A la veille d’un éventuel nouvel accord multilatéral sur les marchés agricoles, plusieurs grands acteurs semblent anticiper les bouleversements qui devraient intervenir sur le commerce international de la viande de porc.
Le changement du contexte économique en Europe pour le secteur porcin a incité les acteurs industriels de la filière à faire des choix stratégiques, choix à l’origine d’importants bouleversements chez les industriels de l’abattage - découpe et de la transformation.
« Ces évolutions d’entreprises pourraient logiquement modifier profondément le rapport de force entre les maillons de la filière, mais aussi entre les bassins de production », expliquait Fabien Djaout (Office de l’élevage), lors des 41e JRP.
 Fabien Djaout, lors des JRP à Paris. (© CZ) |
En Europe, on assiste à la montée en puissance de la coopérative danoise Danish Crown (21 millions de têtes/an en 2007) et du Groupe néerlandais Vion (18 millions de têtes/an). Aujourd’hui, ces deux entités ont atteint une taille proche de celle de groupes américains comme Smithfield Foods (27 millions de porcs abattus/an) ou Tyson (19 millions de porcs abattus/ an) et ont acquis des positions fortes dans le nord de l’Europe. «
Ces structures sont aujourd’hui en mesure de répondre à des appels d’offres couvrant plusieurs pays européens. »
S’assurer l’écoulement de sa production
Autre modification notable : les investissements nord-américains dans l’Union européenne à mettre au crédit du groupe Smithfield Foods, n°1 mondial dans la viande porcine. « À la différence des groupes européens, elles portent exclusivement sur des outils de transformation et sont réparties dans différents pays de l’Union européenne. » En juin 2008, le groupe a annoncé sa fusion avec Campofrio, le plus important groupe de transformation en Espagne. « Face à l’accroissement des disponibilités, s’assurer de l’écoulement de sa production sur des marchés de consommation solvables et pérennes devient un enjeu majeur » résumait Fabien Djaout.
Enfin, il ne faut pas oublier les investissements brésiliens, même si pour le moment ils restent sous le coup d’une interdiction d’exporter vers l’Europe en raison de la présence endémique de la fièvre aphteuse dans plusieurs Etats. « Dès que la situation sera redevenue saine, nul doute que les opérateurs brésiliens pourraient être tentés de développer leurs ventes sur le continent européen. Et cela d’autant plus qu’ils peuvent s’appuyer sur des investissements dans les outils de transformation européens, comme cela a été fait dans les secteurs de la volaille et du bœuf. »
Nouveau leader
En face de cela, les acteurs de la filière française apparaissent en retrait, même si l’échiquier français a commencé a bougé : en 2008, Cooperl et Arca, ont annoncé leur fusion prochaine et le groupe Bigard, la prise de contrôle du groupe coopératif Socopa, « mais les processus restent relativement lents et ont démarré plus tard que dans d’autres pays européens ». Les deux nouveaux leaders français qui abattront chacun environ 4 millions de porcs par an, n’ont pas atteint une taille leur permettant « d’engager de véritables stratégies européennes en vue de créer un grand groupe de stature internationale ». Enfin, la massification des besoins qu’implique la concentration industrielle permet aux opérateurs d’importer de la matière première à un coût moindre… d’autant plus avec la réduction du droit de douane qui ne peut que favoriser les importations de produits pour lesquels des flux existent déjà !
Source : « Les filières porcines européennes face à la mondialisation des échanges », Y. Trégaro et F. Djaout (Office de l’élevage), 41e JRP 3-4 février 2009, Paris.
Céline Zambujo