Hypocalcémie sub-cliniqueAlimenter avec un faible Baca avant le vêlage

| par BTPL | Terre-net Média

L'hypocalcémie sub-clinique ou baisse du calcium sanguin, est responsable de la fièvre de lait. Mais ce symptôme n'est que la partie immergée de l'iceberg car on estime que lorsque 5 % des vaches de plus de deux lactations font une fièvre de lait, cela signifie que la moitié des vaches sont en hypocalcémie sub-clinique sans pour autant développer une fièvre de lait. Le Btpl donne des conseils pour faire une ration avec un Bilan alimentaire cations-anions (Baca) adapté à la période de tarissement.

Fièvre de laitLa fièvre de lait atteint particulièrement les bonnes laitières à partir du 3ème vêlage. (©JC Naveau / Vet'El / Btpl)

La période entourant le vêlage est une période à hauts risques pour la vache laitière. Parmi les problèmes de santé : la fièvre de lait.

L’hypocalcémie sub-clinique ou baisse du calcium sanguin, est aussi à l’origine d’autres pathologies, en jouant sur :

  • le relâchement des muscles lisses : favorisant les déplacements de caillette, chutes d’appétit, non délivrances, sphincter du trayons ouverts avec comme conséquences secondaires, chutes de production, cétoses, métrites et problèmes de reproduction, mammites.
  • La baisse d’immunité favorisant les infections (mammites, métrites)

Une demande en calcium importante et brutale après le vêlage

Suite au vêlage, les besoins de la vache laitière augmentent de manière très importante :

  • Ils triplent pour le glucose,
  • doublent pour les protéines et l’énergie,
  • et quadruplent pour le calcium.

Si ces besoins en calcium ne sont pas satisfaits, le taux de calcium sanguin baisse, ce qui provoque une diminution de l’appétit des vaches.

La régulation de la calcémie : un mécanisme sophistiqué

Normalement, la vache possède un mécanisme naturel sophistiqué pour compenser la demande importante de calcium pour la production laitière. Elle produit la parathormone à partir de quatre petites glandes nommées parathyroïdes, localisées sous la thyroïde dans le cou de l’animal. Cette hormone agit à trois niveaux pour améliorer la mobilisation de calcium vers la mamelle :

  1. Elle  incite les os à retourner une partie de leur calcium vers le sang.
  2. Elle incite les reins à diminuer l’élimination du calcium urinaire et à remettre en circulation ce minéral.
  3. Elle stimule aussi les reins pour qu’ils produisent une forme active de la vitamine D qui favorise une plus grande absorption de calcium alimentaire dans l’intestin grêle.

Mécanisme de régulation de la calcémieMécanisme de régulation de la calcémie (©Btpl)

Une légère hausse du pH sanguin (alcalinisation) occasionnée par la consommation d’une trop forte quantité de potassium (K+) ou de sodium (Na+) avant le vêlage enraye cette mécanique de régulation du calcium sanguin.

À l’opposé, une légère baisse du pH du sang (acidification), en réduisant la consommation de cations (K+ et Na+) et en augmentant l’ingestion d’anions (chlore Cl- et soufre S-2) rend la parathormone plus efficace.

Le Bilan Alimentaire Cations-Anions : Baca

Le « Bilan alimentaire cations-anions » (Baca) est un index calculé à partir des 4 minéraux (Na+ (sodium), K+ (potassium), Cl-(chlore), S— (soufre).

Il permet de mesurer le pouvoir acidifiant ou alcalinisant de la ration.

Pouvoir alcalinisant ou acidifiant des principaux ions :

BacaInfluence des cations et anions sur le pH. (©Btpl)

Le BACA = (Na+ + K+) ( Cl - + S- -) est exprimé en meq/g de MS (milliéquivalents par g de Matière sèche).

