Oligo-éléments« La moitié des bovins sont carencés en iode et en sélénium »

| par | Terre-net Média

Veaux mous, manque d'immunité, problèmes de reproduction ou de mammites. Peut-être s'agit-il d'une carence en oligo-éléments, notamment en iode ou en sélénium dans les régions au sous-sol peu fourni. Les apports par bolus sont plus précis que ceux par seaux à lécher.

Cliquez pour voir l’interview de Laurent Chery, PDG de Vetalis et le docteur Sandy Limousin de Vetalis.

L es oligo-éléments, contenus en microgrammes dans la ration, sont essentiels au bon fonctionnement de la santé, de la production et de la reproduction. Pour ne citer que les plus importants :

  • Cuivre (Cu) : risque de carence (en sols calcaires et granitiques) ou d’excès si épandage de lisier de porcs sur les pâtures.
  • Zinc (Zn) : risque de carence (en sols sableux et calcaires)
  • Manganèse (Mn) : risque d’excès
  • Iode (I) : risque de carence (en sols granitiques, basaltiques et sableux)
  • Cobalt (Co) : risque de carence (en sols calcaires, sableux et granitiques)
  • Fer (Fe) : risque de carence (anémie) ou d’excès car la fermentation acide dans les silos multiplie par 80 la biodisponibilité du fer contenu dans la terre ramassée, ou à cause d’une eau très ferrugineuse.
  • Molybdène (Mo) : risque d’excès

Veaux Rouge des près La vitalité du veau à la naissance puis après, dépend en partie du statut en oligo-éléments de la mère, de la qualité de son colostrum et de son lait. (©Terre-net Média)

Carences dans le Massif central

« En France, la moitié des bovins viande sont carencés en iode (Io) et en sélénium (Se) notamment dans le Massif Central où les sols granitiques sont peu pourvus, constate la docteur Sandy Limousin du Laboratoire Vetalis qui organisait un symposium sur les oligo-éléments en élevage bovin. En élevage laitier, malgré la complémentation en oligo-éléments, les carences d’assimilation sont principalement liées aux très hautes performances laitières. »

« Sur 6 600 bovins analysés, on observe une carence en sélénium sur l’ensemble du territoire, notamment en Auvergne, Limousin, Pays de Loire, Aquitaine », indique Damien Trumeau, vétérinaire dans le Maine-et-Loire et qui a réalisé sa thèse sur le sujet des oligo-éléments. Idem en iode où il y a de vrais risques de carences sur les vaches allaitantes dans le grand Massif central et le Sud-Ouest. Les situations sont plus hétérogènes pour le cuivre, le cobalt et le molybdène. En tout cas, les vaches laitières semblent globalement moins à risque car généralement mieux complémentées en CMV que les vaches allaitantes.

Déficit dans le maïs et le ray-grass

L’iode et le sélénium ne sont pas forcément nécessaires aux plantes mais ils le sont pour les animaux et les hommes. « La plupart des sols français et wallons sont déficients car il n’y presque jamais d’apports, comme les scories. Le maïs fourrage, et dans une moindre mesure le ray-grass, par exemple sont toujours carencés en tous les oligo-éléments », précise le docteur belge Frédéric Rollin, spécialiste des oligo-éléments à l’université vétérinaire de Liège.

De même, les excès de fer ou de manganèse bloquent l’absorption des autres éléments. Tout comme le développement des engrais riches en souffre qui dopent la production végétale mais vident complètement les plantes de leur sélénium organique, la forme assimilable par les animaux. « Ces multiples carences sur les animaux posent plus largement un vrai problème de santé publique, ainsi plus de 60 % de la population humaine est carencée en iode et en sélénium et 100 % en vitamine D », affirme le vétérinaire liégeois.

