Paroles de lecteursNormande, Prim'holstein, Jersiaise... quelle est la meilleure race selon vous ?

| par | Terre-net Média

Quelle race laitière choisir entre la Normande, mixte, rustique et avec de bons taux, la Prim'holstein et son excellent niveau de production, la Montbéliarde et la Jersiaise qui, comme la Normande, permettent d'obtenir un TP et un TB élevés en valorisant les surfaces herbagères, et donc en minimisant le coût alimentaire, sans oublier la Brune des Alpes qui, elle aussi, a des atouts indéniables ? Elles ont toutes leurs avantages et leurs inconvénients, c'est davantage une question de système de production, lié aux objectifs et motivations de chaque éleveur, mais surtout de passion. Attention toutefois à ce que celle-ci ne prenne pas le pas sur l'efficacité économique.

paroles de lecteurs races laitieres  « On ne va quand même pas changer toutes les Holsteins en Normandes, Montbéliardes, Jersiaises ou encore Brunes », s'exclame Claudie. « Chacun fait comme il veut et surtout comme il peut », nuance de son côté Titian. (©Terre-net Média, BGS // Création Terre-net Média) 

Patrice Brachet : « La Normande est une super vache mixte ! Pour limiter les gaz à effet de serre, il suffit de modifier l'alimentation des bovins, autrement dit de les nourrir correctement avec des produits simples et nobles. Pourquoi la Normande peut-elle réduire un peu les émissions de GES ? Tout simplement parce qu'elle ingurgite énormément d'herbe en plat principal, mais si vous l'alimentez avec du maïs et du soja, elle n'est pas meilleure que la Prim'holstein. Désolé les collègues normands... »

Steph72 : « Et tu n'as pas compté les rejets liés au transport du soja, ni la déforestation en Amérique du Sud pour augmenter encore davantage les surfaces cultivées, la forêt amazonienne étant le plus grand capteur de CO2 de la planète... Le maïs ensilage demande plus de traction, donc de carburant, que le pâturage... Alors quand on effectue le bilan écologique, le maïs et le soja sont loin derrière l'herbe ou les mélanges protéagineux. En plus, si c'est pour produire des excédents de lait transformés en poudre, dont on ne sait plus que faire, c'est un non sens total ! »

Francky22 : « J'imagine qu'on met plus de temps à engraisser des bovins à l'herbe qu'au maïs/soja donc, en théorie, on devrait émettre plus de GES. En plus, l'herbe est plus riche en cellulose, donc moins digestible que le maïs/soja, d'où un transit plus long et plus d'émissions de méthane. Sans oublier qu'on produit moins de lait : la quantité de GES émise au litre de lait est par conséquent supérieure. Après c'est sûr que, globalement, avec le stockage de carbone dans les prairies, les systèmes herbagers sont largement plus viables et durables que ceux avec 100 % de maïs/soja et beaucoup d'achats extérieurs. »

Normande vs Prim'holstein : la rusticité et les taux contre un excellent niveau de production 

Steph72 : « Mes voisins, avec des troupeaux prim'holsteins, ont de temps en temps des vaches par terre à cause des fièvres de lait, ce qui arrive rarement en Normande. Les Noires disposent d'un gros potentiel de production qui reste fragile. La moindre erreur alimentaire ne pardonne pas contrairement à la race à lunettes, plus rustique. Et en période de crise, le produit viande apporte un complément de revenu non négligeable. »

S'50410 : « Des Normandes à 6 500 l/an peuvent avoir des fièvres de lait alors que des PH ou des Montbel' à 8 000 l n'en font pas. Le tout est de respecter la Baca (balance alimentaire cations/anions). J'élève les trois races et quand tout est bien géré, ça se passe très bien. Par contre, quand il y a du laisser-aller, c'est le carnage assuré dans tous les cas. »

La montbéliarde aussi a des tP et TB élevés

Claudetexier : « La Normande bénéficie d'une efficacité alimentaire exceptionnelle. Et sa capacité à valoriser le pâturage est reconnue depuis des lustres. Cette interview résume, en peu de temps, les atouts de cette race. Il devrait y avoir un programme national pour convertir les Holsteins françaises en Normandes ou Montbéliardes. »

Claudie : « Je vois pas pourquoi on devrait changer toutes les Holsteins en Normandes ou Montbéliardes. Pour les fermes avec peu de prairies, on ne fait pas mieux que la Noire et même au pâturage, elle conserve son important potentiel de production. Tous les systèmes ne sont pas adaptés à la Normande ou à la Montbéliarde. »

S'50410 : « L'avantage avec la Normande, c'est qu'elle améliore la paye de lait grâce à la matière utile (actuellement 65 €/1 000 l). Pas besoin donc de viser la surproduction. De plus, elle est docile. Les croisements avec des taureaux montbéliards permettent d'obtenir des sujets exceptionnels, mais attention au tempérament. Ceux avec des mâles jersiais donnent 6000 l de lait par lactation et des taux à 45 et 60. »

La Jersiaise donne également un lait riche en valorisant l'herbe

MDR : « Félicitations les gars ! Comme quoi les vaches laitières peuvent être rentables ! » 

Patrice Brachet : « Moins de lait, des vaches moins fragiles, de bons taux : un très bel exemple car la marge brute aux mille litres doit être excellente ! »

Gillesdu01 : « C'est ce qu'on appelle "un virage bien négocié ". On ne peut que s'incliner, chapeau ! »