La forte activité tampon du bicarbonate de sodium est liée à son Baca élevé de 11.700 mEq/kg. : 1 % de bicarbonate apporte 117 mEq/kg

Agir sur le  baca de la ration avant vêlage

Pour habituer la vache à mobiliser le calcium de ses os avant le vêlage, il est donc souhaitable de lui servir 3 à 4 semaines avant le vêlage une ration présentant un Baca négatif (plus riche en CL- et S-2 qu’en K+ et NA+) de -50 mEq / kg de MS.

Comment modifier le Bilan Alimentaire Cations-Anions ?

Plusieurs méthodes permettent d’abaisser la valeur du Baca.

  • La plus courante est l’ajout de sels anioniques à la ration d'une vache tarie (ex : chlorure de magnésium), mais les vaches les trouvent assez désagréables au goût, avec pour conséquence une baisse de consommation de la ration.
  • On peut aussi fournir aux vaches des fourrages à faible teneur en potassium. Ceci est difficilement réalisable dans des sols riches en potassium.

Des chercheurs canadiens ont montré qu’il est possible de produire un foin à faible Baca  adapté à la période de préparation au vêlage. Parmi cinq espèces de graminées cultivées étudiées : le dactyle pelotonné, le brome des prés, la fétuque élevée, le brome inerme et la fléole des prés, cette dernière présente un Baca beaucoup plus faible que les autres espèces cultivées dans l'est du Canada.

Ils ont aussi montré qu’une fertilisation adaptée à base de chlorure de calcium ou de magnésium réduisait également le Baca du foin.

Une étude publiée récemment a évalué les effets sur les vaches laitières taries de la fléole des prés à faible Baca. Trois rations différentes ont été offertes :

  

régime témoin

régime à faible Baca

 

Baca +296 mÉq/kg

foin de fléole

Baca  -24 mÉq/ kg

Ajouts de sels d’acide chlorhydrique (HCI) Baca -19 mÉq/kg.

Baca du foin (mEq/kg MS)

526

8

526

Baca de la ration (mEq/kg MS)

296

-24

-19

pH urine

8,21

5,89

5,86

Quantités ingérées

11,5 kg MS

11,5 kg MS

9,8 kg MS

Le pH de l'urine indique vite si une vache réagit à un régime à faible Baca.

Les chercheurs ont confirmé qu'en donnant du foin à faible Baca, on diminue vraiment la Baca de la ration, sans diminuer le niveau d’ingestion.

En choisissant une graminée ayant un faible Baca, et en la cultivant dans un sol à basse teneur en K avec de l'engrais chloré, on devrait atteindre le Baca cible pour la ration qui convient le mieux aux vaches taries. Ce fourrage mobilise rapidement, à la suite du vêlage, la mécanique de contrôle du calcium sanguin et atténue l’impact de l’hypocalcémie.

Comment produire un fourrage à faible Baca ?

  • utiliser la fléole comme espèce fourragère ;
  • déterminer la superficie nécessaire pour obtenir la quantité de foin suffisante pour alimenter les vaches sur un minimum de trois semaines de préparation au vêlage ;
  • choisir si possible un terrain pauvre en potassium (de préférence moins de 2 % en potassium) et dont l’analyse de sol se situe à 150 kg/ha de potassium et moins ;
  • ne pas utiliser de lisier ou de fumier, favoriser plutôt l’utilisation des engrais minéraux (34-0 0 ou 27,5-0-0), la fertilisation azotée étant importante pour assurer un bon rendement ;
  • fertiliser avec 160 kg/ha de chlorure de calcium pour atteindre un faible Baca ;
  • récolter un foin d’excellente qualité nutritive au stade début épiaison, sans moisissures ni poussières ;
  • identifier ce foin avec des cordes de couleurs différentes lors de la récolte et l’entreposer dans un endroit spécifique facile d’accès ;
  • alimenter les vaches en préparation au vêlage avec ce foin et des ingrédients permettant d’obtenir une ration dont le Baca est de 50 mÉq/kg ou moins.
N.B : Article paru le 9 juillet 2013.

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