Moins que les questions financières, c’est un problème de dévalorisation du métier de salarié agricole qui en freine le développement, tant du côté des éleveurs que du côté des étudiants en agriculture.
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 "L'emploi idéal souhaité par les salariés et les élèves est un poste fixe en expoitation, dans l'espoir de prendre la responsabilité d'un atelier. A contrario, les postes en groupements d'employeurs attirent peu", constate Brigitte Frappat, Institut de l'élevage (© Photo Nathalie Petit, Web-agri) |
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Pour répondre aux aspirations de qualité de vie et de temps libre des éleveurs laitiers, le salariat peine à se concrétiser du fait d’un manque de candidats et de la réticence d’une bonne partie des éleveurs. Le principal obstacle réside finalement dans un défaut d’image de part et d’autre. Lors d’entretiens réalisés auprès d’éleveurs, de salariés et d’élèves en agriculture, Brigitte Frappat de l’Institut de l’élevage a tenté de mieux cerner les motivations et les freins des acteurs, qui sont davantage psychologiques qu’économiques. Elle en a présenté les résultats lors des journées 3R (Rencontres autour des recherches sur les ruminants) le 6 décembre 2006.
« Dans ce contexte, il n’est pas certain que le dispositif d’incitation financière récemment voté dans le cadre de la loi d’orientation agricole pour favoriser l’emploi de salariés soit un déclic suffisant », rapporte Brigitte Frappat. « En effet, à notre étonnement, les aspects coûts financiers et contraintes administratives sont apparus dans nos enquêtes à une place relativement éloignée dans les freins au recours salarial », présente-t-elle. « Le premier des freins est d’accorder sa confiance et de confier son troupeau à un tiers, et ce, même dans des structures associées. Trouver le « bon » salarié est exprimé comme un souci de la part des éleveurs. La disponibilité est également une exigence constante, dont la difficulté est pointée du doigt par les éleveurs. »
61 % des éleveurs souhaitent se libérer tout ou partie du week end
« Il y a finalement toujours de nombreux freins de la part des éleveurs à recourir à un salarié », présente Brigitte Frappat. Pourtant, le recours au salariat serait une solution possible à l’aspiration croissance des éleveurs à une meilleure qualité de vie. Et de rappeler les résultats d’un enquête des Réseaux d’élevage en 2002 faisant étant d’une aspiration à se ménager des pauses. 36% des éleveurs laitiers souhaitent se dégager du temps au quotidien, 43% déclarent souhaiter prendre des congés et 61% se libérer du temps tout ou partie du week end.
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« Cette crise actuelle rencontrée dans les vocations pour le service de remplacement risque de durer. »
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Si le métier de salarié agricole souffre d’un déficit d’image auprès des éleveurs, il en est de même auprès des élèves. « Et dans les motivations des élèves, il apparaît clairement que le salariat reste l’option si rien d’autre n’est possible par ailleurs et dans l’impossibilité de tout projet d’installation. Les taches sont considérées par les élèves comme subalternes ou répétitives, les conditions d’emploi jugées peu motivantes mais surtout le manque de reconnaissance du métier. »
« En outre », souligne la spécialiste, « je pense qu’il y a un fort décalage entre les messages véhiculés par les équipes enseignantes dans les écoles d’agriculture sur les projets d’installation et la réalité effective des possibilités d’installation. »
Finalement, les services de remplacement ont des demandes qui sont croissantes et nombre d’entre eux ont des problèmes de recrutement. « Cette crise actuelle rencontrée dans les vocations pour le service de remplacement risque de durer », estime Brigitte Frappat. elle conclu sur la nécessité d’actions de communication et de conseil pour lever les freins chez les éleveurs comme chez les salariés potentiels. « Le développement du salariat en élevage passera également par une évolution des conditions d’emploi des salariés. »
Source « Salariat et remplacement en exploitations laitières face au défi du recrutement », Brigitte Frappat, Institut de l'élevage Paris, Rencontres Recherches Ruminants, décembre 2006.
Nathalie Petit