[Reportage] Ferme des 1 000 vaches (2/3)Pas de « bobologie » individuelle à grande échelle

| par | Terre-net Média

À grande échelle, on a tendance à croire que la santé et même l'alimentation des animaux d'élevage sont négligées. Pour la suite de cette série spéciale sur la compatibilité entre le bien-être animal et l'élevage intensif, la ferme des 1 000 vaches nous montre son système de conduite en lots permettant d'assurer une bonne alimentation et de préserver la santé du troupeau.

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À la SCL Lait Pis Carde (dite ferme des 1 000 vaches, à Drucat en Picardie), on travaille par lot. En effet, avec 860 vaches sous le bâtiment, il devient compliqué de faire de la « bobologie individuelle » comme le dit Michel Welter, le directeur. Et pourtant ! Même si à cette échelle, on ne peut pas connaître tous les animaux de façon individuelle, l’élevage possède suffisamment de technologies pour identifier et séparer les animaux à traiter. Pour l’alimentation, c'est la même rigueur. Les vaches disposent de trois rations : « la plus importante : celle de préparation au vêlage, appelée "la ration start-up" ; la ration des vaches taries et enfin la ration des vaches laitières ». Dans les lots d’environ 150 vaches, « elles ont toutes la même ration complète, indépendamment de leur niveau de production ». Concernant l’eau, les animaux ont accès à un point d’eau tous les 11 mètres. La distribution de la ration se fait entre 6h et 9h. Grâce aux barres de garrot à la place des cornadis, les vaches peuvent avancer davantage sur la table d’alimentation : « Elles vont jusqu’à 1m20, ce qui nous permet de ne repousser l’aliment qu’une fois par jour », explique Michel Welter. Les opposants au projet dénoncent depuis quelques années cette « ferme usine », néanmoins, le suivi des animaux semble être la priorité de l'exploitation.

L’ordinateur connait les vaches mieux que les hommes

À une telle échelle, ce n’est pas possible de gérer les animaux au cas par cas. « On agit sur un lot entier mais nos capteurs permettent d’identifier individuellement la vache qui a une erreur de comportement », explique le gérant. Effectivement, les vaches sont dotées de colliers d’identification avec capteurs d’activité (détection du temps de préhension de nourriture et mouvements). De plus, les postes de traite sont équipés de compteurs à lait. Cela permet de rapidement identifier les vaches ayant un problème de santé car cela se traduit souvent par une baisse de production. Les portes de tri en sortie de salle de traite permettent alors d’isoler les animaux à soigner ou à inséminer. Ainsi, Michel Welter précise : « Dans le bâtiment, les animaux sont tranquilles car les soins se font ailleurs. On ne sort que les animaux sur lesquels on doit intervenir. La seule intervention humaine : amener à manger et venir chercher les lots pour la traite ».

L’élevage tente également de mettre en place des moyens préventifs pour préserver la santé et la longévité des vaches : « Tous les mardis matin, le vétérinaire fait le tour de l’élevage et s’occupe des animaux présentant des problèmes de santé. Nous tentons également de former les salariés à devenir "éleveurs infirmiers" afin de préparer le travail du vétérinaire. »

« Si 3 traites par jour abimaient les vaches, les robots n’existeraient plus »

Les vaches fréquentent trois fois par jour le roto de traite de 50 places. Elles y sont conduites par lot, les 860 animaux ne se retrouvent pas tous en même temps dans l’aire d’attente. De cette façon, la traite est rapide puisqu’elle ne dure que 45 minutes par lot trois fois dans la journée. Les associations de défense du bien-être animal ont souvent dénoncé ce choix des trois traites. Michel Welter répond à ces accusations : « Si cela abîmait les vaches, les robots de traite n’existeraient plus ». Il considère que les systèmes de bi-traite quotidienne font perdre du lait. Selon lui, « avec trois traites, la mamelle est vidangée plus fréquemment, ce qui induit moins de stress sur les sphincters et assure donc une meilleure pérennité de la mamelle. » Ce choix de travail permet également à l’exploitation d’organiser plus facilement le travail des salariés mais aussi d’avoir deux périodes de tri quotidien (sur les deux premières traites) grâce aux portes de tri en sortie de salle de traite. Enfin, les animaux passent par un pédi-brosse en sortie de salle de traite. Additionné à un parage régulier (le pareur soigne tous les 15 jours les vaches qui présentent des problèmes de pieds et fait un parage fonctionnel à tous les animaux une fois par an), le pédi-brosse agit en prévention.

Le renouvellement est long

Le fort taux de mortalité des animaux à la ferme a été montré du doigt à plusieurs reprises. « Lors d’un regroupement de troupeau, on recense une faiblesse immunitaire des animaux. C’est le même problème pour tous les éleveurs qui regroupent leurs animaux », se défend le gérant. Néanmoins, d’après l’exploitation, ce taux serait en train de diminuer et serait même passé en dessous de la moyenne de la zone laitière. Certains animaux ne sont pas issus d’une génétique très poussée. De ce fait, avec un objectif de 35 % de renouvellement, les vaches sont inséminées avec des taureaux à viande (Blond d’Aquitaine ou Blanc bleu belge) afin de valoriser les veaux. Par contre, les génisses sont inséminées avec des semences sexées pour augmenter la vitesse de croisement des races (Holstein x Montbéliarde x Rouge nordique). L’objectif de ce croisement est d’abord d’augmenter l’effet hétérosis, mais Michel Welter observe « une meilleure vitalité des veaux et une bonne longévité des vaches, dont la plus vieille est en 5e lactation ». Concernant les vêlages, l’objectif serait de les étaler sur toute l’année afin de limiter les pics de travail et aussi pour réussir à associer les veaux à leurs mères (moins de veaux en même temps pour les dissocier plus facilement), même si les couleurs des poils liées au Procross aident un peu…

