Pâturage, vêlages groupés et monotraiteF. Charles (22) : « Doubler le revenu en travaillant deux fois moins »

| par | Terre-net Média

Dans les Côtes d'Armor, chez Christelle et Fabrice Charles, les vaches passent 10 mois de l'année dehors. Les 2 mois restants, elles sont en bâtiment mais surtout toutes taries, grâce au système de vêlages groupés. Le reste de l'année, c'est la monotraite qui rythme les journées et la période de reproduction qui est la plus intense. Aucun regret pour ces éleveurs qui ne dépassent pas les 3 000 l/vache mais qui ont pourtant multiplié leur revenu par deux en 10 ans.

Fabrice Charles, éleveur laitier des Côtes d'Armor témoigne : « En 10 ans, on est quand même passé d'un système intensif à toute autre chose ! On divisé notre temps de travail par 2, voire par 3 selon la période »Fabrice Charles, éleveur laitier des Côtes d'Armor témoigne : « En 10 ans, on est quand même passé d'un système intensif à toute autre chose ! On divise notre temps de travail par 2, voire par 3 selon la période » (©Terre-net Média)

N.B. : La photo des vaches est une image d'illustration, il ne s'agit pas du troupeau de Fabrice Charles.

Installé en 1998 sur l'exploitation familiale puis rejoint en 2005 par son épouse Christelle, Fabrice Charles élève des vaches laitières au sud de Saint-Brieuc (Côtes d'Armor). Dans un système très conventionnel (70 VL en ration type maïs/soja, 45 ha de SAU dont 20 ha de maïs fourrage, 10 ha de céréales et 15 ha d'herbe), le couple s'est pris la crise du lait de 2009 de plein fouet, comme beaucoup d'éleveurs. « À 24 centimes le litre, on se posait la question d'arrêter », se souvient Fabrice.

Par amour du métier, le couple d'éleveurs a tout de même choisi de prendre un autre chemin : « On a commencé à s'intéresser aux systèmes herbagers mais c'était l'inconnu pour nous, on n'avait clairement pas appris ça à l'école ! On a donc fait venir le Cedapa pour diagnostiquer notre ferme et étudier les possibilités. » 10 ans après cette remise en question, l'exploitation a bien changé. C'est désormais une ferme 100 % pâturage, en monotraite et avec des vêlages groupés que le couple fait tourner d'une main de maitre. Fabrice est d'ailleurs devenu administrateur au Cedapa.

Pour revenir sur cette évolution, Fabrice a accepté de témoigner sur notre plateau TV au Space afin d'expliquer comment il a pris ce virage à 180 degrés. Retrouvez la vidéo ci-dessous :

Cliquez sur l'image pour lancer le témoignage vidéo de Fabrice Charles, éleveur (22)

Miser sur l'herbe pour diminuer les charges

Fabrice insiste : « On voulait un système herbager mais pâturant. Il existe des systèmes herbagers qui nécessitent une certaine mécanisation mais ce n'est pas ce que nous voulions. » Les éleveurs ont commencé par supprimer la surface en céréales pour la remplacer par des pâtures puis c'est le maïs qui a été progressivement réduit.

L'élevage est finalement passé en 100 % herbe en 2015 avec 53 ha de SAU dont 30 ha de prairies pour les vaches et 23 ha pour les génisses un peu plus loin. Aujourd'hui, les vaches passent jusqu'à 10 mois de l'année dehors, les 2 mois restants étant consacrés au repos des pâtures.

L'exploitation de Christelle et Fabrice Charles à Quessoy (22) :
70 vaches laitières croisées (Holstein x Jersiaise x Normande ou Montbéliarde)
53 ha de SAU 100 % herbe
3 000 l/VL
Taux moyens : 45 de TB et 35 de TP
300 000 cellules de moyenne sur l'année
Référence (Biolait) : 340 000 l (mais référence conjoncturelle de 155 000 l)

Holstein, Jersiais, Normand, Montbéliard : croiser pour faire durer

« Une fois qu'on avait appris à bien gérer le pâturage, on s'est dit que faire du lait à l'herbe c'était quand même pas mal mais qu'on pouvait peut-être aller plus loin en groupant les vêlages sur le printemps, lorsqu'il y a de l'herbe à profusion, ce qui nous permettait aussi de fermer la salle de traite deux mois l'hiver », explique Fabrice. En revanche, la fertilité moyenne du troupeau de Prim'holsteins posait problème.

