Chez Murielle et Didier Potiron (44)« Un champ d'éoliennes met à mal notre santé et celle de notre troupeau »

| par Cécile Julien | Terre-net Média

Pour Murielle et Didier Potiron, éleveurs à Nozay (44), l'installation de huit éoliennes à proximité de leur ferme a tourné à la catastrophe. La santé des animaux se dégrade, comme celle des éleveurs. Les experts reconnaissent ces problèmes sans pour autant en comprendre l'origine.

Depuis 6 ans, Didier et Murielle Potiron se battent pour faire reconnaitre les préjudices causés à leur élevage par un champ d’éoliennes.Depuis six ans, Didier et Murielle Potiron se battent pour faire reconnaître les préjudices causés à leur élevage par un champ d’éoliennes. (©Cécile Julien)

« J’espère que d’ici cet été on y verra plus clair, qu’on aura enfin des réponses sur les problèmes que nous rencontrons ». Depuis six ans, Murielle et Didier Potiron, éleveurs à Puceul (44), ont vu s’accumuler les problèmes de santé. D’abord pour leur troupeau, 90 Normandes et des Charolaises, avec une augmentation du taux de cellules dans le lait, des problèmes aux vêlages, de nombreux veaux mort-nés, des vaches aux pattes inflammées.

Le tout a d’importantes conséquences financières. « Nous avons des pénalités sur la qualité du lait, une perte de 50 000 litres de production annuelle, chiffre Murielle Potiron. On perd 50 bêtes par an alors que, au regard de la taille de notre cheptel, ça devrait être 10 à 15 ». Leur propre santé s’est même détériorée : les problèmes d’épilepsie de Murielle se sont aggravés, les exploitants ressentent fatigue et maux de tête inexpliqués.

Les problèmes ont commencé peu de temps après la mise en service d'un champ d'éoliennes.« Des problèmes, dans un élevage, il y en a toujours. Mais face à leur augmentation, en 2014, nous avons demandé à notre vétérinaire de tout vérifier », retrace Murielle Potiron. Recherches de maladies, analyses de fourrages, tests sur l’eau, aucune anomalie n’est trouvée. « Un autre vétérinaire est venu voir nos animaux, il a évoqué un lien possible avec des courants électriques. Et là, ça a fait tilt », explique l’agricultrice. Les éleveurs se souviennent que les problèmes ont commencé peu de temps après la mise en service d’un champ d’éoliennes, dont la plus proche est à 600 mètres de la stabulation.

Problèmes de courants parasites en élevage bovin laitier à cause d'éoliennesMoins de 600 mètres séparent la stabulation de la première éolienne. De la cour de la ferme, on entend le souffle des pâles. (©Cécile Julien)

Une collègue confrontée aux mêmes problèmes, ainsi que d’autres riverains du parc éolien, confirment leurs craintes. « Pourtant ces éoliennes, nous n’étions pas contre, reconnait Murielle Potiron. Nous trouvions ça bien de développer une énergie verte. » D’ailleurs, les exploitants ont donné leur accord pour que l’une des huit éoliennes soit installée dans un de leurs champs. Sauf que depuis leur mise en service en juin 2013, la santé et les performances du troupeau se dégradent.

Pourtant ces éoliennes, nous n’étions pas contre. Nous trouvions ça bien de développer une énergie verte.

Pour faire reconnaître leurs préjudices, les éleveurs déposent, en septembre 2014, une plainte en préfecture contre le site éolien. « Suite à cette plainte, des expertises avec le Groupement permanent pour la sécurité électrique (GPSE) ont été conduites. Mais, il a fallu trois ans et que nous prouvions qu’il n’y avait pas de maladies, pas de mauvaises pratiques de notre part pour que l’administration nous prenne au sérieux. » Depuis, le ministère de l’environnement a débloqué une enveloppe de 30 000 € pour les investigations et un arrêté préfectoral a acté un protocole de recherche qui est toujours en cours. « Toutes nos investigations ont montré qu’il y avait bien concomitance entre la mise en service du parc et des troubles indiscutables, confirme Claude Allo, président du GPSE(1). Mais pour l’instant, rien de ce qui est possible de mesurer n’a donné d’explication sur la raison de ces perturbations ».

