Médecines alternativesPenser la santé du troupeau autrement

| par Trame | Terre-net Média

Homéopathie, aromathérapie, acupuncture, ostéopathie... la palette des médecines alternatives est vaste et les motifs de leur utilisation en élevage variés. Si, pour certains éleveurs, cela s'inscrit dans une réflexion globale autour du bien-être humain et animal, pour d'autres ce sont les enjeux environnementaux, l'orientation vers un système d'agriculture biologique, la lutte contre l'antibiorésistance, les possibilités de traitements préventifs et/ou précoces, qui les ont incités à penser la santé de leur troupeau différemment. Avec un objectif final partagé : retrouver de l'autonomie dans leur métier d'éleveur.

Voyage d’étude de la FRGeda Franche-Comté.Voyage d’étude de la FRGeda Franche-Comté. (©Jérôme Loan)

Les médecines alternatives, également appelées médecines douces ou traditionnelles, regroupent pas moins de 400 pratiques thérapeutiques qui se définissent d’abord par opposition à la médecine conventionnelle occidentale, encore qualifiée d’allopathique. L’engouement pour ces médecines ces dernières années est en partie lié à une prise de conscience, chez le grand public, de la complémentarité qu’elles offrent, notamment quand elles sont utilisées en prévention ou en supplément des traitements allopathiques.

Le soin par les plantes

Considéré comme plus respectueux de l’environnement, l’usage de ces médecines s’est développé dans les élevages en parallèle de l’essor de l’agriculture biologique. Le cahier des charges des éleveurs « bio » présente en effet « de fortes restrictions dans l’utilisation des médecines conventionnelles, dans un souci de respect de l’environnement (relargage de résidus dans la nature, procédés de synthèse de molécules coûteux en énergie…) mais aussi pour protéger la santé publique (absence de molécule de synthèse dans les produits d’origine animale, limitation de l’apparition d’antibiorésistance…)1 ».

De fait, de plus en plus d’éleveurs s’intéressent actuellement à ces pratiques, en agriculture biologique et conventionnelle, et trois techniques thérapeutiques sont particulièrement usitées dans les élevages : l’homéopathie, la phytothérapie et l’aromathérapie, cette dernière étant une branche de la précédente. Ostéopathie et acupuncture se développent aussi mais plus lentement, ces pratiques nécessitant « une certaine coopération de l’animal, ce qui est souvent difficile à obtenir de la part des bovins2 ».

Quelques précisions sur les médecines alternatives les plus pratiquées en élevage3

L’homéopathie

Formulée par Samuel Hahnemann, médecin saxon, en 1796, la médecine homéopathique est régie par trois grands principes :

  • La similitude : administration de la substance provoquant chez un individu sain les symptômes présents chez l’individu malade.
  • La globalité : l’individu doit être considéré dans son ensemble.
  • L’infinitésimalité : dilution de la substance initiale de façon répétée.

Il existe plusieurs méthodes d’utilisation de l’homéopathie :

  • Uniciste : administration d’un seul remède. Cela suppose de rechercher le similimum (remède correspondant à la totalité des symptômes exprimés par le malade), ce qui est compliqué en médecine vétérinaire, l’animal ne pouvant exprimer ses ressentis. L’observation globale de l’animal est donc primordiale.
  • Pluraliste : prescription de plusieurs médicaments unitaires à un même patient.
  • Complexiste : prescription d’associations composées de plusieurs unitaires homéopathiques appelées complexes. 

La phytothérapie

La phytothérapie est l’utilisation de végétaux ou de préparations à base de plantes pour traiter ou prévenir une pathologie. Les formes de préparation sont variées : extraits, comprimés/gélules, pommades, teintures mères, plantes en vrac… L’administration peut être par voie orale ou externe.

Elle agit principalement sur les fonctions biologiques, les plantes médicinales ayant leurs propriétés propres et étant en général associées à un appareil (respiratoire, urinaire, etc.).

Après détermination de la pathologie et décision d’utilisation de la phytothérapie, le thérapeute formule un complexe phytothérapique correspondant à tous les traits de la pathologie. En ce sens, il s’agit d’une démarche allopathique (cherchant à produire les effets contraires aux symptômes).