Premier croisement testé : la Jersiaise. « La Jersiaise permet de casser le gabarit de la Holstein qui a tout de même des gros besoins d'entretien, pas tout à fait compatibles avec notre système. En revanche, si le premier croisement est bon, les suivants ne le sont pas forcément. Pour garder cet effet hétérosis, on a ramené une autre race pour faire du croisement 3 voire 4 voies avec la Normande et/ou la Montbéliarde. »

Bien connue pour combler la perte de lait par les matières utiles, la Jersiaise est en effet fortement utilisée en système herbager. Quant à la Normande et la Montbéliarde, elles ramènent du muscle aux animaux. Et les résultats sont là : « On a largement gagné en fertilité mais aussi en longévité des bêtes », affirme l'éleveur satisfait. En système plus "intensif", Hubert Dion (Oise) partage le même avis en témoignant : « Le Procross nous apporte des animaux plus rustiques mais tout aussi productifs ».

« On insémine en sexées à partir du 1er mai et pendant un mois et demi puis c'est le taureau qui rattrape celles qui n'ont pas pris. On vend d'ailleurs des vaches lorsqu'on en a trop de pleines et on garde tout de même les meilleures qui n'ont pas pris sur la période en se disant qu'elle reprendront sûrement l'année prochaine », confient les éleveurs très attachés à leur troupeau.

Le début n'a quand même pas été de tout repos : « Même en s'appliquant, on avait encore des vêlages qui arrivaient au mois d'août ou septembre et c'était trop tard pour nous, vis à vis de la productivité de l'herbe. » C'est alors en assistant à une formation sur la monotraite que Fabrice entend des spécialistes affirmer que le fait de traire qu'une fois par jour améliore la fertilité des vaches. Habitués à chambouler ses habitudes, le couple s'est donc lancé dans un nouveau test : la monotraite...

Tester la monotraite c'est l'adopter !

« Au départ, on a mis en place la monotraite durant 4 mois pour grouper les vêlages puis on repartait en double traite. Mais on a finalement pris goût au système et on l'a définitivement adopté. » Si les études menées sur le terrain parlent d'une perte de lait de 30 % et d'un taux cellulaire à la hausse en monotraite, les éleveurs restent convaincus. Fabrice reconnaît tout de même : « On parvient à être sous la barre des 400 000 cellules (300 000 cellules en moyenne sur l'année) mais elles augmentent toujours en fin de lactation, vers le mois d'octobre. C'est forcément dû à notre système en monotraite et vêlages groupés. On le sait, les trois derniers mois de traite, des pénalités sur le prix du lait peuvent tomber. »

Les vêlages démarrent au 15 février. Après deux mois à l'étable, les deux premières vaches qui ont vêlé (et seulement si elles ont vêlé) retournent en pâture et les éleveurs remettent la salle de traite en route - même pour deux vaches seulement les premiers jours ! « On trait en 2x4, ce qui nous oblige à y passer 3 h pour le troupeau entier, mais ce n'est qu'une fois par jour et 10 mois sur 12 », confie Christelle soulagée, hors caméras.

Pour ce qui est des veaux, les mâles sont vendus à 15 jours. Les éleveurs conservent 10 femelles pour le renouvellement et revendent les autres. « Les veaux sont élevés avec 2 repas/j de lait et du foin à volonté pendant 3 mois puis ils partent en pâture, toujours nourris au lait dans des seaux à tétines mais plus qu'une seule fois par jour. Le pâturage est conduit en fil avant et arrière pour leur offrir de l'herbe fraîche tous les jours, comme les vaches. » Les génisses d'1 à 2 ans, elles, sont également conduites au fil mais il n'est déplacé que tous les 3 à 4 jours du fait de l'éloignement des parcelles.

« Le pas n'est pas facile à faire mais il vaut le coup ! »

« Pendant toute cette phase de changement, la production par vache chutait mais le revenu ne se dégradait pas, notamment parce que les charges fondaient largement », confie le couple. D'ailleurs, le bio s'est imposé à eux de façon naturelle : « C'était la suite logique. On a lancé la conversion en 2012 et avons fait la demande pour changer de laiterie. On est resté 1 an et demi sur liste d'attente chez Biolait qui a commencé à nous collecter en 2015. » La nouvelle avait d'ailleurs été publiée par Ouest France.

La ferme dispose d'une référence laitière de 340 000 litres mais n'en produit actuellement que 180 000. « On est passé en référence conjoncturelle de 155 000 litres : on a le droit de la dépasser sans problème mais elle pourra nous être imposée en cas de conjoncture difficile. Dans ce cas, ce qu'on produira en plus sera payé au prix du marché qui sera trouvé, qu'il soit bio ou conventionnel. » Leur lait est actuellement payé 470 €/1000 litres en moyenne sur l'année.

