Essai monitoring MedriaBenoît Gille a testé les capteurs de détection des chaleurs HeatPhone

| par | Terre-net Média

Benoît Gille, éleveur laitier et allaitant dans l'Oise, a testé les solutions de monitoring Medria. Un essai concluant en conditions réelles d'élevage, surtout pour la détection des vêlages qui prend l'avantage sur celle des chaleurs et de la rumination.

Cliquez pour voir la vidéo de l'essai Medria avec Benoit Gille.

Éleveur à Glatigny dans l’Oise, Benoît Gille rencontre, comme beaucoup d’éleveurs laitiers, quelques soucis pour détecter correctement les chaleurs de ses 70 Prim’holsteins, surtout des vaches hautes productrices, pour lesquelles elles sont de plus en plus discrètes. La rédaction lui a donc fait tester la solution de monitoring en élevage de l’entreprise bretonne Medria.

Pendant quatre mois, d’avril à août, il a eu à disposition une quinzaine de capteurs de mouvement (accéléromètres), à fixer sur les colliers, quelques capteurs de détection des vêlages (thermomètres vaginaux) et une box radio pour recevoir et émettre les données. L’éleveur a ainsi pu essayer trois solutions de monitoring : le Vel’Phone qui alerte qu’un vêlage est en cours, le HeatPhone qui mesure l’activité des vaches et prédit les chaleurs, et le FeedPhone qui, à partir du même capteur, enregistre les temps d’ingestion et de rumination. L’objectif : tester l’outil en conditions réelles d’utilisation pour voir quel usage l’éleveur peut en faire.

L’exploitation de polyculture-élevage de Benoît et de son père Alain, située dans le Pays de Bray, a la particularité d’arrêter les vêlages d’avril à août, pour ne pas avoir à s’occuper des veaux durant cette période plus chargée pour les cultures. Les génisses vêlent à l’âge de deux ans et demi et sont inséminées en hiver à l’étable. Depuis deux ans, Benoît Gille se forme à l’insémination par l’éleveur (IPE) et estime obtenir de meilleurs résultats depuis qu’il insémine ses vaches au bon moment, c’est-à-dire entre 12 et 18 h après les premiers signes de chaleurs. Pour le suivi de la reproduction, il fait appel à un cabinet vétérinaire qui réalise les échographies et les fouilles.

Prise en main aisée

Premier constat, la base radio Medria est autonome et fiable si elle est correctement installée, et qu’elle n’est pas perturbée par des ondes particulières comme certaines antennes-relais, ou par un manque de réseau téléphonique. Équipée d’une carte Pin, elle collecte régulièrement les données émises par les capteurs (collier ou thermomètre utérin) et les transmet, par le réseau de téléphonie mobile, au serveur DWS (daily web service) de Medria, qui les analyse et envoie les SMS d’alerte. Toutes ces informations sont consultables en ligne sur le site DWS, au niveau de l’espace privé de l’éleveur.

Plutôt à l’aise en informatique, Benoît n’a eu aucun mal à prendre en main l’outil. « L’architecture du site est claire et les courbes sont assez faciles à interpréter. » Il a apprécié la demi-journée de formation pour la mise en place proposée par Medria, comme le suivi de l’entreprise pendant les premières semaines d’utilisation. Ce père de famille très occupé n’habite pas sur la ferme et a donc été séduit par le principe des alertes SMS sur téléphone portable. « Heureusement, tous les paramètres peuvent être modifiés : la sensibilité de la détection, le nombre de SMS, les horaires d’envoi… On n’est pas forcément réveillé en pleine nuit par un SMS, sauf pour les vêlages où ça peut être utile. »

« J’ai paramétré le système pour recevoir tous les jours quatre comptes-rendus SMS. C’est amplement suffisant pour moi. J’utilise davantage l’application sur mon smartphone que sur l’ordinateur. Si on capte la 3G, c’est rapide. La seule différence par rapport à l’ordinateur, c'est que l’écran est plus petit ! »

Détecter les chaleurs silencieuses

L’équipement est éprouvé depuis de nombreuses années et Medria annonce une fiabilité de détection supérieure à 90 %. Les algorithmes sont même adaptés en fonction de la race, de l’âge (vaches/génisses) et du troupeau. Les capteurs sont sensés pouvoir identifier des vaches en chaleur que l’éleveur a du mal à repérer, notamment parce que la suractivité se manifeste surtout la nuit. Benoît est un peu plus réservé : « J’ai remarqué après coup deux vaches, aux chaleurs dites "silencieuses", que le HeatPhone n’a pas réussi à détecter car elles n’extériorisaient sans doute pas suffisamment. » En effet, certaines bêtes manifestent très peu de signes de chaleurs, pas assez en tout cas pour que le collier remarque une suractivité.

« Plus l’historique sur l’activité de la vache est important, par rapport à l’ensemble du troupeau ou un lot de génisses, plus la prévision des chaleurs sera fiable et mieux le système arrivera à déceler la période de suractivité d’un animal, en fonction de sa cyclicité et de l’activité de son groupe », complète Olivier Marquès de Medria. Selon la reprise de la cyclicité, le HeatPhone peut alerter sur des problèmes de santé spécifiques comme des kystes ovariens ou des phases lutéales prolongées.

