Comprendre le comportement alimentaire des herbivores au pâturage, passer du temps à observer les animaux s’alimenter... Cette étape, qui pourrait paraître inutile, est pourtant source d’informations précieuses pour la performance économique de l'élevage et la préservation de 'environnement. Explications.
 "On s'est aperçu qu'offrir un choix supplémentaire dans la flore de la prarie peut augmenter d'environ 10% les quantités ingérées", illustre Cécile Ginane, de l'Inra de Clermont. (© NPetit) |
Les enjeux actuels pour les élevages d'herbivores sont multiples : développer l'efficacité de la production, assurer la rentabilité des ateliers et de l’exploitation, répondre aux attentes sociétales toujours croissantes, respecter la réglementation sur le bien-être animal et la préservation de l'environnement… Aujourd’hui, rien n’est simple ! Dans ce contexte, augmenter la part de l'herbe dans l'alimentation animale et valoriser l'herbe pâturée sont des pistes à privilégier, d’autant plus face à l’augmentation du prix des matières premières.
Cécile Ginane, de l’équipe ‘Relations animal’ de l’Inra de Saint-Génès-Champenelle (63) rappele lors des rencontres 3R à Paris en décembre dernier que « le comportement alimentaire des herbivores au pâturage détermine les quantités d’herbe qu’ils ingèrent et la nature du régime qu’ils sélectionnent. Il influence donc directement la nutrition de l'animal, ses performances zootechniques, sa santé et son impact sur les couverts végétaux ».
Quand l’animal fait des choix
Dans les prairies hétérogènes, les choix alimentaires sont multiples en termes de répartition dans la prairie, disponibilité et qualité. Face à cela, les animaux font des choix en réponse aux différentes contraintes émanant du milieu et des modes de conduite du troupeau (chargement, temps d’accès au pâturage, complémentation…). Ces choix sont liés aux caractéristiques morphologiques et physiologiques de l’animal ; mais ils dépendent également de son aptitude à repérer des similitudes ou des différences entre les situations. « La compréhension du comportement alimentaire des herbivores offre alors autant de leviers d'action aux éleveurs et aux gestionnaires de milieux pour l'orienter selon les objectifs visés » reprend la spécialiste en présentant un certains nombre de résultats expérimentaux menés sur bovins, ovins et équins.
Ces observations montrent en effet que les quantités ingérées et la nature du régime ainsi sélectionné découlent directement des décisions prises par l’animal. De fait, ses performances sont donc la conséquence directe des choix qui influent donc également sur l’évolution de la prairie. « L'étude du comportement alimentaire au pâturage permet de répondre à différents enjeux de l'élevage : la nutrition de l'animal (lire), sa santé (lire) et la préservation de la diversité biologique des prairies (lire). Par ailleurs, cette connaissance va offrir des leviers d’actions aux éleveurs et gestionnaires des milieux concernés pour orienter le comportement alimentaire des animaux en fonction de leurs attentes technico-économiques, environnementales et sociales. »
Equilibré mais pas optimal
Lors de cette synthèse aux 3R, Cécile Ginane présente l’intérêt de l'éthologie, «
c'est-à-dire de l'étude du comportement animal ». Elle insiste notamment sur l’évolution du comportement alimentaire des bovins, ovins et équins au pâturage en fonction de deux cadres théoriques et non exclusifs : la théorie de l'alimentation optimale et celle des apprentissages alimentaires. «
La première considère que les animaux cherchent à maximiser leur ingestion de nutriments en minimisant les coûts de recherche et de prélèvement associés. La seconde considère qu'ils utilisent avant tout des relations de cause à effet ; comprenez qu’ils associent les caractéristiques sensorielles des aliments avec leurs conséquences digestives et métaboliques, pour développer et affiner leur connaissance de ces aliments, en les échantillonnant régulièrement. Les animaux sélectionnent alors un régime équilibré mais pas nécessairement optimal. »
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Céline Zambujo