Maladies respiratoiresLa vaccination, d'abord une protection pour le groupe

| par Céline Zambujo | Terre-net Média

Près d'un tiers des éleveurs bovins ne vaccinent contre aucune maladie. Si le coût de la vaccination peut entrer en jeu, cet argument est souvent balayé au regard du coût économique d'un élevage atteint : problèmes respiratoires, baisse de performance, mortalité accrue des veaux, infertilité.

Veaux maladie vaccinationLes principaux facteurs de risque d’apparition de maladies respiratoires chez les veaux sont : l’ambiance du logement, les changements climatiques brutaux, le manque d’immunité colostrale, l’introduction d’animaux de l’extérieur sans quarantaine, une alimentation déséquilibrée des mères, l’absence de déparasitage, une hygiène défectueuse ou encore un confinement et un mélange d’animaux. (©Terre-net Média)

Le saviez-vous ?

En Occident, l'histoire de la vaccination commence avec celle de la variole, au XVIIIe siècle. Eleveurs et médecins observent que les trayeuses, dont les mains sont fréquemment atteintes de vaccine, ne contractent pas la maladie. D’ailleurs, le terme « vaccine » vient de « vacca », vache en latin. Et c’est au milieu du siècle suivant que la vaccination sera réellement mise au point et connaîtra son essor. En 1881, Louis Pasteur réalise la première vaccination animale grandeur nature en protégeant contre la fièvre charbonneuse un troupeau ovin en Seine-et-Marne.

Dans le cadre du plan "Ecoantibio 2017", une réflexion a été menée sur les méthodes à mettre en œuvre afin de valoriser la vaccination en élevage. « Deux études ont été conduites afin de mieux comprendre les motivations et les freins à la vaccination, et le rôle du vétérinaire dans la décision de vacciner », explique le Syndicat de l’industrie du médicament et réactif vétérinaire (Simv). In fine, près de 402 éleveurs ayant au moins 50 animaux ont ainsi été interrogés fin 2013. Objectif : préciser le taux d’éleveurs pratiquant la vaccination, le taux d’animaux vaccinés, les intentions de vaccination dans le futur… Il s’avère que 31 % des éleveurs de bovins déclarent ne jamais vacciner leurs bovins contre les quatre types de maladies étudiées :

  • bronchopneumonies infectieuses enzootiques (Bpie),
  • diarrhée virale bovine (Bvd),
  • gastroentérites néonatales
  • entérotoxémies

Virus respiratoire

Et pourtant, les maladies respiratoires sont un des problèmes de santé majeurs des bovins. Du fait de la fragilité de leurs poumons et généralement du caractère très contagieux des microbes responsables, ces infections peuvent prendre des proportions importantes, parfois graves, aux conséquences économiques qui peuvent être dramatiques pour l’exploitation. Des études réalisées au début des années 2000 ont chiffré à 576 millions d’euros les pertes pour le secteur bovin liées aux maladies respiratoires.

Présentes chez les veaux de 1 à 6 mois, elles affectent de plus en plus le coût vétérinaire des éleveurs. Plusieurs catégories d’agents pathogènes peuvent être à l’origine des maladies respiratoires chez les veaux – des bactéries et des virus (virus respiratoire syncytial, rhinotrachéite infectieuse bovine…) – qui peuvent agir seuls ou en interaction.

Une réponse immunitaire plus intense et rapide

La vaccination n’est évidemment pas une fin en soi. Les modalités d’élevage et les conditions environnementales (espace sain, bien ventilé…) dans lesquelles sont placés les animaux restent un élément influençant fortement leur santé dans la mesure où elles altèrent, ou renforcent, les mécanismes de défense naturels.

La qualité et la quantité du colostrum ingéré entrent évidemment aussi en compte, fournissant dès les premiers instants de vie du veau des éléments indispensables. Idéalement, le veau doit boire l’équivalent de 10 % de son poids, soit environ 4 à 5 litres de colostrum en 3 repas dans les 24 premières heures de sa vie, avec une première buvée de 1,5 à 2 l dans les 2 premières heures. Pour rappel, le recours à un réfractomètre vous permettra d’apprécier la richesse en anticorps du colostrum.

Si la vaccination n’est pas une assurance tout risque, on peut toutefois affirmer que son bénéfice sera d’autant plus grand que les autres facteurs de risque seront maîtrisés. En vaccinant, le vétérinaire « mime » une infection en injectant les germes responsables de la maladie, mais des germes atténués ou inactivés pour ne pas induire la maladie, créant ainsi une « mémoire immunitaire » : lors d’une infection naturelle ultérieure, cela déclenchera une réponse défensive appropriée, plus intense et plus rapide.

Cette vaccination préventive contre les maladies respiratoires doit répondre à des règles établies par le vétérinaire, en accord avec l’éleveur, et conformément au plan de vaccination. Cette vaccination doit se concevoir comme une réponse de groupe, non comme un moyen de lutte individuelle. « Pour bénéficier au maximum de l’effet préventif, il convient d’avoir terminé le protocole complet de vaccination 15 jours avant la période à risque. Cela suppose de vacciner les animaux à l’extérieur avant la rentrée à l’étable », précise d’ailleurs Loic Oliviero, du laboratoire Intervet.

Des précautions doivent également être prises quant à la conservation des vaccins : conserver les flacons de vaccin entre + 2°C et + 8°C, à l’abri de la lumière, ne pas congeler les flacons, les utiliser rapidement après ouverture... Et pour éviter la propagation, il est fortement recommandé d’utiliser des aiguilles à usage unique, de vacciner l’ensemble de la population à risque et uniquement des veaux en bonne santé. Enfin, pensez à la traçabilité en conservant par écrit les dates de vaccination et l’identification des animaux vaccinés.

Nouveaux défis et phagothérapie

Ces dernières années, la connaissance en immunologie a été accélérée et permet de mieux appréhender les facteurs améliorant ou limitant l'efficacité des vaccins. L'épidémiologie permet également de choisir, de manière rationnelle, les maladies contre lesquelles une vaccination présente un intérêt réel. Mais pour les scientifiques de nombreux défis persistent : comment prolonger la mémoire immunitaire de la vaccination ? Comment immuniser vis-à-vis de maladies chroniques qui déjouent les mécanismes de défense des animaux ? Comment concevoir un vaccin capable d'immuniser vis-à-vis de certains agents caractérisés par leur capacité à évoluer ou muter (Fco notamment) ?

Avec l’évolution de la recherche, de nouvelles pistes, à l’aboutissement plus ou moins long, ont été ouvertes. C’est le cas notamment de la phagothérapie qui consiste à utiliser des virus bactériophages, plutôt que des molécules chimiques antibiotiques, pour lutter contre les infections bactériennes. Un nouveau projet financé par l’Union européenne et l’Agence nationale de la recherche vient de voir le jour. Nommé "Antibiophage",  il a débuté en début d’année et s’étalera sur 48 mois.


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