Courants parasites, failles d'eau, champs électromagnétiques : Toujours pas d’explications

Comme le point de départ des problèmes de santé était trouvé, on aurait pu penser qu’il serait facile d’en trouver la cause, et donc une parade. « Cela fait quasiment six ans que les experts se succèdent, que la ferme est analysée sous toutes les coutures, que l’on doit prouver que nous faisons bien notre travail », avoue fatiguée Murielle Potiron. La dernière étude en cours est celle d’Oniris, l’école vétérinaire de Nantes, pour analyser le comportement des vaches. « Nous, on voit bien qu’il y a des endroits qu’elles ne fréquentent pas, notamment celui du robot de traite, souligne Didier Potiron. Il y a des intervalles de traite de 17 ou 18 h, comme si les vaches attendaient vraiment de ne plus en pouvoir pour y aller. Alors qu’on passe les pousser régulièrement, le nombre de traites moyennes n’est que de 1,7. Dans les autres élevages, c’est toujours plus de 2. »

Lorsqu'il y a eu une coupure des éoliennes, les résultats au robot se sont améliorés : + 2,7 % de production, + 160 % de passages, - 43 % de décrochages intempestifsDes géobiologues ont confirmé la présence de circulation d’eau sous le bâtiment. « Il y a un croisement de deux failles d’eau sous le robot », précise l’éleveur. Cette circulation d’eau se fait dans un sous-sol riche en étain et en fer. Abbaretz, la commune voisine de Puceul, a vécu d’une mine d’étain jusque dans les années 50. La production électrique des huit éoliennes est transférée par un câble enterré de 20 000 volts. Est-ce que, dans un tel environnement, les éoliennes génèrent des courants parasites, des champs électromagnétiques, des systèmes infra-sons ? La seule façon de prouver cet impact serait d’arrêter les éoliennes. C’est arrivé une fois. « En février 2017, il y a eu une coupure accidentelle pendant quatre jours, retrace Didier Potiron. On ne le savait pas mais on s’en est douté quand on a vu les résultats du robot : + 2,7 % de production, + 160 % de passages, - 43 % de décrochages intempestifs. On a fait passer un huissier pour constater l’impact de cette mise hors tension. »

Appliquer un principe de précaution et en tirer les enseignements

Face à l’accumulation des problèmes, les exploitants demandent soit l’arrêt du champ d’éoliennes, soit la délocalisation pour les deux exploitations concernées, ainsi que les particuliers. « Nous serions prêts à partir pour mieux vivre, reconnait Murielle Potiron. Les rares fois où l’on part en vacances, nos problèmes de santé s’arrangent. Mais comment faire, on ne peut pas vendre à un autre éleveur avec tous ces problèmes. Sans vente, il n’y a pas de réinstallation possible ». Or, à ce jour, il n’existe pas de mesures législatives d’accompagnement, pas de possibilité de faire valoir un principe de précaution.

Nous serions prêts à partir mais on ne peut pas vendre, il n'y a pas de réinstallation possibleAu-delà leur problème personnel, Murielle et Didier Potiron veulent aussi que ce qui leur arrive permette de tirer des enseignements pour tous les éleveurs concernés par un projet de parc éolien, de centrale photovoltaïque. « Faites réaliser par des personnes compétentes et neutres, un point zéro de la situation de votre élevage, avec un état des lieux électrique, zootechnique et sanitaire pour avoir des preuves de la situation d’avant et objectiver d’éventuelles dégradations », conseille Claude Allo.

Le GPSE ne se prononce pas sur une distance de sécurité entre les installations électriques et les élevages car « trop de paramètres entrent en compte, comme la nature du sous-sol. » Le GPSE souhaite aussi que les difficultés rencontrées par Murielle et Didier Potiron permettent de faire progresser les précautions autour des nuisances électriques. « Des cas existent mais nous n’arrivons pas toujours à les expliquer, donc à apporter de solutions, reconnait Claude Allo. Par exemple, pour les courants parasites on connait les seuils de perception, de dangerosité, on sait les traiter. Pourtant dans les exploitations où l’on suspecte qu’ils sont à l’origine de troubles, dans 2 cas sur 10 on n’en comprend pas l’origine. » Le président du GPSE reconnait un important besoin de recherche fondamentale sur ces sujets des perturbations électriques, pour les comprendre, objectiver les troubles causés, apporter des parades. Il faudrait également prévoir un accompagnement, technique et financier, pour les éleveurs confrontés à ces problèmes.

(1) : Le Groupement permanent pour la sécurité électrique en milieu agricole (GPSE) est une association fondée par les ministères de l’agriculture, de l’environnement et de l’énergie, l’Assemblée permanente des chambres d’agriculture, Réseau transport d’électricité et Électricité réseau distribution France et rejoint par France énergie éolienne (FEE), le Syndicat des énergies renouvelables (SER) et la Confédération nationale de l’élevage (CNE). Le GPSE apporte une expertise indépendante.


