Imprimé le 08/12/2019 08:27:16

[Interview] Coordination ruraleBernard Lannes : « La Pac doit être plus régulée sans attendre »

| par | Terre-net Média

Selon Bernard Lannes, président de la Coordination rurale, l'Union européenne est responsable des difficultés que les agriculteurs vivent au quotidien (volatilité des marchés, réglementation écologique contraignante) au point de décourager les plus tenaces d'entre eux. En marge du 21ème congrès de la CR qui se tient ce 4 décembre à Agen, il a répondu aux questions de Terre-net Média (1).

Bernard Lannes, président de la Coordination rurale au 21ème congrès d'AgenBernard Lannes, président de la Coordination rurale au 21ème congrès d'Agen. (©Coordination rurale.)

Terre-net Média (Tnm) : La baisse des prix agricoles et la crise russo-ukrainienne confortent-elles votre combat pour réviser la nouvelle Pac en 2018 en la dotant de réels outils de régulation ?

Bernard Lannes (BL) : Il faut reconquérir le marché intérieur européen avec davantage de traçabilité et doter les filières d’observatoires avec de nouveaux moyens réglementaires et financiers pour réguler les productions. (1)

Le développement de l’assurance est inenvisageable tel qu’il est financé, c'est à dire en ponctionnant sur le budget de la Pac. Aux Etats-Unis, le système assurantiel est une réelle aide financière accordée aux agriculteurs.

En France, on a un ministre de l’Agriculture qui fonctionne dans l’incantation. Stéphane Le Foll n’a rien mis en place pour combattre l’ultralibéralisme qu’il dénonce, alors qu'il impose, dans le même temps et comme ses prédécesseurs, toujours plus de contraintes environnementales, au delà des exigences promulguées par la Commission européenne. Le ministre défend l’agro-écologie sans avoir les moyens de protéger les agriculteurs de la violence des marchés pour qu'ils aient les moyens nécessaires de faire face aux coûts générés par son programme.

Tnm : La composition de la Commission de Bruxelles vous satisfait-elle ? 

BL : La nomination du nouveau commissaire européen à l'Agriculture, Phil Hogan, ne va rien changer. Pas plus que la précédente, la nouvelle Commission européenne n’a les moyens d’organiser une Pac à Vingt-huit. Les ultralibéraux sont encore en poste pour cinq ans.

Tnm : En cette période de crise, est-ce l’euro ou l’Europe qui est à l’origine des difficultés des agriculteurs ? 

BL : C’est l’Europe car la politique monétaire, financière et économique conduite n’incite pas les banques à prêter de l’argent aux entreprises et aux agriculteurs. Mais c’est aussi l’euro car nous sommes adossés à une monnaie qui nous fait perdre des parts de marché. Mais il n’est pas question de revenir au franc. Ceux qui prodiguent son retour ne se rendent pas compte des conséquences économiques pour la France d'une éventuelle sortie de la monnaie unique. Les voyous sont les banquiers pas l’euro ! 

Tnm : Et que pensez-vous de l’accord commercial avec l’Ukraine ? Et de l’embargo russe ? Les paysans en sont-ils les premières victimes ?

BL : L’Union européenne n’assume pas le coût économique de ses décisions politiques. Elle prend les agriculteurs pour des concombres. Les crédits disponibles pour compenser les pertes subies liées à l’embargo décrété par la Russie sont inférieurs à ceux débloqués lors de la crise d’Escherichia coli en 2011.
La Commission européenne assimile les produits agricoles à des minerais. Ils sont des variables d’ajustement de tous les accords bilatéraux conclus et des engagements politiques pris sans en mesurer les impacts pour les agriculteurs. 

TNm : La crise du lait est-elle vraiment inéluctable ?

BL : Oui. Le lait était certes encore payé plus de 400 €/1.000 l en France en septembre mais il a été collecté à 300 €/1.000 l en Belgique, ont rapporté les participants au congrès de l’Emb il y a huit jours. La fin des quotas s’annonce catastrophique. L’observatoire des prix du lait et l’interprofession ne se sont pas dotés de moyens pour réguler la production laitière aussi bien au niveau national qu’européen. Sans revenir aux quotas, la situation exige la mise en place de nouveaux outils de régulation au niveau des Etats et des exploitations. 

Tnm : Et la France ? 

BL : La France et ses éleveurs n’ont pas à sacrifier leur production de lait comme en 2009. Mais les coopératives donnent le mauvais exemple car elles sont les premières à avoir engagé une baisse du prix du lait payé aux éleveurs. La concentration massive de la production défendue par Philippe Mangin, président de Coop de France n’est absolument pas la réponse appropriée à la situation. Elle ne pourra que contribuer à la désertification des campagnes.

N.B : L'interview réalisée par Terre-net Média comprend deux parties. La première diffusée sur Terre-net.fr est intitulée « Les agriculteurs décidés à se faire entendre pour défendre leurs revenus ». Elle porte davantage sur l'engagement syndical de la Coordination rurale

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