Selon l’état corporel de la vache, Benoît commence à inséminer à partir de 50 jours. « Le système a permis de voir si les bêtes étaient correctement cyclées et de confirmer que le pic d’activité correspondait bien à une période d’oestrus. Sauf pour une vache que le système n’a pas repérée et qui s’est révélée vide à l’échographie deux mois après sa première IA. »

Heat Phone Medria Toutes les données sont consultables et paramétrables en ligne. Benoit a trouvé l’architecture du site claire et les courbes assez faciles à interpréter. (©DR)

Alerté un peu tard

Le cheptel pâture de mars à novembre, jour et nuit, sur différentes prairies plus ou moins éloignées de la stabulation. « Le principal problème rencontré : un SMS qui arrive trop tard. J’ai quasiment toujours vu la vache en chaleur avant que l’outil m’ait prévenu par texto », Fait-il remarquer. Il faut dire que Benoit est un éleveur d’un naturel attentif et assez observateur, de plus il passe du temps parmi ces vaches, notamment pour les emmener pâturer. En outre, la box Medria se trouve à l’intérieur du bâtiment et l’actualisation des données entre les capteurs et cette dernière n’a lieu que deux fois par jour quand les animaux rentrent à la traite. C’est pourquoi l’alerte est souvent tardive. « Comme j’insémine moi-même, cela ne me gêne pas trop. Toutefois, pour les éleveurs qui doivent appeler l’inséminateur, c’est plus problématique. Le monitoring ne convient pas vraiment à mon système pâturant. C’est l’inconvénient majeur que j’ai noté durant cet essai. »

Pour y remédier, il faudrait déplacer la box chaque jour au pâturage et l’alimenter en électricité avec un panneau solaire. Une gymnastique plutôt contraignante. Dans les mois à venir, Medria devrait progressivement changer de base radio pour passer à la technologie LoRa, qui peut recevoir des données sur une portée de plus d’un kilomètre de distance, contre environ 400 m avec le dispositif actuel.

L’élevage est équipé de cornadis, et la pose et le retrait des colliers se font sans difficulté. Le matériel est robuste et les colliers ne semblent pas perturber les vaches s’ils sont positionnés correctement. Car, contrairement à d’autres marques proposant des outils de monitoring, les capteurs Medria ne pendent pas en médaillon au collier. Ils sont fixés de façon plus serrée sur le cou de l’animal. Grâce à cela, ils déterminent les temps d’ingestion et de rumination. Le logiciel est capable de différencier automatiquement le mode d’alimentation, à l’auge ou au pâturage.

collier MedriaLe collier capte les mouvements de la vache, y compris ses temps d’ingestion et de rumination et distingue l'alimentation à l'auge de celle au pâturage. (©Terre-net Média)

Feed’Phone : garder un oeil sur la rumination

L’abonnement au FeedPhone (en supplément) permet d’anticiper et de corriger rapidement les déséquilibres alimentaires au niveau du troupeau, ou encore de déceler une anomalie chez une vache en particulier (chute de l’ingestion ou de la rumination). Généralement, on observe une petite baisse de la courbe individuelle d’ingestion au moment des chaleurs, indiquées par des icônes spécifiques. Si Benoît a jeté un œil de temps en temps à ces indices sur l’alimentation, il ne juge pas le FeedPhone particulièrement utile en période de pâturage dans son système pâturant. « L’usage de cette option se justifie sans doute davantage en hiver où les risques métaboliques sont plus élevés. » Néanmoins le FeedPhone peut servir d’alerte si une vache cesse de s’alimenter ou de ruminer.

En regardant les variations de la rumination ou de l’ingestion au sein du troupeau, on peut savoir si la ration est suffisamment fibreuse ou non. « Je suis en pâturage tournant, complété avec un peu de maïs à l’auge. Parfois, une diminution de l’ingestion peut vouloir dire je n’en ai pas assez distribué, surtout lorsque la part de pâturage commence à décliner. Mais je ne vais pas m’amuser à changer la ration tous les matins en fonction de la rumination. »

S’il n’a pas été totalement convaincu par l’intérêt du monitoring des chaleurs sur son exploitation, Benoît Gille est très enthousiaste quant à celui du Vel’Phone, qu’il a mis en pratique sur ses laitières.

Cliquez pour voir la deuxième partie sur la détection des vêlages : Benoit Gille convaincu par les détecteurs de vêlage Vel'Phone de Medria.

Une seule box, quatre outils

Box radio MedriaLa box radio sert à tous les outils Medria. (©Tnm)

« J’ai été séduit par le Vel’Phone, mais moins par le HeatPhone, trop onéreux pour l’instant par rapport aux bénéfices que je peux en retirer dans mon système et mes pratiques. Les colliers coûtent 110 € par capteur et vu que je groupe une partie des IA, il m’en faudrait une trentaine, auxquels s’ajoutent la box, autour de 3 000 €, et l’abonnement (15 €/mois). Mais j’ai demandé d’autres devis et Medria n'est pas le plus cher du marché. »

L’outil peut sans doute faire gagner quelques jours d’intervalle vêlage-vêlage en détectant la vache dont les chaleurs avaient échappé à Benoît. Cependant, pour cet éleveur déjà très attentif à son troupeau, le monitoring n’améliorera sans doute pas sensiblement ses résultats de reproduction, notamment pour les vaches peu fertiles et celles qui n’expriment pas leurs chaleurs.

Voir la partie 2 : mise en place du Vel'phone

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DÉJÀ 1 RÉACTION


Marguerite
Il y a 1304 jours
Tous mes soutiens aux salariées de MEDRIA (entreprise en redressement judiciaire qui vient de procéder à 9 licenciements).
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