Gestion, prévention et rigueur sont les maîtres mots de cette exploitation. Qu'en pensez-vous ? (Laissez votre avis dans les commentaires au bas de cet article)

À lire sur le même sujet : Michel Welter : « Nos vaches sont dehors toute l’année sous un grand parapluie » (partie 1/3 de la série spéciale)

« 10 ou 50 000 vaches, c'est le même travail mais pas le même management » (partie 3/3 de la série spéciale)


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DÉJÀ 21 RÉACTIONS


PATRICE BRACHET
Il y a 24 jours
Pour ma part j ai 60 ans mon fils ma femmes voici le personnel ,pas de robot une vieille 2 fois 8 rien de moderne sur litière accumulée et je continue à vous donner des résultats de 2015 à ce jour plus haut résultat en cellules 271 moyenne 150 alors arrêtez de critiquer le système on n est pas tous des bourgeois mais des gens simples qui travaillent dur pour y arriver comme tout les producteurs de lait par contre l on a changé notre système d alimentation et là on pratique l agro écologie formidable pour la santé de nos laitières 9200kg/ vl mais pas d emmerds si vous voulez bien me croire car que je vous lit à tous c est la faute à l Europe et si nos vaches ne pâturent pas sûrement qu elles sont malades !!!
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Marc32
Il y a 24 jours
En tout cas, il y a bien un point ou tout le monde sera d'accord : ces structures compressent la main d'oeuvre humaine. Et çà ce n'et pas bon sur le long terme, à moins que l'on instaure la semaine de 25 heures et la retraite à 55 ans... Parce que le problème n'est pas uniquement agricole, la machine est en train de supplanter l'homme ! Bientôt une seule exploitation par canton avec un directeur en cravate et une dizaine d'employés payés à coups de pied au cul, et des machines autonomes. L'avenir promet d'être radieux... ou pas !
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PATRICE BRACHET
Il y a 25 jours
Pour l élevage industriels je dis non j ai tous mes animaux dedans ( a cause de l autoroute) et j ai pas plus de problème que mes collègues mais je soigne l alimentation avec 70% de méteil dans la ration et ça marche je suis président de zéro clivage qui prône le bien être animal entre autres plus le bas carbone le non ogm et pas d huile de palme je ne fais pas n’importe quoi ! Désolé de vous contredire 150 vl 45,6 tb 36,7 tp
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MDR
Il y a 26 jours
Quoiqu'il en soit c"est de l'elevage industriel , caractérisés par ds animaux qui ne sortent jamais et qui developpent des pathologies et des comportements liés au confinement, tous les eleveurs qui vont vers plus de plein air vous diront qu'ils ont moins de problemes sanitaires !! Dans toutes les filieres de qualité, les animaux ont acces a des parcours exterieurs ...
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PATRICE BRACHET
Il y a 29 jours
D accord avec vous il y avait un très gros projet à côté de chez moi il a été abandonné trop complexe trop coûteux en infrastructure la je vous rejoins .moi je serai plutôt pour de la petite unité et j ai un ami dans mon association qui prétend que sans subvention il coûterait moins cher qu avec . À vérifier .on ne veut plus de centrale , pas d’éoliennes le photovoltaïque compliqué alors il reste quoi
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titian
Il y a 29 jours
Je parle du rendement des moteurs thermique pour faire de l'électricité.
Sachant que l'avenir est plus au méthane filtré et injecté dans le réseau, mais le dispositif est aussi dispendieux.
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PATRICE BRACHET
Il y a 29 jours
Merci il y a la pertinence d une réponse pour le rendement j ai un 150 qui produit 144 kw a 30 km mais la mise en route a été laborieuse
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titian
Il y a 29 jours
Mr Brachet, la solution quand on est paysan, au contact réel du vivant, on a surtout pas le prétention de la détenir.
Juste ici déjà constaté que ce modèle a déjà pris de l'avance à l'Est et attend pour nous remplacer.
Après libre à chacun de prendre le train en marche.
Quant à sa pertinence à long terme, j'émets quelques autres réserves, avec des méthaniseurs faisant fonctionner des groupe électrogène pour 30% de rendement, des ferme usine avec une énergie à mettre en œuvre énorme par la logistique miam pipi caca même devenu digesta.
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PATRICE BRACHET
Il y a 29 jours
Bon je vous lit avec attention j essaie de comprendre mais il est où le problème ? Si vous aviez les moyens sachant que demain la methanisation fera sûrement partie du paysage ( on va nous y pousser)ne feriez vous pas de même et puis je vois pour suivre les forums que vous critiquez mais vous n apporter pas de vrais solutions alors paysans c est votre métier ?
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titian
Il y a 29 jours
Su si Steph, ils sont rentables... Pour l'investisseur qui loue ses bâtiments, la méthanisation encore plus rentable est souvent à part.
L'activité laitiére en SA nécessite juste des associés qui mettent à disposition leurs bras et parfois leurs terres.
Reste à espérer que cette dernière soit elle rentable...pour ne pas risquer de tout y laisser.
C'est ce que l'on peut appeler les dairy uber, l'avenir en somme.
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