Sante animaleLa crise économique menace la lutte contre les maladies animales (Oie)

| AFP

La lutte contre les maladies animales est un enjeu économique et sanitaire majeur pour les pays riches comme pauvres, mais les moyens de ces derniers risquent de pâtir de la crise économique, a averti l'Organisation internationale de la santé animale (Oie)

Des épizooties comme la grippe aviaire, et plus largement le développement sans précédent des échanges à l'échelle mondiale font qu'aujourd'hui, « un seul pays peut mettre en danger le reste de la planète », a souligné le directeur général de l'Oie (1) Bernard Vallat lors d'une conférence de presse à Paris le 7 janvier 2009.


Grippe aviaire: « le risque lié au commerce existe toujours
parce que le virus est devenu endémique dans certains pays
qui n'ont pas su s'en débarrasser » (Fao) (© Terre-net Média)
En Grande-Bretagne, la réintroduction de la fièvre aphteuse par le biais d'un plateau-repas ayant transité par un aéroport a coûté 10 milliards de livres sterling, a-t-il rappelé. Il est nécessaire de détecter les épizooties de façon précoce car « une maladie peut progresser de plusieurs dizaines de kilomètres par jour et son coût d'éradication est exponentiel », a souligné M. Vallat. Aussi « est-il dans l'intérêt des pays riches d'investir dans les pays pauvres » pour les aider à éradiquer leurs foyers de contamination et à prendre les mesures préventives nécessaires à une bonne santé de leur cheptel.

« Les échanges mondiaux vont se poursuivre malgré la crise, à des niveaux sans précédent par rapport à il y a tout juste 10 ans », selon M. Vallat. Et l'augmentation de la demande de protéines animales, en hausse de 50% d'ici 2020 selon une projection réalisée il y a deux ans, sera peut-être ralentie par la crise, mais pas stoppée ni inversée. M. Vallat a rappelé « qu'il y a dans le monde plus d'un milliard de personnes dont la vie est liée à la détention d'animaux ».  

Parmi les menaces pour la sécurité alimentaire, il a cité « le problème extrêmement grave de la décroissance des populations d'abeilles », conséquence directe de la mondialisation. «Des échanges de géniteurs qui se sont développés en dehors de tout contrôle ont permis à des pathogènes de se généraliser », a-t-il expliqué. Certaines maladies ont fragilisé les abeilles, qui sont ensuite devenues moins résistantes aux pesticides. La raréfaction des abeilles, qui assurent la pollinisation de nombreuses espèces végétales, peut conduire dans des pays pauvres à une diminution de la production agricole.

Grippe aviaire, fièvre de la Vallée du Rift

Un autre domaine extrêmement sensible aux maladies est l'aquaculture, dont la production dépasse désormais celle de la pêche d'animaux sauvages. Le traitement de poissons ou de crustacés malades dans le milieu aquatique présente en effet un « risque de diffusion des antibiotiques dans les écosystèmes », les bassins d'élevage n'étant en général pas étanches par rapport aux cours d'eau se déversant dans la nature.

Quant à la grippe aviaire, si le risque lié aux oiseaux sauvages a diminué, celui « lié au commerce existe toujours parce que le virus est devenu endémique dans certains pays qui n'ont pas su s'en débarrasser ». M. Vallat a cité l'Egypte, l'Indonésie, où les efforts pour lutter contre la grippe aviaire restent insuffisants. Il a aussi mentionné la Chine et le Vietnam, mais ces deux pays arrivent à gérer l'épidémie grâce à « une vaccination systématique des oiseaux qui coûte cher et qui devra cesser un jour ».

Plus généralement 75% des maladies émergentes chez l'homme ont une origine animale, et certaines d'entre elles, comme la fièvre de la vallée du Rift, profitent du réchauffement climatique pour agrandir leur aire de diffusion. A l'instar du chikungunya qui avait pris pied en Italie, « la fièvre de la vallée du Rift peut traverser la Méditerranée », a estimé le directeur de l'Oie.

N.B : (1)Organisation internationale de la santé animale

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