Ossau : « Eh ben dites donc, les temps changent !! J'avais des Jersiaises mais ma laiterie n'était pas intéressée par des taux élevés. Enfin si, mais elle ne voulait pas les payer... Dommage car le lait de Jersiaises contient un variant de caséine apportant encore plus de rendement fromager que la Holstein à taux "égal". »

Steph72 : « La preuve qu'il n'y a pas que le volume ! Il y a aussi la valorisation par les taux. En plus, ce lait est produit de façon autonome et bio. Et dans des sols pas forcement de bonne qualité... »

MDR : « Là à mon avis, ce n'est pas "un peu de revenu". Autonomie complète, système pâturant, frais de mécanisation réduit : en général, ça crache en termes d'efficacité économique !! Même avec 350 000 l à 2 UTH... »

Babast50 : « Je ne suis pas sûr qu'ils aient fait le bon choix avec les Jersiaises mes camarades de la Manche. 170 VL sur 123 ha à 4 500 l, ça fait 770 000 l avec des taux de 58 et 39. En bio, avec à peu près le même assolement, un niveau d'étable à 7 000 l et des taux à 37 et 47, 140 Brunes des Alpes produisent 980 000 l. Le taux de réforme pour infécondité est également trop élevé. On en revient toujours au même : trop de vaches, trop de boulot et du coup, des chiffres qui semblent impressionnants au premier coup d'œil, mais qui sont justes normaux. Ces éleveurs ont intérêt à ce que le prix du lait ne descende jamais en dessous de 600 €/1 000 l ! »

Tell14 : « Pour ce qui est du débat Brune contre Jersiaise, les vaches jersiaises sont petites (400 kg), avec une faible capacité d'ingestion, mais sont imbattables en taux. Peut-on sortir une marge brute de 500 €/1 000 l en Brune ? J'en ne suis pas sûr, Babast50. Si tu montes trop ton niveau de production, ton coût alimentaire va s'envoler, car tu ne peux plus être autonome : tu vas monter à 6-7 kg de complément, dont 1 à 2 kg de soja à 900 €/t. Si ton volume est un frein (contrat Lactalis par exemple), la Jersiaise reste la bonne solution pour gonfler ton produit lait. Si tu as 400 000 l avec des surfaces disponibles, ta démonstration ne tient plus avec tes Brunes. Dans ton raisonnement, ce sont les 220 000 l de lait en plus qui font que cela passe. Le Gaec de la Haute-Folie est une très belle vitrine pour la profession et si nous avions plus d'exploitations comme celle-là, nous aurions une meilleure image auprès des consommateurs. Et que dire en termes de pollution avec tous ces parcelles de maïs en pente dans le Calvados, sur lesquels aucun couvert végétal n'a été semé et où les haies ont été supprimées. Ce département, comme beaucoup d'autres à l'ouest de la France, est en train de perdre son bocage au profit de la plaine... Alors si certains veulent partir en tout herbe avec des Jersiaises, aucun problème ! »

Et la Brune des Alpes, alors ?

Babast50 : « La Jersiaise est intéressante pour améliorer la paye de lait lorsque le volume est limité. Une piste fructueuse : la croiser avec des taureaux normands, le résultat est parfait. Mon approche avec les 105 VL est actuellement en fonctionnement avec 1 Ml de lait bio. Seul le soja bio est importé de Chine. La ferme est autonome côté alimentation. Tu peux pousser des vaches en production sans voir le véto. Ce qu'il faut, c'est une ration équilibrée et de l'eau de qualité irréprochable. »

Tell14 : « Il est toujours facile de dire "y qu'à". Pour avoir visité la ferme de la Haute-Folie, je peux dire que le système est très innovant et les éleveurs très ouverts. Vous oubliez la passion pour une race ! Elle ne se chiffre pas en EBE ! »

La passion pour une race ne se chiffre pas en EBE...

Titian : « C'est clair que chacun fait comme il veut et surtout comme il peut. En revanche, vu ce qui nous pend au nez au niveau du bilan carbone, ça fait beaucoup de rumens à la tonne de lait, donc de GES. Avec le pâturage dynamique, la productivité de l'animal, plus faible, plombe la dilution du méthane produit par le rumen au litre de lait. Par ailleurs, ce ne sont pas nécessairement les prairies qui captent le plus de carbone, l'itinéraire technique des cultures est bien plus déterminant. »

MDR : « Comme quoi les contraintes environnementales peuvent devenir un atout... »

Capitaine : « Je ne dis pas qu'ils font du mauvais travail. Mais il faut faire attention quand on est passionné par une race. Parfois, c'est au détriment des résultats économiques. Il faut avoir un oeil dans l'étable et l'autre dans la compta. Par ailleurs, dans la vidéo, les éleveurs paraissent jeunes. Combien de temps tiendront-ils la cadence ? Quant au temps libre... J'ai essayé de fonctionner comme eux et j'ai vite fait machine arrière. Heureusement, sinon j'aurais déposé le bilan chez un liquidateur, qui m'aurait dit "monsieur, chez moi, il est question d'argent pas de sentiment !" Donc la race, l'EBE, la conservation du sol... tout est important et par moment, se remettre en question est la clé de la réussite. »

Tell14 : « Je connais une exploitation avec une marge brute de 500 €/1 000 l. Cela ne coure pas les rues. Je veux bien entendre des arguments sur le carbone, les nitrates et la main-d'oeuvre mais c'est bien la marge brute ou l'EBE qui permet à un élevage comme celui de la Haute-Folie (qui doit dégager 125 000 € d'EBE/UTH) de s'adapter aux défis du futur. (...) »


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