Temps de travail divisé par 2, voire 3, et revenu qui a doublé.Fabrice Charles reconnaît : « En 10 ans, on est quand même passés d'un système intensif à toute autre chose ! On a divisé notre temps de travail par 2, voire par 3 lorsque la salle de traite est fermée l'hiver. Finalement, on fonctionne par tranche de travail : les vêlages en est une, la reproduction en est une autre, mais après c'est assez "cool". »

Charge de travail divisée par deux mais résultat économique multiplié par deux ! « Ça vaut le coup ! » L'éleveur aimerait d'ailleurs mettre le pied à l'étrier à d'autres collègues : « Je sais que le pas n'est pas facile à faire. On se pose plein de questions. L'herbe n'est pas facile à gérer mais ça s'apprend et il faut être entouré, c'est très important. »


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DÉJÀ 58 RÉACTIONS


cow boy
Il y a 13 jours
C'est rare de voir des gens aussi intelligents, enfin des éleveurs qui ont compris que les techniques d'élevage françaises ne sont pas compétitives.
Ces éleveurs prouvent ce que je disais sous un autre article, la méthode neozelandaise est bien supérieure.

Mais vous allez voir que les mauvaises langues vont venir commenter et dire critiquer ces éleveurs qui ont choisi de ne pas être bête.

Ma foi continuez à ne rien changer à vous habitudes et bonne chance.
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Patrice Brachet
Il y a 26 jours
A mon âge si je choque ou vexe pas grave j assume : le bio oui mais le consommateur ne veut ou ne peut le payer ( en voyant la neige à la télé il a déjà retenu son séjour à la station de ses rêves) En alimentation on veut le nec mais on veut rien y mettre. Nous mêmes avec nos ratios oméga note qualification Hve3 sommes de simples livreur savencia. Ce qui compte c est le résultat économique et bio ou standard évitons de travailler pour faire tourner un système travaillons exclusivement pour nous
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hautot nicolas
Il y a 26 jours
résultat économique multiplié par deux par rapport a quel année ? 2009
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hautot nicolas
Il y a 26 jours
bio lait veut du lait hiver. une partie du du printemps par en conventionnel . heureusement qui reste un peu agriculteur en conventionnel . il irai ou le lait ?
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steph72
Il y a 27 jours
On a ms dans la tete des eleveurs,qu'il fallait produire pour gagner plus depuis 2015 mais en realité c'est souvent l'inverse;
La coop ,le fabricant d'aliment,son intéret c'est que tu fasse beaucoup de lait avec de l'aliment,des cure d'hepato car la ration est riche en ensilage,du propylene glycol ,des levures...
Si la ration etait moins basé sur l'ensilage mais ,les vaches produiraient peut etre moins mais beaucoup moins de problemes metaboliques ( acidose) moins de frais vétérinaires,des vaches qui vieillissent mieux,meilleure repro et surtout une baisse du cout alimentaire par moins d'achats d'aliment;
Bref plus d'argent dans la poche de l'eleveur ;
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Solar farmer
Il y a 27 jours
Un bon indice : produit lait / MB lait en pourcentage nous donne une bonne idée de l’autonomie d.un système.Je suis passé à un Max de pâturage en conventionnel, baisse drastique des achat extérieurs (baisse de la production par VL ), produit/MB =70%. Je ne fais pas fortune mais je ne suis plus une Vache à lait, et le sentiment de respecter l’environnement.
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Oups
Il y a 27 jours
Et tout le monde ne compte pas pareil !!!!?
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Moty
Il y a 27 jours
Merci pour ce sympathique reportage et Bravo à ce couple Heureux.
En terme, d'emploi, ils sont très bien placés. 2 emplois pour 155 000litres en bio ou 200 000 en conventionnelle c'est encore possible en couple.
C'est juste 2 à 3 fois plus d'emplois que le système que l'on connait.
Pour Oups, c'est pas le niveau d'étable qui fait le Revenu.
Si avoir du Revenu et du temps libre n'est pas un beau résultat en élevage laitier, qu'est-ce qu'il faut ??
Pour moi , c'est assez exemplaire, même si chacun de nous est bien différent
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tintin
Il y a 27 jours
OUPS tu raisonne comme un bon cooperateur...on se fiche du volume par vache on parle de revenu!!!!FABRICE est pourtant claire il baisse son volume son travail et double son revenu.
malgre tout tu dois encore ecouter ton marchand d alimant.
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Oups
Il y a 27 jours
Si c'est pour avoir 70 vl pour 200000 litres, autant changer de métier. De plus, faut pas être sorti de Saint Cyr pour savoir qu'il faut pas écouter les marchands d'aliments et contrôle laitier
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