Grippe aviaire17 pays touchés en Europe, selon l'OIE

| AFP

L'Europe reste sous « forte pression » du virus H5N8 de l'influenza aviaire transmise par les oiseaux migrateurs, mais elle n'est pas confrontée à une « forme exponentielle de flambée » de l'épizootie, souligne Monique Eloit, directrice générale de l'Organisation mondiale de la santé animale (OIE), qui suit 110 maladies animales dans 180 pays. Interview.

AFP : Y a-t-il une intensification de la grippe aviaire en Europe? Quels sont les pays touchés ?

Monique Éloit : « L'Europe reste sous forte pression du virus H5N8. Il y a plus de cas déclarés. Mais on ne va pas vers une forme exponentielle de flambée de l'épidémie de grippe aviaire et nous ne sommes pas en face d'une aggravation significative de la situation. Actuellement, 17 pays européens ont fait une déclaration à l'OIE sur la présence de foyers du virus H5N8 sur leur territoire : Allemagne, Autriche, Croatie, Danemark, Finlande, France, Grèce, Hongrie, Italie, Pays-Bas, Pologne, Roumanie, Serbie, Suède, Suisse, République Tchèque et Royaume-Uni.

La plateforme européenne d'épidémio-surveillance de santé animale recense quant-à-elle 19 pays européens, avec Bulgarie, Irlande, Monténégro et Slovaquie en plus, mais sans l'Italie et la République Tchèque. Les différences s'expliquent par des décalages de notification administrative. »

AFP : Pourquoi la France procède-t-elle à des abattages massifs préventifs, alors qu'en 2016, seul le cheptel des élevages contaminés avait été abattu ?

Monique Éloit : « Lors d'une épidémie, le minimum c'est d'abattre tous les animaux de l'élevage infecté. Tous les pays le font. Ensuite, selon les circonstances, les pays peuvent décider de supprimer aussi des troupeaux aux alentours, surtout lorsque les foyers sont très proches les uns des autres. La France a sans doute décidé cet abattage préventif de troupeaux à risque pour remettre le couvercle sur la cocotte du virus, diminuer sa pression de contamination et faire baisser son extension géographique (...) afin de protéger son système de production. Le pays cherche ainsi à protéger la vie de millions d'autres volailles dans les autres régions.

Le H5N8 est très virulent et présente une mortalité importante chez les oiseaux infectés. Chaque pays prend ses décisions en fonction de sa situation propre. Par exemple, les bâtiments et la conduite d'élevage sont différents en Finlande et en Grèce. Il n'y a pas de recommandation officielle de l'OIE. Une situation similaire à celle du Sud-Ouest pour d'autres types de volailles dans une autre région de France n'aurait d'ailleurs peut-être pas conduit à la même décision. Notamment si les volailles sont élevées à l'intérieur.

La proximité géographique est très importante, a fortiori pour les palmipèdes élevés en plein air. Les plumes, duvets et fientes constituent des risques de contamination élevés. Ainsi que les transports qui multiplient les risques. Le virus a aussi un potentiel réel de mutation, c'est une des raisons pour lesquelles il ne faut pas laisser filer l'épidémie et éteindre l'incendie au plus vite. »

AFP : Est-ce que l'OIE envisage de recommander une vaccination systématique des oeufs ou des canards à l'avenir ?

Monique Éloit : « Nous ne faisons pas de recommandations générales et la solution unique ne marche pas, cela relève de chaque pays. Chaque situation est différente. Il faut comparer les souches des virus, les types d'élevage, de volailles, les filières économiques (consommation locale ou exportation), etc. Dans les pays présentant de très fortes endémies, essentiellement en Asie où il y a des cas toute l'année et tous les jours, la vaccination est un outil très important pour faire baisser la diffusion du virus. Surtout lorsque les souches sont dangereuses pour l'homme (H5N1, H7N9). Pour l'instant avec H5N8, il n'y a pas de danger pour l'homme en Europe.


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