L’accélération de la politique énergétique qui vise à augmenter en France la production de bioéthanol s’accompagne d’une augmentation des volumes de coproduits issus du bioéthanol. Les drêches pourraient être valorisées dans l’alimentation porcine, mais la filière manque de références. Point sur les connaissances actuelles.
La politique énergétique française actuelle vise à augmenter sur le territoire la production de bioéthanol dans le but de se mettre en conformité avec les objectifs fixés par l’Europe, soit 5,75% d’introduction de biocarburant, éthanol ou diester pour 2010 et 10% pour 2020.
Mais qui dit production de bioéthanol, dit augmentation des coproduits, à commencer par les drêches, « dont la commercialisation apparait extrêmement importante pour la rentabilité de la filière » soulignait Pierre Cozanet (Inra), lors des 41e journées de la recherche porcine à Paris.
Rares données
« Ces drêches utilisées jusqu’à présent essentiellement par les ruminants deviennent disponibles pour l’alimentation des monogastriques. Cependant, la variabilité de composition de ces matières premières ainsi que le manque de connaissances de leur valorisation par l’animal compromettent leur utilisation dans les aliments » poursuivait le spécialiste. Reste que les données sur l’utilisation et les conséquences de l’incorporation de ces drêches dans l’alimentation porcine sont rares.
L’Inra, en partenariat avec d’autres instituts techniques, s’est donc lancé dans la synthèse de données sur la valeur énergétique (énergie digestible et métabolisable) et la digestibilité iléale des acides aminés des drêches de blé. La synthèse a été faite à partir des études conduites en France sur 10 drêches d’origines européennes. Objectif final : proposer des valeurs énergétiques et protéiques pour le porc ces produits en vue d’une incorporation n’affectant pas les performances animales.
La fabrication, facteur de variation
« Les drêches de blé apparaissent comme des produits originaux par rapport au blé mais également par rapport aux autres coproduits de meunerie du blé dont les caractéristiques sont fortement influencées par les procédés de fabrication » expliquait Pierre Cozanet.
Cette étude a permis de dresser le profil moyen de composition en nutriments majeurs (amidon, protéines et NDF) et en acides aminés. Elle a également permis un classement de quelques propriétés physiques comme la couleur. « Cependant, il existe une importante variabilité de ces valeurs entre produits : la teneur en lysine des protéines varie de 0,83% à 3,01%, la couleur de 43 à 63). Or, lysine et couleurs sont très liées au procédé de séchage des drêches. Les teneurs en fibres et en amidon sont également variables et varient en sens opposés. »
Ces différences expliquent donc les valeurs hétérogènes des énergies digestibles obtenues (11,82 à 16,22 MJ/kg de MS ; 13,96 en moyenne) et de digestibilité iléale standardisée de la lysine (9 à 83% ; 56% en moyenne). « Ainsi, la maîtrise du séchage des produits est primordiale pour la limiter des réactions de Maillard pouvant avoir lieu lors de sur-chauffage. »
Trois catégories
Ces problèmes peuvent cependant être résolus en tirant profit des propriétés physiques du produit, à commencer par la couleur : « elle permet en effet une séparation des produits en 3 catégories : sombre (mauvaise qualité), moyenne (qualité intermédiaire) et claire (bonne qualité) et présente en outre une corrélation avec la teneur en lysine des matières azotées ».
Ces différences de valeur nutritionnelle des drêches de blé illustrent la nécessité de mettre en place des équations de prédictions basées sur quelques caractéristiques physico chimiques des produits. La prise en compte de cette variabilité devrait contribuer à mieux raisonner l’utilisation des drêches de blé en nutrition animale. « Par la suite, il faudra affiner cette prédiction en mettant en place des relations robustes entre les données de valeur nutritionnelle mesurées in-vivo et les mesures des caractéristiques physico-chimiques des produits. Cependant, des travaux méthodologiques complémentaires sont nécessaires en amont, notamment pour l’évaluation du contenu du produit en lysine. »
Source : « Valeur nutritionnelle des drêches de blé européennes chez le porc en croissance », P. Cozannet (Inra, Arvalis), Y. Primot et L. Le Tutour (Ajinomoto Eurolysine SAS), C. Gady et P-A. Geraert (Adisseo France Sas), J-P. Métayer, F. Skiba et P. Callu (Arvalis), M. Lessire et J. Noblet (Inra), 41e JRP 3-4 février 2009, Paris.
Céline Zambujo