Des symptômes non spécifiques

Les symptômes cliniques des carences ou des excès sont assez diversifiés et rarement liés à un seul élément. On peut citer :

  • Les difficultés d’adaptation des veaux à la vie extra-utérine (I et Se) : mort-né, veau froid, faible et restant humide, rigidité articulaire congénitale (sorite « cul devant » incapable de se retourner dans l’utérus), gueule déviée, grosse langue, syndrome de détresse respiratoire à terme (immaturité à la naissance).
  • Anémie en cuivre, cobalt, vitamine B12 et fer : décoloration de l’œil (Fe Cu)
  • Myopathie et cardiomyopathie (sélénium)
  • Diarrhées chez l’adulte (Cu et Co)
  • Maladies de peaux (Zn, Cu, I) favorables à la teigne, gale, dermatite
  • Gloître (Iode, sélénium) sous le cou, problème d’hypertrophie de la tyroïde, vache grasse
  • Troubles de la reproduction, rétention placentaire et métrite (Se)
  • Mammites cliniques et subcliniques (Se)

Préférer les apports directs à l’animal

Pour le docteur Rollin, les apports directs aux animaux sont plus efficaces que les apports indirects aux champs. Les oligo-éléments peuvent être facilement apportés dans la ration distribuée (ration mélangée, dans les concentrés et les CMV) ou bien en versant des sels iodés et séléniés dans l’ensilage au moment de la confection des silos. Les tourteaux (soja, colza, lin) sont également des aliments naturellement riches en sélénium organique, plus assimilable que les formes minérales.

Les analyses des valeurs en oligo-éléments peuvent se faire dans les fourrages, le plasma sanguin, voire dans le lait (sans produit de trempage iodé). Mais pour le docteur Rollin, « les analyses d’oligo-éléments dans les urines ou les poils c’est de la fumisterie ! »

Les animaux ne s’auto-régulent pas

Selon lui, « les bolus sont particulièrement bien adaptés aux animaux au pâturage ». En effet, avec la complémentation en oligo-éléments aux seaux à lécher, les animaux dominants peuvent avoir tendance à gaspiller tandis que les soumis peuvent ne pas y avoir suffisamment accès. De même, si l’herbe est riche en potassium et faible en sodium, les bovins risquent de surconsommer les seaux à lécher. « Il faut savoir que les animaux sont incapables de s’auto-réguler pour les oligo-éléments, leurs quantités sont bien trop infimes pour cela, contrairement à certains macroéléments », prévient le docteur Rollin.

Pour Sandy Limousin du laboratoire Vetalis, « les bolus intra-ruminaux sont plus économiques et parfaitement dosés en fonction du stade physiologique de l’animal et correspondent à des durées de délitement dans le rumen très précises pour couvrir des besoins spécifiques comme des périodes de tarissement ou la mise à l’herbe par exemple. »

Oligovet Flash corrige rapidement les carences

Vetalis vient d’obtenir un brevet pour Oligovet Flash, un bolus multi oligo-éléments (Cu, Se, Mn, I, Co) qui fait remonter significativement les valeurs plasmatiques au bout de 21 jours : (X 4 en Cobalt, X 3 en sélénium, X 1,5 en cuivre,…). Le délitement dans le rumen dure 28 jours. Testé sur vaches fistulées, Oligovet Flash a la spécificité de contenir de la sélométhionine, une forme organique de sélénium qui est assimilable dans l’intestin grâce à une protéine transporteuse. Ce bolus à action rapide permet de remonter les valeurs sur des animaux en carences avérées par dosage plasmatique, ou faute d’analyse, être utilisé avant une phase critique non anticipée (1 mois avant vêlage, reproduction, lactation,…). Le coût par vache s’établit autour de 15 €. Vetalis propose aux éleveurs des analyses (100 € pour 5 animaux) et fournis des kits de prélèvement.

Tous droits de reproduction réservés - Contactez Terre-net

A lire également

   Rechercher plus d'article

DÉJÀ 1 RÉACTION


zakaria
Il y a 29 jours
salut et mes respects mes amis éleveurs et leveuses bovin français bon courage et bonne continuation a vous tous amis
Répondre