L’aromathérapie

L’aromathérapie est l’utilisation d’huiles essentielles végétales à des fins thérapeutiques. Les huiles essentielles sont des liquides dans lesquels sont concentrés les composés aromatiques volatiles d’une plante, obtenus essentiellement par distillation à la vapeur.

L’aromathérapie peut être utilisée dans une approche holistique ou dans une approche allopathique, comme la phytothérapie. La première méthode est plus complexe car elle implique une approche « globale » de l’animal. La seconde consiste en la prescription d’une ou plusieurs huiles essentielles (HE) en fonction de la pathologie détectée. L’administration peut être réalisée par voie cutanée ou orale, après dilution si nécessaire.

La lutte contre l’antibiorésistance

Le choix de pratiquer les médecines alternatives résulte en partie d’un refus d’utiliser les antibiotiques, lié à une prise de conscience du développement de l’antibiorésistance dont les conséquences en termes de risques sanitaires sont encore peu connues. Cette problématique a émergé dès la fin des années 1990, mettant l’accent sur « le risque de perte d’efficacité de médicaments dont l’usage est partagé entre hommes et animaux »4. En élevage, les antibiotiques sont utilisés sous quatre modalités différentes :

  • En curatif, c’est-à-dire en traitement de la maladie déclarée.
  • En métaphylaxie, c’est-à-dire en administrant un même remède à un groupe d’individus soumis au même agent contaminant.
  • En préventif, c’est-à-dire en traitant les animaux en situation de risque potentiel.
  • En usage zootechnique, c’est-à-dire en additifs alimentaires. Cette modalité est interdite dans l’Union Européenne depuis 20065.  

La consommation d’antibiotique est particulièrement élevée dans les élevages intensifs, où les conditions de concentration des animaux sont favorables à une dissémination rapide des bactéries. Si le recours aux antibiotiques, notamment dans ces élevages, « a indéniablement conduit à la résolution de problèmes sanitaires, […] au fil du temps, la banalisation de leur usage a contribué au développement de phénomènes d’antibiorésistance »6. Celle-ci peut se définir comme la tolérance par une bactérie de concentrations d’antibiotiques supérieures à celles de la population normale de son espèce bactérienne. En France, le réseau Resapath7 a pour mission de surveiller l’antibiorésistance des bactéries pathogènes animales, en lien avec l’Agence nationale du médicament et des produits de santé, et dans une démarche mondiale avec l’Efsa (European food safety authority), l’ECDC (European center of disease control) et l’Organisation mondiale de la santé (OMS).

Schéma représentant les mécanismes de résistance d'une bactére à un antibiotiqueSchéma représentant les mécanismes de résistance d'une bactére à un antibiotique (©Trame)

Pour faire face à cet enjeu, le ministère de l’agriculture a lancé le Plan antibiorésistance 2012-2017, qui prévoit « un usage prudent et raisonné des antibiotiques »8 mais n’autorise pas spécifiquement la possibilité d’utiliser des médecines alternatives types homéopathie ou phytothérapie. Pourtant les avantages de ces médecines par rapport à la médecine conventionnelle, en particulier sur la question de l’antibiorésistance, semblent bien réels.

Dans son apport paru en septembre 2015, le Docteur Jean Carlet, président de l’Alliance mondiale contre la résistance aux antibiotiques, rappelle qu’« en France, chaque année, plus de 150 000 patients développent une infection liée à une bactérie multi-résistante et plus de 12 500 personnes en meurent »9 et que, s’il est urgent de réduire la consommation humaine d’antibiotiques, la question de leur utilisation en élevage et celle de l’impact écologique de la dispersion de résidus de médicaments dans l’environnement est également pressante. En effet, « la pollution des différents réservoirs de vie par les activités humaines (anti-infectieux, métaux lourds, intrants agricoles chimiques, etc.) favorise la sélection des résistances dans les milieux naturels agressés »10.

L’autonomie de l’éleveur

Pour les éleveurs, la décision de penser la santé du troupeau autrement que par le biais des antibiotiques peut résulter de divers facteurs, dont ceux cités précédemment. Elle peut également résulter d’une culture personnelle, ancrée dans des traditions familiales.

