Santé du veauUne production laitière influencée par la prise colostrale du veau

| par Oxygen conseil élevage | Terre-net Média

De par sa composition, le colostrum a une importance cruciale pour la santé du veau. En plus des immunoglobulines, il contient aussi des facteurs de croissance et joue un rôle sur le tube digestif. Il a d'ailleurs été démontré dans plusieurs études qu'une distribution rapide et suffisante de colostrum a un effet positif sur les performances de production de la future vache.

Une bonne distribution de colostrum a des effets sur la mortalité des veaux, la croissance et les performances de production.Une bonne distribution de colostrum a des effets sur la mortalité des veaux, la croissance et les performances de production. (©Seenorest)Rémi Enriquet et Olivier Pasquier, expert et responsable du pôle génisses chez Seenorest, nous donnent quelques conseils pour assurer un bon transfert d’immunité par la distribution du colostrum : « À la naissance, le veau ne dispose pas de défenses immunitaires propres. Ce sont les anticorps présents dans le colostrum qui lui permettent de se protéger des agressions extérieures ; on parle ainsi d’immunité passive. C’est seulement au bout de trois semaines environ que le veau sera capable de fabriquer ses propres anticorps ; on parle d’immunité active. À l’intersection de ces deux phases (entre 8 et 15 jours) il y a un "trou d’immunité". Il est plus ou moins prononcé selon les pratiques de distribution du colostrum de l'éleveur : rapidité, qualité, quantité. » 

Le colostrum doit être distribué rapidement

« Pour que le transfert d’immunité se fasse, la distribution du colostrum doit être rapide. Les anticorps sont des protéines assez grosses ; la paroi intestinale les laisse surtout passer au cours des premières heures de vie du veau. Dès 12 heures de vie, moins de la moitié des anticorps seulement pourront passer cette barrière. C’est d’autant plus préjudiciable que 12 heures après le vêlage, le produit de la traite contient lui aussi 30 à 50 % d’anticorps en moins. L’immunité passive est donc dépendante de ce laps de temps entre la 1ère traite et la 1ère buvée. De même, le "trou d’immunité" sera plus précoce et long que le transfert d’immunité est faible. D’un point de vue pratique, si le vêlage doit se dérouler dans un délai de 3 à 4 heures maximum et que vous êtes en cours de traite, il est possible de traire la vache avant la mise-bas pour distribuer du colostrum dès la naissance. »

Vérifier la qualité du colostrum

« Lorsqu’on évoque la qualité du colostrum, on pense en priorité à sa teneur en immunoglobulines (IgG), mais il ne faut pas omettre la qualité bactériologique. En effet les bactéries et les virus risquent de contaminer le veau mais ils diminuent aussi l’absorption des anticorps par la paroi intestinale. Il y a diverses sources de contamination : l’état sanitaire de la mamelle (mammite ou autres infections), les mains du trayeur, le matériel de traite et la qualité du stockage. Pour le stockage, 2 heures à température ambiante ou 48 heures au réfrigérateur sont tolérées. Au-delà, les bactéries se développent, mais les anticorps demeurent ; respectivement pendant 48 heures et 1 semaine. Une étude de 2007 (Johnson) a d’ailleurs mis en évidence que la pasteurisation du colostrum (60 °C pendant 60 minutes) améliorait le transfert d’immunité. Ce processus de chauffage est aussi intéressant en cas de pathologies connues comme la paratuberculose, la salmonellose, la listériose... »

La qualité du colostrum dépend de nombreux facteurs : heure de traite par rapport au vêlage, rang de lactation, volume de lait, statut sanitaire de la vache, tarissement et alimentation.

« La richesse d’un colostrum ne peut être déterminée à l’œil. Elle peut être évaluée à l’aide d’un réfractomètre, de colostro balls ou d’un pèse-colostrum. Attention, ces deux derniers outils ont une plage de température à respecter et un effet race a été mis en évidence. Un colostrum est considéré de très bonne qualité au-delà de 100 mg d’immunoglobulines/litre de lait (équivalent à 30 degrés Brix pour les réfractomètres). Cette teneur est influencée par l’heure de la traite par rapport au vêlage, par le rang de lactation, le volume de lait, le statut sanitaire de l’animal (présence de douve par exemple), les tarissements courts et l’alimentation au tarissement (apports de vitamines A, E et de Sélénium notamment). La vaccination de la mère ne présente d’intérêt que si des pathologies ont été identifiées. Dans le cas contraire cela peut avoir tendance à affaiblir temporairement la mère. »

Quantité et qualité : ne pas choisir !

« Le débat sur la quantité de colostrum à donner au veau doit avant tout être relié à la teneur en IgG du colostrum. Un veau doit recevoir 200 mg d’IgG avant 24 heures de vie. Compte tenu des teneurs moyennes mesurées (proche de 50 mg/litre) la distribution de 4 litres de colostrum permet de couvrir les besoins du veau. Le plus simple est de l’apporter à la naissance avec une sonde œsophagienne spécifique pour éviter toute blessure. Mais attention il s’agit d’une moyenne ; il faudra parfois distribuer 6 litres dans la première journée de vie, en deux, voire trois repas pour espérer atteindre ce seuil. »

Une étude de 2005 (Faber et. al) montre que la prise colostrale impacte la croissance de la génisse mais aussi sa production à venir. Selon les essais menés, une génisse ayant reçu 4 litres de colostrum aurait un GMQ et une production laitière après deux lactations supérieure qu'une génisse n'ayant bu que 2 litres.

2 litres de colostrum4 litres de colostrum
Nombre de génisses3731
GMQ (kg/j)0,641,03
Âge à la 1ère saillie1413,5
Lait après deux lactations (kg)16 01517 042

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