Si la recherche de qualité de vie est la motivation essentielle des éleveurs pour investir dans le robot de traite, cette levée de l’astreinte a un prix que semblent toutefois prêts à mettre de plus en plus d’exploitants. Un sur deux penserait fortement au robot en cas de projet de nouvelle installation.
 « L'introduction du robot de traite dans une exploitation n'a pas mis en évidence d'effets très marqués sur le bien-être des vaches », présente Pierre Billon, de l'Institut de l'élevage, Le Rheu (35). (© Photo Nathalie Petit) |
L'acquisition d’un robot reste une optique économiquement plus pesante qu’une salle de traite classique, estiment les chercheurs Pierre Billon de l’Institut de l’élevage et Dominique Pomiès de l’Inra (Institut national de la recherche agronomique) (*). Dans une étude faisant le bilan des 15 dernières années et présentée aux
journées 3R (Rencontres recherches ruminants), ils montrent que l’annuité générée par un robot de traite est d’environ 1,5 à 2 fois celle d’une installation classique, ce qui représente 0,03 à 0,04 € par litre pendant 10 ans pour un quota de 540.000 litres.
Moins de pénibilité dans le travail et plus de temps libre sont les principales attentes des éleveurs vis à vis du robot. « Le gain de temps apporté par le robot est de l’ordre de 20% du temps d’astreinte journalier de l’atelier lait », présentent les chercheurs, soit 2 heures par jour pour un troupeau de 60 vaches avec un robot monotraite.
Leur qualité de vie s’est améliorée
83,7 % des éleveurs équipés passent plus de temps avec leur famille grâce au temps gagné et à la suppression de l’astreinte de la traite, près de 70% constatent que leur qualité de vie s’est améliorée. Au regard de la qualité de vie, le robot semble apporter satisfaction aux éleveurs qui ont fait ce choix de mécaniser leur traite, un choix qui concerne aujourd’hui environ 700 fermes françaises, contre une vingtaine fin des années 1990. Pour ce qui est du bien être des vaches, il ne semble pas significativement perturbé par l’introduction de l’automate de traite.
Pierre Billon et Dominique Pomiès relativisent l’augmentation de la quantité de lait produite avec le robot car une part est liée à l’augmentation d’ingestion d’aliments concentrés distribués lors du passage. « Il semble raisonnable de compter sur une augmentation moyenne comprise entre 3 et 5 %. » L’augmentation du nombre de traites journalières aurait finalement peu d’influence sur la production laitière.
Conséquences peu importantes sur la qualité du lait
Les conséquences au passage du robot semblent globalement peu importantes sur les divers paramètres de qualité du lait. La baisse du taux protéique est négligeable, en revanche celle du taux butyreux est plus significative du fait de l’accroissement de la fréquence de traite, de l‘ordre de 0,2 à 0,8g/l.
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0,03 à 0,04 € par litre pendant 10 ans pour un quota de 540.000 litres
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La détérioration de la qualité du lait liée à l’adaptation à la traite robotisée semble passagère. « tout revient pratiquement à l’identique dans les 6 à 8 mois qui suivent l’introduction du robot», présentent les chercheurs. Par contre, la dégradation est réelle en ce qui concerne le nombre de spores butyriques dans le lait. Il a toutefois été montré que cette détérioration pouvait être enrayée par un système de nettoyage des trayons avec un gobelet spécifique.
L’une des conséquences majeures à l’introduction du robot concerne l’augmentation de la lipolyse du lait, dont la cause principale semble être la réduction de l’intervalle moyen entre deux traites. « De plus, certains modèles de robot laissent entrer de l’air dans les canalisations de lait en plus grande quantité que la norme le prévoit », soulignent les chercheurs, facteur favorisant l’augmentation des AGL (acides gras libres) du lait et parfois conjugué à un effet animal ou à un problème d’alimentation.
L’influence du robot sur les cellules somatiques du lait semble liée au niveau sanitaire de l’élevage avant son introduction « les élevages avec les hautes CCS (concentrations en cellules somatiques) avant l’arrivée du robot ont vu leurs résultats se dégrader alors que ceux qui avaient régulièrement des résultats corrects ne subissaient aucune influence, voire constataient une légère amélioration ». Il semblerait que toutes les vaches ne réagissent pas de la même manière à l’introduction du robot et « qu’une attention particulière doit être apportée aux vaches fraîches vêlées lors de l’introduction du robot ».
Revoir l’objectif de fréquentation
« Durant les années 1992-2003, tous les raisonnements étaient centrés sur la façon d’optimiser le robot, pour un objectif de 3 traites par vache et par jour », poussant les éleveurs à adopter des stratégies contraignantes pour leurs animaux ou pour eux-mêmes. Mais une analyse plus fine ayant limité l’intérêt de la fréquence des traites pour la production, « il est de plus en plus recommandé de baisser l’objectif de fréquentation à 2,3-2,5 traites/jour. Dans ce cas, les vaches viennent moins souvent au robot mais y restent plus longtemps. » Ces préconisations vont dans le sens de se libérer de cette astreinte que se recréent parfois les éleveurs à rechercher les vaches dans la stabulation en fin de journée pour les pousser vers le robot. Par ailleurs, les éleveurs ont aujourd’hui la possibilité d’installer des portes de sélection qui orientent les vaches! soit vers le robot si elle doit être traite, soit vers l’aire d’alimentation le cas échéant. Ces portes sont aussi utilisées pour orienter les animaux vers la pâture après une visite au robot.
Les chercheurs tordent le cou à une idée reçue selon laquelle l’association pâturage et robot de traite était difficilement compatible. Une enquête menée auprès de 25 élevages laitiers du grand ouest montre que « la combinaison robot pâturage ne perturbe pas la production laitière. Toutefois, pour maintenir un rythme de deux traites quotidiennes, l’aménagement des accès aux prairies et de la circulation entre le bâtiment et la pâture est nécessaire. »
La combinaison robot pâturage ne perturbe pas la production laitière
Ce qui semble encore nécessiter le plus d’améliorations concerne la détection des laits anormaux, une partie de l‘avenir du robot passant par les progrès à réaliser dans ce domaine, estiment Pierre Billon et Dominique Pomiès. « Les systèmes actuels mesurant la conductivité du lait ne sont pas suffisamment précis pour écarter en temps réel ces laits anormaux, avant leur arrivée dans le tank. » Il va falloir développer de nouveaux capteurs capables de mieux détecter les infections mammaires. Parallèlement à ces recherches, les constructeurs se penchent sur d’autres critères que celui de la conductivité, dont les pistes sont nombreuses et certaines encourageantes.
(*) source « Le point sur la robotisation de la traite 15 ans après l’apparition des premiers systèmes dans les fermes », Pierre Billon, Institut de l’élevage, Le Rheu (35), Dominique Pomiès, Institut National de la Recherche agronomnique de Saint Genès Champanelle, Rencontres recherches ruminants, décembre 2006.
Nathalie Petit