Gaec Lombardot (25)« Soigner autrement le troupeau pour être en accord avec soi-même »

| par Trame | Terre-net Média

Isabelle et Xavier Lombardot élèvent une quarantaine de Montbéliardes dans le département du Doubs. Après une véritable remise en question, ces producteurs de lait à Comté sont passés des traitements systématiques et préventifs sur leur troupeau aux médecines complémentaires. Après s'être formée à l'homéopathie, à l'aromathérapie et même à l'ostéopathie et aux massages, Isabelle se sent aujourd'hui « plus en accord avec ses valeurs de respect de la nature, de l'animal, et l'envie de ne plus utiliser de la chimie partout. »

Ce fut un véritable déclic pour Isabelle : « Je voulais changer notre façon de soigner. » L'éleveuse a alors suivi plusieurs formations et soigne désormais son troupeau de Montbéliardes de façon plus naturelle.Ce fut un véritable déclic pour Isabelle : « Je voulais changer notre façon de soigner. » L'éleveuse a alors suivi plusieurs formations et soigne désormais son troupeau de Montbéliardes de façon plus naturelle. (©Terre-net Média) « L’exploitation produit du lait à Comté et, depuis toujours, notre attention est centrée sur le troupeau. Elle fonctionnait de manière traditionnelle jusqu’en 1998 : nous faisions beaucoup de traitements préventifs avec le vétérinaire : vaccination systématique, piqûres pour les fièvres de lait, si une vache tombait malade, on appelait le vétérinaire. Les animaux n’étaient pas moins malades. On faisait confiance au vétérinaire et on ne se posait pas de question. À l’école, ni Xavier ni moi n’avons entendu parler de médecines alternatives. Les traitements n’empêchaient pas les problèmes sanitaires sur le troupeau. C’était décourageant. »

L'exploitation :
Aubonne, Doubs
76 ha - 100 % herbe
40 vaches laitières Montbéliardes (90 - 100 bêtes en total), AOP Comté
Les hommes et les femmes qui y travaillent :
Isabelle et Xavier sont en Gaec et travaillent à plein temps sur l'exploitation agricole. Depuis mars 2017, ils ont salarié leur fille à 20 %. Ils pratiquent l'entraide un dimanche soir sur 2 avec un autre couple.

Les changements

Isabelle et Xavier Lombardot, éleveurs laitiers du DoubsIsabelle et Xavier Lombardot, éleveurs laitiers du Doubs (©Trame) « Le déclic m’est venu après la naissance de mon 2e enfant. Tous les mois, il était sous antibiotiques. Un jour, en sortant de chez le médecin, j’étais énervée, je voulais changer notre façon de soigner. J’ai suivi une formation homéopathie organisée par le Cetaf de Pontarlier avec le GIE Zone Verte en 2000. L’homéopathie est difficile à utiliser, j’avais de bons résultats sur certaines maladies mais pas sur tout : l’arrêt des antibiotiques aux tarissements ou les mammites, ça fonctionnait, mais pas sur les panaris. »

 

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« Avec le GAD 25, j’ai suivi une formation sur l’utilisation des huiles essentielles pour la santé humaine avec un pharmacien et j’ai commencé des essais sur la famille, puis sur les animaux. J’ai suivi d’autres formations (Obsalim, aromathérapie) avec mon groupe et je perfectionnais mes essais. Après ces formations, je ne regardais plus de la même façon les animaux et j’avais une autre relation avec les bêtes. Ce qui m’a confortée dans ces changements, c’est une prise de conscience, renforcée par l’effet du réseau des groupes : l’AG de la FRGeda Franche-Comté, en 2012, portait sur le thème de l’antibiorésistance. Le médecin qui intervenait disait que dans 50 ans, on ne pourrait plus soigner une gastroentérite. Ça m’a fait réfléchir, j’ai continué à chercher à soigner autrement mon troupeau. »

Je me sens plus en accord avec mes valeurs de respect de la nature, de l’animal, l’envie de ne plus utiliser de la chimie partout.

« Les échanges sur la santé du troupeau dans les groupes nous ont amenés à revoir l’alimentation : en donnant moins de concentré aux vaches, surtout en fin de lactation, nous n’avons pas de différence de production depuis 10 ans ! Si les traitements en aromathérapie restent chers, on gagne sur l’économie de concentré, certaines pratiques comme le tarissement avec l’homéopathie ramènent le coût de 15 à 20 €/VL à 2 ou 5 € pour 10 VL ! Mais je dirais que ce ne sont pas ces économies qui me font changer : c’est quoi 1 000 € sur une ferme ? Je constate qu’en faisant comme ça, je me sens plus en accord avec mes valeurs de respect de la nature, de l’animal, l’envie de ne plus utiliser de la chimie partout. Je me sens plus autonome dans la prise de décision, j’acquiers des compétences et c’est très satisfaisant. »

Les difficultés rencontrées et les solutions

« Au début, le plus dur, c’est sans doute de gérer la peur : si le tarissement rate, il y a des risques de mammite, ce sont des frais, des cellules, un prix de lait en baisse et même la perte d’une bête. La pression de l’entourage est forte, même entre Xavier et moi : "T’as intérêt que ça marche !". Tout le monde te fait peur : "Si tu fais ça, ça ne soigne pas, ça ne sert à rien !". On m’appelait "la sorcière d’Aubonne" ou encore "tu veux passer en bio ?!". Il y a des a priori, du scepticisme, je me sentais sous observation mais je n’étais pas gênée. Parfois, je ne sais pas trop où je vais, j’ai des doutes. J’essaie quand même et je sollicite du soutien : le pharmacien avec qui j’ai fait les formations, les collègues agriculteurs et Xavier. Je suis tellement convaincue que c’est la bonne voie ! »

C’est rassurant d’avoir la caution d’un professionnel.