Jean-François Forien est éleveur de bovins dans le Doubs, producteur de lait en AOP Comté. Sa sensibilité et son intérêt pour les méthodes alternatives lui viennent « du côté des femmes de la famille, ma mère, mes sœurs… mon père était le champion de la piqûre, explique-t-il. J’ai commencé petit à petit, en démarrant les méthodes alternatives sur les veaux avant de passer aux vaches laitières. » Jean-François a une approche plus préventive que curative avec son troupeau et il intègre une recherche d’équilibre globale du sol à l’alimentation du troupeau.

Cette approche est celle de nombreux éleveurs, qui souhaitent (re)trouver l’autonomie de décision et de gestion de leur troupeau.

Laurent Baudoin, également éleveur de vaches laitières en lait AOP comté dans le Jura, partage la même philosophie : « tendre au maximum vers l’autonomie, de production comme de décision, en produisant le lait avec le fourrage de la ferme, et avoir de bonnes conditions de travail et de vie, en cohérence avec mes valeurs ». Cela se traduit par une observation constante du troupeau et des interventions minimisées au maximum. Formé à l’homéopathie avec le GIE Zone Verte11, Laurent Baudouin privilégie cette pratique et, comme il le dit « avec l’homéopathie, comme je sais que cela fonctionne plutôt bien, j’attends. Parfois, ça fait peur d’attendre que les symptômes s’expriment mais je ne donne pas d’antibiotiques. »

L’approche globale est donc le maître mot de ces éleveurs qui envisagent leur métier dans toutes ses dimensions, en commençant bien souvent par eux-mêmes puisque, renchérit Laurent Baudouin : « si je vais bien, en général mes vaches vont bien ».

Un réseau national « Santé du troupeau » animé par Trame 

Depuis plus d’un an, Trame anime un réseau national qui rassemble des éleveurs, vétérinaires, conseillers intéressés par ces problématiques. Basé sur des échanges de mail invitant les uns et autres à poser des questions et à répondre à celles qui leur sont soumises, l’objectif de ce réseau est d’abord de développer l’échange de pratiques et d’expériences entre éleveurs. Cette mise en contact favorise l’inter connaissance, facilite la prise de contact en direct et permet de capitaliser et valoriser les actions portées par les groupes. Parce que si la santé du troupeau se pense d’abord individuellement mais se réfléchit et se conforte bien souvent collectivement. Pour en savoir plus, cliquez sur : Santé du troupeau et médecines alternatives.

Rédaction : Yasmina Lemoine, Trame, pour la revue Travaux & innovations.

N.B : 1. JEUNE D. 2011. Pratiques de médecines alternatives en élevage bovin français. Thèse de doctorat vétérinaire, Vetagro Sup, Campus universitaire de Lyon, p. 11 2. Ibid. p. 11 3. Source : JEUNE D. 2011. Pratiques de médecines alternatives en élevage bovin français. Thèse de doctorat vétérinaire, Vetagro Sup, Campus universitaire de Lyon, p. 13 et s. ISSAUTIER Marie Noëlle, Vétérinaire expert consultant en homéopathie. 4. Les antibiorésistances en élevage : vers des solutions intégrées - Analyses - centre d'études et de prospective - n°82 - Septembre 2015 5. Ibid 6. Ibid 7. Resapath : Réseau d'épidémiosurveillance de l'antibiorésistance des bactéries pathogènes animales : https://www.resapath.anses.fr/ 8. http://agriculture.gouv.fr/sante-et-protection-des-animaux-ecoantibio-lutte-contre-lantibioresistance 9. Rapport du groupe de travail spécial pour la préservation des antibiotiques - Tous ensemble sauvons les antibiotiques - Rapporteurs : Dr Jean CARLET et Pierre LE COZ - Juin 2015. 10. Ibid. p. 4 11. http://www.giezoneverte.com/

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DÉJÀ 1 RÉACTION


alunalautre
Il y a 13 jours
Merci de m'en dire plus sur TRAME,
-qui est à l initiative?
- quelle est la finalité?
Si l objectif est de partager des expériences et des infos, le but est intéressant.
Merci
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