Méthanisation solide à base de fumierProduire du biogaz, sans construire une usine à gaz !

| par | Terre-net Média

L'Eribox d'Erigène est un caisson qu'il suffit de remplir de fumier tous les mois pour produire du biogaz. Un concept novateur, dévoilé au Sima 2011. Il devrait intéresser les petites et moyennes exploitations d'élevage.

Produire du méthane à moindre coût à partir de fumier dans un caisson, c’est aujourd’hui possible. Voila une idée simple et innovante qui a germé dans la tête d’Olivier Lespinard. Cet inventeur passionné a fondé la société Erigène en 2009 pour développer son concept.

Des bennes a fumier déplaçables


Chargement de fumier dans un digesteur Eribox. Les bennes sont transportables sur remorque polybenne pour faciliter l’évacuation du digestat au champ. (© DR Erigène)

Grâce aux progrès des techniques de méthanisation en phase solide il est désormais possible de produire du méthane à partir de fumier, de déchets verts, de résidus de culture, ou de refus de fourrages. Le système Eribox est composé de 3 à 10 modules (« bennes ») placés sur une aire stabilisée, si possible a proximité de la fumière. Ces digesteurs s’ouvrent à la fourche et se chargent par le haut. Ils sont directement reliés à un centre de commande qui permet à l’éleveur de piloter et d’analyser les performances.

Les digesteurs peuvent être associés à un cogénérateur pour produire de l’électricité vendue à Edf. Sinon, la chaleur émise sert à chauffer des bâtiments d’élevages (nurserie, porcs, volailles,…), des serres ou pourquoi pas des habitations. « Après trois à six semaines d’activité microbienne (selon la nature de la matière première), on obtient un digestat désodorisé, quasiment composté et n’ayant pas perdu d’azote par volatilisation. » Le digestat obtenu peut être stocké au champ ou directement épandu. Les bennes sont déplaçables avec une remorque polybenne.


Les digesteurs sont reliés à un centre de commande auquel il est possible
d'y adjoindre un cogénérateur pour produire de l'électricité. (© DR Erigène)
« Facile d’entretien, les digesteurs ne perturbent pas le travail de l’exploitant. Bien moins chère qu’une installation de méthanisation liquide, les digesteurs solides devraient permettre un retour sur investissement relativement court selon l’utilisation faite de la chaleur. De plus, les modules peuvent être revendus, contrairement aux grosses unités de méthanisation. »  

Caler la production de chaleur avec le cycle de production des animaux

« Entre l’étude de projet, le raccordement électrique et la mise en place des modules sur le site, il faut environ neuf mois pour monter un projet de A à Z. Nos digesteurs devraient beaucoup intéresser les agriculteurs ayant également un élevage hors-sol, gros consommateurs de propane. Grâce aux digesteurs, il est par exemple possible de caler la production des méthaniseurs avec les besoins en chaleur d’une bande de poussins ou de porcelets. »

« Une idée simple, mais une véritable démarche scientifique, technologique et industrielle »

Olivier Lespinard a su s’entourer de partenaires scientifiques pour réaliser son projet. L’université de technologie de Compiègne, l’institut agronomique de LaSalle Beauvais et la chambre d’agriculture de l’Oise ont rapidement intégré le projet soutenu par Oséo et la région Picardie. A Beauvais, Erigène possède son laboratoire d’essai de méthanisation en phase solide pour tester préalablement les matières qui entreront dans les digesteurs de leurs clients.

« Le modèle de méthanisation allemand n’est pas adapté aux exploitations françaises »


Le couvercle du digesteur se soulève à la fourche. La porte arrière s'ouvre pour vider le digestat. (© DR)
Olivier Lespinard explique que « nous ne pouvons pas directement transposer les techniques de méthanisation allemande. En France, les structures sont souvent de taille plus modeste.

La technique de méthanisation liquide est la plus répandue, mais elle ne s’adresse qu’aux producteurs de porcs ou de bovins sur lisiers. Ainsi, la grande majorité des exploitations françaises pratiquent l’élevage sur paille et n’a alors pas accès à la production de biogaz à la ferme.

Pour réellement développer la filière biogaz en France, il faudrait équiper les milliers d’exploitations bovines de 50 à 150 Ugb. »

Produire des engrais avec les digestats issus de la méthanisation liquide

La société française d’ingénierie en méthanisation Akaeno, a développé Enoferti, un procédé novateur pour transformer les digestats issus de la méthanisation en engrais minéraux. Ce procédé industriel a lieu sur le site de méthanisation. La solution Enoferti répondrait aux problématiques des régions en excédents structurels, en rendant optionnels les plans massifs d’épandage et/ou d'enfouissement des digestats grâce à l’exportation des éléments nutritifs. Cette technologie serait susceptible d’intéresser quelques grosses unités de méthanisation pour fabriquer des engrais azotés, phosphate diamoniques (18 / 46) et binaires (P et K) .

 

Retrouvez toutes les nouveautés du Sima 2011 dans le dossier spécial SIMAchinisme, en cliquant sur l'image


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