Le contexte actuel des prix céréaliers pourrait bien précipiter la volonté de la Commission européenne de réduire les subventions à l’agriculture. Analyse et scénarios prospectifs de Vincent Chatellier, économiste à l’Inra.
 « Des écarts importants de DPU existent entre régions et entre systèmes, il faut aborder avec douceur cette question de la redistribution et cela nécessite d’être prudent dans les préconisations de l’évolution de la politique agricole », estime Vincent Chatellier, économiste à l'Inra. (© Npetit) |
Face au risque majeur d’une baisse des soutiens directs à l’agriculture, le contexte actuel des prix céréaliers pourrait bien précipiter l’accélération de la réduction des subventions européennes à l’agriculture. « Dans cette conjoncture céréalière, bénéficier des prix et des primes ne pourra pas durer 10 ans. Si les prix se maintiennent, les états membres vont entrevoir de manière différente la perspective du financement de la politique agricole à l’échelle européenne, car il y a beaucoup d‘autres projets à financer en Europe que la question agricole », prévient Vincent Chatellier, économiste à l’Inra lors des Journées Rencontres Recherches Ruminants à Paris en décembre dernier (*).
Dans l’intérêt de l’élevage, le chercheur estime qu’il faut pratiquer en France une certaine forme de mutualisation pour redonner du sens au soutien public dans un premier temps. « Cette mutualisation ne doit pas s’opérer à l’échelle des régions mais à l’échelle de la nation avec une redistribution de ces soutiens via le développement rural et via des revalorisations de prime qui existent déjà et qui redonnent de la force aux soutiens publics à l’agriculture. »
La politique agricole commune sera modifiée rapidement. Actuellement elle fait l‘objet d‘une évaluation «bilan de santé» et les décideurs publics n‘auront pas 5 ans pour se décider, soit vers une baisse, soit une réorientation des aides.
Le découplage total des aides aurait un effet très fort pour les bovins viande spécialisés, qui en l’état actuel du dispositif français touchent 14.000 € seulement de paiement unique par exploitation. Ils passeraient aux alentours de 30.000 €, soit un rapport du simple au double pour les 40.000 exportations bovins viande spécialisées françaises.
« Des écarts importants de DPU existent entre régions et entre systèmes, il faut aborder avec douceur cette question de la redistribution et cela nécessite d’être prudent dans les préconisations de l’évolution de la politique agricole », estime Vincent Chatellier. « Les intérêts des différentes catégories d’exploitation ne sont absolument pas les mêmes. Il y aura des choix très clairs à opérer. Peut-on faire un découplage total de toutes les primes, et si on accepte, quel type de mutualisation opère-t-on et avec quelle intensité ?»
Uniformisation du DPU à l'hectare
« Le plafonnement à 100.000 € des aides par exploitation, tel que proposé par la commission aurait un effet redistributif extrêmement faible à l’échelle nationale, mais plus fort au Royaume uni et en Espagne», poursuit l’économiste. « Sur la piste du transfert des soutiens au bénéficie du développement rural, les effets de levier peuvent être importants sur l’élevage, selon les facteurs de redistribution. Le recours accentué au découplage est une vraie question qui renvoie aux justifications données au maintien du découplage partiel dans un certain nombre de secteurs. »
« Le passage au découplage total est une condition sine qua non à une avancée vers une plus forte mutualisation du DPU ce qui renvoie à la question d’un éventuel zonage de l’action de la politique agricole demain, notamment au profit des zones de montagne. Ce découplage total pourrait s’imposer comme solution si nous écoutions les préconisations de la Commission européenne. »
« Je suis assez dubitatif sur les moyens de parvenir à court terme à l’uniformisation du DPU à l’hectare, parce que les enjeux économiques sont importants dans des exploitations. Nombreuses sont celles qui ont beaucoup investi sur un espoir à court terme de rentabilité.»
« Par ailleurs, Il ne me semble pas que le découplage total des primes animales dont la Pmtva soit justifié parce que les raisons qui avaient présidé à ce couplage sont toujours valides. Il faut bien distinguer l’intensité des soutiens des modalités d’attribution et ne pas au nom de l’un ou l’autre justifier l’action sur les deux. »
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Source « Les soutiens directs aux exploitations d’herbivores en France : évolutions passées et scénarios prospectifs », Vincent Chatellier, Institut national de la recherche agrnonomique, Lereco, Nantes, Journées Rencontres recherches ruminants, décembre 2007, Paris.
Nathalie Petit