus tard, Roberto prélève une goutte de sang pour mesurer l’immunoglobuline dans le sérum sanguin. Si le veau présente un faible niveau d’anticorps, alors l’ouvrier qui était de garde au moment de la naissance est sanctionné sur son salaire ! « Un veau qui n’a pas avalé suffisamment de colostrum trainera des problèmes de santé durant sa croissance puis sa lactation. Et ça c’est toujours de la faute de l’homme qui n’a pas testé le colostrum », affirme Robero Gozzini.

Peu d’autonomie alimentaire

Les 180 hectares de la ferme sont intégralement couverts de maïs, irrigués par inondation grâce aux canaux du fleuve Pô qui traverse l’Italie du Nord. Sur ses terres au prix exorbitant (souvent plus de 60.000 €/ha), le maïs dépasse régulièrement les 20 tMS/ha. Sur 20 % de la surface, les Gozzini pratiquent une double récolte de ray-grass ou de céréale, suivie d’un maïs. A part l’ensilage et un peu de foin, tout le reste de la ration est acheté. Chaque jour, un camion livre un prémix composé de luzerne, maïs grain, tourteaux de soja et de coton et minéraux. Toutes les vaches reçoivent la même ration composée de 26 kg d’ensilage de maïs et 16 kg de ce prémix. Le tout est distribué à la désileuse automotrice. Les vaches ingèrent ainsi 24 kg MS/VL/j pour une production moyenne de 36 kg de lait, à 39 g de TB et 35 g de TA.

Payé 460 €/1.000 litres

Mais avec beaucoup d’achat, le coût alimentaire s’élève à 4,70 €/VL/j. Heureusement le prix du lait livré à la « Latteria Soresina » pour fabriquer les célèbres fromages italiens « Grana Padano » et « Parmigiano Reggiano » est là pour compenser les frais d’élevage : au bilan fin mars 2015, la moyenne annuelle était de 460 € la tonne de lait avec 10 % de Tva. « Cela peut dépasser les 500 €/t avec un TB de qualité, fait remarquer Roberto Gozzini. Il nous faut bien ça, car avec nos coûts de production élevés, on ne peut pas descendre en-dessous des 400 €/t. » Malgré un prix du lait parmi les plus élevés d’Europe, la production laitière italienne a encore baissé en 2014 et n’a pas réalisé son quota national.

Méthanisation Italie Comme beaucoup de ses voisins dans la région, Go Farm vient de démarrer son unité de méthanisation de 300 kW. L’investissement de 1,8 million d’euros, sans subvention, devrait être couvert par la revente de l’électricité à 0,236 €/kW, à condition de respecter que le biogaz soit produit avec au moins 70 % de déjection. Le méthaniseur ingurgitera tout de même 130 tMS d’ensilage de maïs par an. (©Terre-net Média)

Au -dessus des conadis, des buses projettent de l'eau toutes les 5 minutes. Au dessus des cornadis, des buses projettent de l'eau toutes les 5 minutes. (©Terre-net Média)  

Utilisé en Israël, l'aspersion d'eau est l'un des moyens les plus efficace pour refroidir les vaches Utilisée en Israël, l'aspersion d'eau est l'un des moyens les plus efficaces pour refroidir les vaches. (©Terre-net Média)  

Les granulés de paille Les granulés de paille coûtent 110 €/t. (©Terre-net Média)  

Les 70 meilleures vaches couchent sur des logettes sur sable couvertes de paille. Les 70 meilleures vaches couchent sur des logettes sur sable couvertes de paille. (©Terre-net Média)  

Le lait distribué aux veau est passé dans ce pasteurisateur pour réduire le microbisme. Le lait distribué aux veaux est passé dans ce pasteurisateur pour réduire le microbisme.  

Les casee à veaux peuvent être déplacée au téléescopique. Les cases à veaux peuvent être déplacées individuellement au téléscopique. (©Terre-net Média)  

Voyage d'étude réalisé avec l'association Prim'holstein de la Mayenne PH 53 . Merci à eux !


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