« Maintenant, je n’utilise plus d’antibiotique au tarissement, même quand j’ai un niveau élevé de cellules. Nous avons peu de casse. Il faut bien sûr partir avec un troupeau sain dans ce type d’expérimentation. Avec de gros problèmes sur le troupeau, il ne faut pas tout changer. Au début, j’ai fait un essai de traitement sur 10 vaches, comme ça a marché, j’ai passé tout le troupeau. C’est ainsi que nous sommes passés de 100 % antibiotique à 0 au tarissement. J’ai l’habitude de tout préparer : j’ai un cahier, des porte-vues, je note les protocoles, ce qui marche. J’ai les huiles essentielles, le matériel pour les préparations (pipettes, compte-gouttes). Je peux compter sur le pharmacien pour l’aide à la préparation, les bonnes doses. C’est rassurant d’avoir la caution d’un professionnel. »

Les sources d'information

Je fais beaucoup de formations : homéopathie, aromathérapie, ostéopathie, massage... Dès que j’ai une question, un doute, je sollicite le pharmacien de Gilley qui soutient et encourage, les vétérinaires du GIE Zone verte, j’appelle les collègues agriculteurs. Je lis des revues, des livres sur l’aromathérapie, l’homéopathie.

L'apport du collectif

« J’aime échanger avec mon groupe local, le GAD 25. Je suis trésorière de la FDGeda du Doubs et dans les CA, on aborde ces questions. Quand un groupe fait une formation sur la santé du troupeau, ça motive les autres à en faire. Je participe au groupe d’échange "santé du troupeau et médecines alternatives" lancé par Trame. Ça permet d’échanger avec d’autres éleveurs, d’avoir de l’information. Les journées d’échange en région organisées par la FRGeda renforcent les liens, permettent de mieux se connaître, de revenir aux fondamentaux en échangeant nos pratiques. Xavier est membre du GIEE Herbe@venir qui travaille sur l’amélioration des prairies, ce qui contribue aussi à la santé du troupeau. »

Les bénéfices :
- Je me sens en accord avec moi-même.
- Je me sens plus autonome : j’observe mon troupeau, je prends les décisions de traiter ou pas, je prépare les remèdes, c’est une satisfaction.
- Je renforce mes compétences. Par rapport à ce savoir qui se construit, il y a de la légitimité : les sceptiques reviennent sur leur position et utilisent l’homéopathie comme ce voisin dont la vache est guérie par une préparation d’huiles essentielles.
- Le gain économique avec moins de frais sur la santé du troupeau, un transfert de l’autonomie et la prise de décision sur l’alimentation, la gestion des prairies avec le GIEE Herbe@venir.

La perception du métier aujourd'hui :
- Nous sommes éleveurs laitiers, nous produisons un produit de qualité, le Comté, pour nourrir la population. Nous nous sentons en harmonie avec la nature, le produit que nous fabriquons, sans antibiotiques lorsque ce n’est pas indispensable, sans effets secondaires qui détraquent la nature.
- Notre démarche contribue à une bonne image de l’agriculture au niveau professionnel et au niveau personnel, si les animaux sont en bonne santé, je me sens bien, j’ai l’esprit libre et du temps pour faire autre chose : me former, partir en vacances !
- Je veux continuer à chercher, à échanger avec d’autres agriculteurs, à progresser, à être en veille car pour moi, je n’aurai jamais fini !

Et si c'était à refaire...
Je n’ai aucun regret sur la façon dont ça fonctionnait avant. Ce que je fais aujourd’hui me correspond mieux et me satisfait entièrement. J’aurais aimé avoir des vétérinaires formés aux médecines alternatives... Et en même temps, je me dis que cela ne nous aurait pas incité à comprendre, à apprendre, à améliorer nos compétences ! Une législation plus claire sur les médecines alternatives et les mettre au programme de la formation initiale, ce serait top !
Ils sont 17 agriculteurs, agricultrices ou salariés agricoles à témoigner de leur transition vers l'agro-écologie dans un recueil publié par l'association Trame. Santé du troupeau, méthanisation, agriculture de conservation des sols, circuits courts... À leur façon, ils veulent changer leurs pratiques agricoles et reviennent dans ces témoignages sur les conditions de réussite, les bénéfices et les difficultés de leurs projets. Ils mettent surtout en lumière la force puisée dans les collectifs auxquels ils appartiennent. Le recueil « Sur les chemins de l'agro-écologie » est consultable gratuitement.

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