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DÉJÀ 17 RÉACTIONS


steph72
Il y a 116 jours
Pour ceux que ça intéresse il y a une cagnotte en ligne leetchi pour une association d'eleveurs victimes des ondes magnétiques l'ANAST ( Animaux sous haute tension)
Ce combat aidera la cause des électrosensibles par la suite

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mjr
Il y a 136 jours
Je lis tous vos commentaires, ils sont très vrais et très compréhensibles par la population. PARTAGER VOS INFOS AVEC LES CONSOMMATEURS. N'attendez pas que quelconque syndic ou groupement le fasse pour vous. Nous sommes nous paysans nos meilleurs communicants
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jean
Il y a 137 jours
Les GDS ont ils été saisi du problême et agissent ils?.Il faut que ce soit eux qui montent au créneau pour la Profession.La disparition des éleveurs et des agriculteurs est un problême plus grave et plus important que la biodiversité où la moitié des espèces qui disparaissent on ne les as pas encore découvert d'apres les ONG a la radio. .Nous sommes méprisés par tout ces penseurs escrologues(escroc-écolo...)qui pilotent un très grand nombre de listes aux Européennes
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MM50
Il y a 139 jours
Le plus grand parc éolien de la Manche : Montbray-Margueray ; Son coût, les travailleurs détachés irlandais, les transports Polonais, ce que l’intercom Villedieu-Percy coopte chaque année...Tout sur www.ouest-france-fr et wwwManagéo. Montbray-Margueray Énergie.Centrale éolienne de Montbray- Margueray . On disposé actuellement de 9000 éoliennes sur le territoire Français et le gouvernement veut passer à 24000 . Les paysans vont devenirs des volticulteurs.Tuerie de chauves souris, chouettes et perturbateur entraînant la mort des abeilles par infrasons. Bonne Lecture. Projet d’agrandissement de ce parc sur la commune voisine:Montabot. ( www. ouest-france.fr) au total 13 Éoliennes sur 3 communes .
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Terminé
Il y a 140 jours
C'est la preuve de la continuité du mépris et de l indifférence des pouvoirs publics. L agriculture ne peut plus se défendre de rien.. Pour la soit disant modernisation, du changement climatique, des usines de déchets qui ont anéantis des zones agricoles,.. L urbanisation..
L agriculture fait les frais de tout cela.. Trop facile... Par contre on va la critiquer de tout bord dans sa façon de faire de pratiquer.. Une honte.. Tout cela... Scandaleux... Vivement que la société meurt de faim...
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pb87520
Il y a 141 jours
il y a des éleveur qui ont possibilité de s installer aux plus vite pour avoir a faire dans la ferme les plus jeune éleveur sont prit d asseaux pour se faire une bonne exploitations comme celle de ses précédent éleveur mais bon a par ça leur matériel ne fonctionnera pas certe comme celle des autre paysans
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steph72
Il y a 139 jours
Et la le danger est bien plus grand que le glyphosate,on accuse les pesticides pour la biodiversité mais jamais des ondes electromagnétiques du aux antennes relais,aux eoliennes…..
Si ça a un effet sur les animaux d'elevage,il y en a aussi chez les autres animaux!

IL n'y a pas que ces eleveurs qui sont victimes mais ils sont ruinés,arrété l'elevage,ou le métier.
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mouton
Il y a 137 jours
Dans votre commentaire vous pouviez ajouter quenos animaux attendent la présence du loup a proximité pour être plus heureux!le glyphosate utilisé correctement ne fait aucun problême.Si on le boit comme un sirop ou un vin alors attention mais avec un autre produit même bio cela poserait aussi Problême.L'argent que paye les avocats Américains pour avoir des témoignages véreux devraient nous faire ouvrir les yeux.
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jpland
Il y a 139 jours
Exact . Combien d'années a t'il fallu pour qu'enfin on commence à reconnaitre les dégâts du glyphosate
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steph72
Il y a 142 jours
il y a des eleveurs victimes qui se sont réunis en association pour se défendre;
Ils vont porter plainte devant le tribunal….
On sait pourquoi rien ne bouge parce que chez les animaux il n'y a pas d'effet placebo et si c'est prouvé ,il y a aura un nouveau scandale sanitaire..
Et la tout le monde est concerné ruraux comme urbains;
On met des antennes relais sur des chateaux d'eau,près des ecoles;
Des enfants ont des problemes de concentrations;
Pour la 5G l'armée l'a abandonnée car ça affaiblissait les soldats.

Le mépris il est aussi du coté des opérateurs telephone,enedis,les exploitants d'eoliennes qui prennent les ruraux de haut notemment ceux qui ont des problemes;
Syndicalement il n'y a rien,et pourtant il y a de plus en plus d'eleveurs impactés.
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